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samedi 26 avril 2014

Adam et Thomas, premier roman pour la jeunesse d'Aharon Appelfeld

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Aharon Appelfeld a l'âme d'un enfant, l'expérience d'un homme et la sagesse d'un philosophe. Alors, forcément, quand il se décide (enfin !) à écrire pour la jeunesse il nous tend un livre qui a la valeur universelle des contes et la limpidité d'un récit initiatique, au-delà de la folie guerrière et de l'antisémitisme.

Il est probable que la traduction de Valérie Zénatti qui le connait très bien (et qui est elle aussi auteur aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes) n'est pas fortuite dans la facilité de lecture. Quant aux illustrations de Philippe Dumas, elles sont d'une justesse bouleversante.

Adam et Thomas est bien davantage qu'un livre de littérature jeunesse. C'est un passeport pour un large public à partir de 8 ans, peut-être même un peu en deçà, pourvu qu'un adulte soit médiateur. Et bien entendu largement au-delà des 12 ans préconisés par l'éditeur.

Une rencontre est organisée par l'Ecole des loisirs le lundi 26 mai 2014 à 19 h30 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme qui affiche déjà complet. L'annonce d'une conversation entre l’auteur et la traductrice avec des lectures par Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française, a immédiatement suscité l'enthousiasme. J'ignore si c'est pour l'auteur ou pour le comédien (qui lui aussi est romancier) et je me demande si les inscrits auront lu le livre mais ce succès est mérité.

Aharon Appelfeld s'est inspiré de sa propre histoire. Lorsqu'il s'est enfui à l'âge de 8 ans d'un camp de concentration, il a survécu plusieurs mois en se cachant dans les bois. Mais c'est surtout pour la portée universelle de la narration que le livre m'a touchée.
Quand la mère d’Adam le conduit dans la forêt, elle promet de venir le chercher le soir même. " Aie confiance, tu connais la forêt et tout ce qu’elle contient ", lui dit-elle. Mais comment avoir confiance alors que la guerre se déchaîne, que les rafles se succèdent dans le ghetto et que les enfants juifs sont pourchassés ?

La journée passe. Adam retrouve Thomas, un garçon de sa classe que sa mère est également venue cacher là. Les deux gamins sont différents et complémentaires : Adam sait grimper aux arbres et se repère dans la forêt comme s’il y était né. Thomas est réfléchi et craintif. À la nuit tombée, les mères ne sont pas revenues. Les enfants s’organisent et construisent un nid dans un arbre. Ils ignorent encore qu’ils passeront de longs mois ainsi, affrontant la faim, la pluie, la neige et le vent, sans oublier les questions essentielles : qu’est-ce que le courage ? Comment parlent les animaux ?

D’où vient la haine ? À quoi sert l’amour ?
La vérité historique n'est pas l'objectif principal. On apprend que les faits se déroulent juste après la victoire de Stalingrad. L'armée allemande bat en retraite (p. 101). Cela permet d'espérer la fin de la guerre bien que la barbarie continue de régner.  Le lecteur reste cependant tenu en haleine, surtout nous, adultes, qui avons gardé en mémoire le Journal d'Anne Frank : on sait bien que beaucoup décédèrent encore juste avant la Libération.

J'ai pensé aussi au tout petit (en nombre de pages) livre d'Elzbieta sur la bêtise des hommes dressant une haie d'épines entre deux enfants qui s'aiment dans l'album Flonflon et Musette. Quand on sait que ce livre a été vilipendé à sa sortie pour son pessimisme parce que Elzbieta y écrit en substance que la guerre ne meurt jamais tout à fait, et qu'il faut rester vigilant pour que la violence ne reprenne pas le dessus ! L'album a reçu plusieurs prix et a fort heureusement été intégré dans la sélection au programme de l'Education nationale.

Pour revenir à Adam et Thomas, je regrette qu'Aharon Appelfeld n'ait pas intitulé Adam, Thomas et Mina car la petite fille y joue un rôle déterminant. A travers ce personnage, l'auteur démontre que les actes sont plus importants que les paroles. La petite fille ne parle pas mais elle agit. Sans son courage les deux garçons seraient morts de faim. Inversement elle leur devra la vie et c'est seulement lorsqu'elle est sauvée qu'elle ouvre la bouche.

Tout en étant un cadre réel, la forêt apparait très vite comme le substitut du ventre maternel. La manière dont les deux enfants s'y prennent pour rester en vie n'est pas le plus important. C'est leur simplicité à formuler des interrogations philosophiques auxquelles les adultes ont (trop souvent) renoncé qui donne toute sa force au récit et une dimension mythologique.

Par exemple, à travers des questions formulées par Thomas comme celle-ci : un homme croyant est-il différent d'un homme ordinaire ? (p. 37) Adam lui répond qu'il ne le croit pas. Son grand-père lui a dit que tous les hommes ont été créés à l'image de Dieu. (...) Et s'il est interdit de voir Dieu, il faut faire ce qui est bon à ses yeux.

