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jeudi 18 août 2011

Le financier cadurcien de Jérôme Moulinou (46)

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Vous allez me dire, un financier, c'est banal. Ce fut ma première réflexion quand on m'a entrainée pour aller goûter celui d'une pâtisserie ouverte depuis un an sur la place du marché de Cahors.



Je n'allais pas refuser et je me suis attablée tranquillement pour le déguster. Ce fut une révélation et je n'exagère pas. Il est admirable d'équilibre en terme de goût, de parfum et de texture.



Étant persuadée avoir percé le secret de fabrication de son créateur j'ai contacté Jérôme Moulinou qui a confirmé mon intuition. Dès mon retour dans la région je serai initiée à cette fabrication dont la première exigence est d'être "du jour".



Pour vous qui y résidez ou qui y passez en coup de vent ne loupez pas une incursion dans cette pâtisserie où la baguette aux graines vaut à elle seule un petit détour.



Jérôme Moulinou

Pâtissier-chocolatier, 27 rue Nationale, 46000 Cahors -

05 65 35 09 35
ou 09 64 46 84 91

dimanche 14 août 2011

Promenade dans le Lot (46)

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Il y a quelques jours je m'arrêtais dans un restaurant de Bach (46), dont la très bonne cuisine exige tout de même qu'on compense assez vite par de l'exercice physique. Nous allons donc nous promener ...

Nous commencerons par le lavoir d'Escabasses, un des plus jolis lavoirs dits papillon avec son lac de St Namphaise, qui est le nom qu'on donne dans le Quercy à des mares taillées dans le calcaire.






Le dispositif était conçu pour faciliter le bavardage aux lavandières qui s'installaient deux par deux, face à face.

Autant la pierre se distingue bien dans le corps abrité du lavoir autant elle se confond avec le sol (et pour cause puisqu'elle en vient) autour de la pièce d'eau.

La recherche de l'eau était une préoccupation dans la région qui, cette année, se distingue par sa verdure inhabituelle.

Les puits, souvent de conception romaine, sont fréquents au milieu des champs, dans le creux d'une doline, sorte de dépression caractéristique des régions calcaires. Celui-ci est connu sous le nom de "puits carré" alors que c'est un hexagone ...
Les croix marquent les intersections et permettent aux promeneurs de se repérer sur la carte.

J’ai longé avec nostalgie, et en salivant par anticipation, les truffières où les chênes sont alignés au cordeau (sur la droite).

En quittant le restaurant tout à l'heure, je m'étais mis en tête, en descendant les quelques marches de la terrasse à bolet caractéristique de la région de partir à la chasse aux champignons.

J’ai découvert les oronges, dont le chapeau est d’une magnifique couleur safran, appelées aussi Amanite des césars parce qu’elle était très appréciées par nos ancêtres romains. Ce serait le meilleur des champignons, consommables aussi bien cru que cuit, à condition de la peler et de ne pas en manger le pied.

Les cèpes restent les plus courants et je confirme qu’ils sont très abondants cette année.
Le fenouil sauvage au goût anisé pousse sans limites.

Ici dame nature est opulente. Si les noix ne sont pas encore à maturité par contre les branches des pruniers débordent des murets et se laissent gauler sans broncher avec trois avantages : étancher la soif des promeneurs du dimanche, rassasier les pèlerins désargentés de Saint-Jacques de Compostelle et garnir d'appétissantes tartes.Les fruits des églantiers ont explosé.
Le rosier sauvage, parfois appelé "rosier du diable " en raison de la vigueur de ses épines, ou plus vulgairement églantine, est un buisson dont les délicates fleurs roses ou blanches du printemps se sont transformées en un fruit qui porte le nom de cynorhodon.

On en fait des purées pour accompagner les salades de fruits, le fromage blanc ou un biscuit de Savoie. Mais c’est surtout en confitures que les anciens l’employaient en pesant poids pour poids de sucre, un peu plus si on choisit le miel. A consommer avec discernement en raison de ses propriétés laxatives.

J'ai entendu dire qu'autrefois les feuilles étaient utilisées comme succédané de café ou encore pour faire des mélanges pour la pipe.

Le Cornouiller mâle est appelé localement mimosa du Causse en raison de sa floraison en fin d’hiver qui est très lumineuse. Cet arbuste peut tout de même atteindre 6 mètres de haut.