Thomas est un petit garçon qui souffre que les sentiments pèsent parfois. Il a toujours une formule pour expliquer la complexité. Ainsi il définit l'égoïsme comme étant l'amour de soi-même. Un amour trop grand (p. 38)
Adam a une relation très forte avec sa mère. Il reste persuadé que les mamans font tout ce qu'elles peuvent. Il est toujours confiant, estimant que dans la forêt il y a tout ce qu'il faut (...) Hier nous avons fait le premier pas, le plus important, nous nous sommes construit un nid.

Les enfants ne souffriront pas de la soif. Ils découvrent vite de l'eau (et comment se procurer du lait). Par contre la faim leur donne le vertige, leur faisant perdre la raison. Les nuits deviennent trop froides mais allumer un feu leur ferait courir un danger encore plus grand.

Malgré tout chaque découverte est source de bonheur. Les heureuses surprises se succèdent, même toutes simples comme avec des grenouilles. Ils observent que les écureuils ont des gestes qui ressemblent à ceux des humains. (p. 57)

Les enfants vivent dans la clandestinité et sont presque sans protection mais ils n'oublient jamais les valeurs qu'ils tiennent de leurs familles et sont toujours prêts à aider un homme en détresse. Les difficultés ne sont pas occultées. Cependant Aharon Appelfeld a tenu à terminer sur une fin heureuse.
Rares sont les pages présentant uniquement du texte. Illustrations et mots se répondent avec délicatesse. Les images de Philippe Dumas apportent un souffle de légèreté et de tendresse. On retrouve sa manière très personnelle de dessiner des fruits rouges. Il avait illustré la chanson du Temps des cerises il y a presque 25 ans.
Le nid où se réfugie les enfants apparait à coté d'une très jolie mésange charbonnière (p. 33). Et la cuisine du début du livre est très évocatrice du bonheur familial. Il n'hésite pas à faire aussi des dessins angoissants pour exprimer des sentiments très forts, surtout en ce qui concerne Mina.

Voilà donc un livre que je recommande, à tous les âges, à l'instar, pour les adolescents et les adultes, d'un autre livre, écrit par Valérie Zenatti, Une bouteille dans la mer de Gaza.

Adam et Thomas d’Aharon Appelfeld, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, illustré par Philippe Dumas, l'Ecole des loisirs, mars 2014

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, 71, rue du Temple – 75003 Paris

mardi 14 janvier 2014

Mille milliards de fourmis, un livre aux éditions du Seuil Jeunesse

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En octobre dernier je vous avais relaté cette exposition, visible au Palais de la découverte, et si passionnante sur ces petites bêtes (pas toujours si petites d'ailleurs) que sont les fourmis.

Un livre documentaire, conçu comme complémentaire à la visite, sortira demain en librairie.

Il est largement illustré, tord le cou aux idées reçues et nous fait découvrir les singularités de cet animal familier mais fort méconnu, la fourmi.

On peut aussi bien le consulter avant qu'après avoir été au Palais de la découverte, comme d'ailleurs le lire indépendamment. Ce serait cependant dommage de se priver d'aller voir les bestioles de près.

Brunes, rouges, vertes ou noires, plus ou moins grosses, plus ou moins grandes, toutes petites le plus souvent mais bien utiles ... elles sont légionnaires, éleveuses, tisserandes, champignonnistes, toujours étonnantes.

Ce livre nous apprend (p. 12) que les mâles ont de gros yeux pour repérer les femelles au cours du vol nuptial.
L'égalité entre "les garçons et les filles" n'est même pas discutable. ce sont les ouvrières qui font tout. L'étude de leur vie sociétale est surprenante. Ainsi ce sont les fourmis les plus âgées qui prennent tous les risques en s'éloignant de la fourmilière.

Et contrairement à ce qu'on nous a appris à l'école, on peut naitre fourmi et ne rien faire puisque 20% d'une colonie vivent dans le farniente absolu.

Elles ont développé des techniques pour assainir leur nid, récolter, classer et transporter leur nourriture sans oublier une mise au point très élaborée de modes de communication (p. 14).

Mille milliards de fourmis passionnera les petits comme les grands.
                                                          *
                                                        *   *
Je rappelle que l'exposition est ouverte du 15 octobre 2013 au 24 août 2014, du mardi au samedi de 9 h 30 à 18 h 00, (fermeture des caisses à 17 h 30) et le dimanche et les jours fériés de 10 h 00 à 19 h 00, (fermeture des caisses à 18 h 30)

Fermé TOUS les lundis (normaux et fériés) et les 1er janvier, 1er mai, 14 juillet et 25 décembre.

L'accès est libre pour les visiteurs ayant acquitté leur droit d'entrée au Palais de la découverte. Gratuit pour les moins de 6 ans

mercredi 20 novembre 2013

Pauline ou la vraie vie de Guus Kuijer enfin en version complète

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On connaissait Pauline en morceaux éclatés : Unis pour la vie, La vie çà vaut le coup, le bonheur surgit sans prévenir, Porté par le vent vers l'océan. Voilà tout Pauline réuni et enrichi d'un cinquième volume, inédit en France, Je suis Pauline ! Le tout justifie cet intitulé global de Pauline ou la vraie vie.