Les fruits (cornouilles ) ont, à maturité, une couleur rouge et ressemblent à une grosse olive comme on le remarque sur la photo ci-contre. Quand ils sont devenus rouge sombre et mou, ils sont excellents à consommer crus malgré leur saveur acide. On peut également en faire du vin.

Bien qu'on soit en plein été des lichens pendent des arbres, augurant la majesté de leurs silhouettes en hiver, une fois que le givre aura fait son œuvre. Et j'apprécie beaucoup les chemins bordés de murets de pierre qui conduisent hors du temps. Leur construction est un vrai puzzle de pierres brutes. Leur couronnement en hérisson était un bon moyen d'empêcher les animaux de se dresser sur le bord du mur par peur de se coincer les pattes entre les pierres, un moyen plus écologique que les clôtures électriques que je déteste parce que je ne les vois pas et que même si la décharge est faible elle n'est pas agréable.

Les pierres, semblables à celles du mur, sont posées en délit, sur chant, assurant aussi un rôle de blocage pour solidifier l'ensemble.

Ces murets sont le résultat de l’épierrement indispensable pour cultiver les sols caussenards.dont on imagine mal qu'ils sont constitués d'une fine couche de terre sur un sous-sol de blocs de calcaire. Ceux qui construisent aujourd'hui des piscines recyclent les pierres en bordures de massifs de fleurs. Au XIXème siècle on est plus pragmatique et on monte ces murets en tirant trois bénéfices. D'abord il s'agit d'employer les monticules de pierres soulevées par les nouvelles techniques de labours, plus profonds. Ensuite il devient essentiel de délimiter les parcelles qui résultent d'un morcellement du foncier. On souhaite aussi se protéger des vents.
Si les murets sont restés, les temps ont tout de même bien changé. La pendule m'avait semblé s’être arrêtée jusqu’à ce que je découvre les nouvelles méthodes pour rentrer les troupeaux.

Petite fille, je conduisais les vaches - je me souviens encore du nom des plus sympathiques, Balsamine, Cigale ..., - le bâton à la main et le chien gambadant sans relâche à l’avant et à l'arrière du groupe. Le matin je n'oubliais pas le panier qui se remplissait au retour des champignons de rosée éclos durant la nuit sur le parcours.

La modernité est passée par ici. On va maintenant aux champs en voiture, ce qui rend les chiens plutôt flemmards. Jugez plutôt :
A première vue il s'agit d'un troupeau qui dîne tranquillement au milieu d'une parcelle.
Première surprise : la barrière est grande ouverte, mais aucune bête ne songe à se carapater. Arrive une voiture, hors d'âge, comme son propriétaire. Deux chiens placides gambadent de part et d'autre. Le fermier ouvre sa fenêtre et crie des ordres à ses chiens qui jappent joyeusement. L'homme s'impatiente, klaxonne à plusieurs reprises. Dans le champ pas une tête n'a bougé. Pas davantage que les chiens sur la route.
Alors voici mon papy qui enclenche la première et s'élance dans le champ, contourne le troupeau et cahin-caha se met à faire le boulot des chiens en poussant les animaux vers la sortie. Et çà marche !
Les brebis s'ébranlent et déboulent à vive allure. Les chiens font semblant de s'activer, pour la forme. C'est bientôt une marée qui s'apprête à me passer dessus.

Le bruit des cloches est à son apogée.

Le troupeau rentre au bercail sans ralentir. La voiture peinerait presque à tenir la cadence.

Je vois bientôt les animaux dans le lointain passer le pont qui les mène à la ferme, puis à la bergerie d'où les bêlements s'élèvent puissamment.
La nuit va bientôt tomber. Cela fait belle lurette que les bergers ne dorment plus dans les gariottes qui sont désormais cantonnées à un rôle décoratif.

C'est le nom qu'on donne dans le parler du Lot, à une guérite enclavée dans une muraille ou dans un pierrier de l'ancien vignoble. Il s'agit d'une construction en pierre sèche, donc sans mortier liant les pierres entre elles. On les désigne parfois aussi sous le nom de "borie" bien que le terme signifie ici plutôt l'ensemble d'une ancienne métairie.

Les entrées sont en général étroites et basses et je conserve le souvenir d'une bosse sévère sur un trajet mal calculé.

Elles sont couvertes pour la plupart d'une dalle en guise de linteau (avec une deuxième dalle à l'arrière faisant office d'arrière-linteau).

La fragilité du système a conduit parfois le maçon à ménager un système de décharge avec un vide carré ou rectangulaire en réserve au-dessus du linteau. Celui qui n'en comprend pas la signification architecturale s'étonne de ces niches inaccessibles, parfois réparties inesthétiquement le long d'un mur de grange.

La balade est terminée. La prochaine fois je vous emmène à Caussade, la capitale du chapeau.

jeudi 11 août 2011

Lou Bourdié, restaurant d'exception tenu par Monique Valette à Bach (46)

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 (mise à jour le 26 janvier 2013)

Monique Valette ne pèse rien. Ni la crème, ni les mots. Les pots sont battus entiers dans le tian, lequel remplira les plats à gratin, trois louches pour les petits, cinq pour les grands. La crème adoucit les légumes, enrichit l’appareil à tarte ou la préparation pour le pain de poissons.

Les tomates farcies arrivent sur les tables en accompagnement. Les portions ne sont jamais chichiteuses.

Il faut parfois gronder les petites mains qui préparent les entrées pour que les assiettes n’aient pas une allure de plat unique.

J’écris « petites mains » par délicatesse parce que la cuisine de Monique ressemble davantage à une armada qu’à une croisière sur le Nil. On y bosse du matin au soir alors qu’on ne fait qu’un service. Mais quel service !

On ne choisit pas un plat à la carte même si c’est possible (comme avec une imposante omelette aux truffes), on prend le menu et vogue l’assiette ! Y’a plus qu’à se laisser caresser le palais.

On commence par le potage qui est apporté d’autorité dans une soupière (ancienne) fumante. Cet été ce sera une crème de volailles, un bouillon aux perles du Japon … Cet hiver ce sera un Mourtariol.
Il y a le mot mort dans la dénomination parce que c’était la soupe qui était servie traditionnellement à toute la famille pour la neuvaine, célébrée neuf jours après chaque enterrement. On travaillait dur, sans avoir le temps ni la tête à préparer quelque chose de compliqué. On utilisait les abattis des poules et les légumes de saison. On avait un pied de safran dans le jardin alors c’était facile de relever le gout du plat avec quelques pistils sans savoir qu’on était dans le luxe. Restait à y tremper de larges tranches de pain.

Si vous n’êtes pas un habitué Monique interrogera la serveuse avant le retour de la soupière en cuisine : alors ils en ont pris combien ? La bonne réponse est trois (des assiettes pardi).
- C’est bon, dira Monique en hochant la tête.
N’allez pas croire qu’on cherche à vous gaver de soupe et de pain de campagne pour que vous caliez sur la suite. C’est juste pour vous habituer l’estomac.

On peut maintenant vous apporter du melon accompagné de jambon de pays, à moins que vous ayez choisi une salade verte avec sa tranche de pâté cuit au four ou sa tarte à la tomate et au thon, ou encore le pain de poissons et sa sauce aux queues d'oignons.
Passons aux choses sérieuses : un sauté de veau aux morilles, un gigot d’agneau du Quercy, un poulet basquaise, ou un poisson (le vendredi) comme un merlu sauce à l’oseille ... trop bon … si bien qu’on n’a pas encore eu un regard pour les légumes.
Par exemple une cascade de pommes de terre dorées à point, avec une pincée de fleur de sel, sans thym, parce qu’ici c’est que du « tradi » comme le souligne Monique.

Après cela, soyons raisonnables, ce sera fromages ou dessert.

Le Rocamadour du fermier voisin (on dira cabécou) côtoie le bleu des Causses et le Brie.

Le choix du dessert n’est pas une opération ouvrant tergiversations en fin de repas. On a été invité en début de service à opter pour le cake façon pain perdu, ou le fondant au chocolat, et leur crème anglaise, pour le vacherin aux noix sauce caramel, ou le pastis.

Malgré la réussite du vacherin, dont j’ai soutiré la recette à la cuisinière, je serais plutôt pastis sinon rien. Cette croustade au feuilletage imbibé de rhum et allégé de pommes confites provoque une émotion gustative tout juste adoucie par une des prunes que la patronne réserve aux habitués et aux amis, bref à tout le monde.

Ce serait indécent d’écrire que meilleur rapport qualité/prix est tout bonnement introuvable. On réserve de suite pour la semaine suivante.
Lou Bourdié (le fermier) ouvre rarement le soir. Il faut cajoler Monique pour qu’elle accepte d’enchainer deux services, à la rigueur un vendredi parce que le samedi c’est toujours repos, comme le mercredi.

Mais dimanche c’est menu de fête.
Coté vins, Julie conseillera un Coteau du Quercy à ceux qui ne veulent pas prendre de risques. Il sera agréable sur tous les plats. Les connaisseurs apprécieront un Cahors. Ce sera un Château Bovila ou mieux un Triguedina qui présentera encore plus de caractère pour se mesurer aux viandes en sauce, au gibier et au magret de canard.

Si comme moi vous reculez devant le tanin de ces appellations régionales qui donne au breuvage un noir profond vous pencherez plus vers un Goutal ou un Château du Cèdre moins capiteux.

Sur le foie gras et les fromages, surtout les pâtes persillées, j’apprécie le Tariquet des « Premières Grives », largement moins gras qu’un Sauternes et pourtant non moins fruité. Mais vous pouvez préférer un vin plus sec comme le Caprice.

Sur la truffe, en haute saison (février) on ne lésinera pas sur le millésime.
Pour l’heure nous sommes en été. La cheminée est cantonnée à une fonction décorative et se repose des cuissons de saucisses et autres spécialités roboratives. On profite pleinement de la terrasse abritée de cette maison traditionnelle à la façade en pierres calcaires, dite terrasse à bolet.

Un nom qui vous invite à une balade dans les bois pour la cueillette des champignons ... tous comestibles, au moins une fois, pourrait-on dire avec un humour particulier. Je vous en parlerai dans quelques jours.

Restons chez Monique où, une fois la dernière assiette partie à la plonge, la maisonnée ne s’endort pas.











C’est le moment où l’équipe se met à table sans pour autant se restaurer dans la solitude.

Les clients toquent à la porte tout l’après-midi pour composer le menu d’un banquet, d’une fête ou d’une cérémonie qu’on programme d’avance.

Patiemment et avec un plaisir manifeste la patronne commente la carte et conseille un sandre au safran plutôt qu’un foie gras, somme toute banal dans le pays. Elle discute des vins, suggère un champagne pour accueillir les convives qui pourront poursuivre sans changer de bouteille. Elle va jusqu’à prêter un échantillon du nappage pour que les familles préparent des pochons de dragées assortis en terme de couleur.

Elle ne retire jamais le tablier et s’attarde à donner ses recettes. Comme à cet architecte anglais qui se rend pour dix semaines à la Nouvelle Orléans. Il part avec la marche à suivre pour réussir un pain de poissons, un feuilleté et un bœuf en daube.
Le piano est enfin refroidi mais les marcheurs de Compostelle trouveront toujours quelque chose pour se rassasier. Car Monique nourrit indifféremment les habitués (qui ont leur table attitrée), l’évêché, les ouvriers, les touristes, les gastronomes et les pèlerins de Saint Jacques dont le chemin suit le GR65 et passe devant les marches du restaurant. A choisir il vaut mieux venir à pieds à Lou Bourdié parce qu’on ne vous refusera jamais une assiette alors que les visiteurs motorisés devront réserver, et plutôt une semaine à l’avance pour être certains d’avoir de la place.


Certes, à quatre heures de l'après-midi il ne faut pas espérer un repas complet mais on vous servira une assiette de charcuterie, un sandwich ou une omelette pommes de terre et oignons. Il est même probable que vous soupirerez comme ce marcheur anglais dans un français hésitant que c'est la meilleure de toute votre vie.

L’adresse n’est pas secrète. Gilles Pudlowski, Jamie Oliver et les critiques du Gault et Millau la connaissent par cœur.

Cyril Lignac a appris de Monique comment faire l'omelette à la truffe cuite en chausson. Une technique que les deux compères ont partagé avec les téléspectateurs de 100% Mag vendredi 25 janvier 2013 vers 19 heures.

On vient du monde entier à Bach (et on prononce Bache) comme en témoigne l'étoile du Texas offert par un client ravi. Une étoile amplement méritée !

Lou Bourdié, 46230 Bach.
Tél. 05 65 31 77 46
Menus (déj.): 15 € en semaine, 25 le dimanche
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