L'auteur est Guus Kuijer, un hollandais, né le 1er août 1942 à Amsterdam dans une famille très croyante. On ne sera pas étonné que les grands-parents de sa jeune héroïne fassent la prière avant chaque repas. Et quand on saura qu'il a été instituteur pendant six ans on comprendra pourquoi le beau-père de Pauline exerce le même métier.

Après deux recueils de nouvelles et un roman pour adultes, son premier livre pour enfants paraît en 1975. Selon ses propres dires, ce texte agit sur lui comme une libération. C’est le début d’une riche carrière d’écrivain pour la jeunesse qui sera couronnée à de nombreuses reprises. Le prix le plus prestigieux est le prix Astrid Lindgren qu'il reçut l'an dernier, juste après Kitty Crowther, Christine Nöstlinger ... ou Maurice Sendak.

Geneviève Brisac voit dans Pauline une version moderne de Fifi Brindacier. En tout cas cette jeune fille s'interroge à tout bout de champ et nous interpelle par la même occasion, ce qui rend le roman lisible aussi bien par des ados que par leurs parents, ... ou grands-parents.

Pauline pose beaucoup de questions, sans s'inquiéter le plus souvent des réponses. Elle est capable de s'énerver mais elle a un esprit positif et va toujours de l'avant, quitte à sacrifier quelques illusions. C'est peut-être cela qui justifie le titre du recueil, Pauline ou la vraie vie.

Les problèmes ne sont pas édulcorés. Cette vie n'est pas facile. On peut avoir un papa toxicomane, vivant comme un vagabond et l'aimer malgré tout. Avoir un petit ami qui devra épouser la femme que sa famille lui choisira et l'aimer malgré tout. Avoir une amie (Caro) qui tente de vous le piquer, et l'aimer malgré tout. Avoir pour futur beau-père son instituteur et l'aimer malgré tout.

On peut tenter de s'épanouir au sein d'une famille qui semble peu ordinaire pourvu qu'on ait l'amour de tous les membres, grands-parents y compris, et avoir comme animal de compagnie un petit veau.

Pauline a des réflexions d'adulte sans perdre pour autant sa personnalité d'enfant qui s'exprime dans la poésie. De courts textes ponctuent les chapitres, ainsi que des illustrations qui ont l'allure d'esquisses, et que l'on doit à Adrien Albert.

La séparation, l'éducation, le racisme, les religions, l’amour, sont des thèmes récurrents d'un volume à l'autre. On a presque le sentiment de lire le journal d'une adolescente qui fait oublier que c'est un "grand-père" qui tient la plume. La traduction y est probablement pour quelque chose.

C'est Maurice Lomré qui l'a réalisée et j'avais eu l'occasion de le rencontrer il y a quelques mois. Sa manière de parler de l'oeuvre donnait envie de la découvrir, même si on en avait "passé l'âge".

Il ressort de cette lecture une certaine candeur qui est assez vivifiante. La prière en forme de table de multiplication, la compassion de la fille pour son père, quelques phrases qui résonnent comme des réflexions philosophiques (le silence est un bruit agréable p. 204) en font un roman qui se savoure dans toute sa fraicheur.

Pauline ou la vraie vie de Guus Kuijer, Traduit du néerlandais par Maurice Lomré, Ecole des loisirs, septembre 2013

mercredi 6 novembre 2013

La bobine d’Alfred de Malika Ferdjoukh

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J'ai cru que le scénario de Malika Ferdjoukh était un peu tiré par les cheveux. Le début est peu crédible, avec ce licenciement d'un cuisinier parisien pour avoir élevé la voix sur son patron qui s’était permis de gifler son fils Harry... je me suis demandée comment elle allait s'en sortir. Mais très bien ! Et si ce livre est soit-disant destiné à des collégiens, il a vraiment su me plaire.

Une fois le concours de circonstances accepté, le lecteur est, lui aussi, au coeur d’un tournage du grand Alfred Hitchcock en personne. Alors qu’il a juré de respecter le secret, Harry, le fameux fiston qui se trouve avoir davantage la passion du cinéma que celle de la cuisine, s’introduit en catimini sur le plateau. Tout se complique quand l'adolescent, tombé amoureux de l’actrice principale, décide de visionner la bobine comportant des scènes du futur film et que personne ne devrait voir avant l'approbation du maître.

J'espère que les jeunes lecteurs repéreront les références au cinéma américain des années 50-60 en général et à Hitchcock en particulier. Il n'est pas évident de comprendre que le tournage n'a pas réellement eu lieu si l'on sait que James Matthew Barrie est bien le créateur du personnage de Peter Pan et qu'il a effectivement écrit une pièce de théâtre intitulée « Mary Rose ». Ce projet fut quand même une des obsessions du cinéaste qui ne parvint jamais à l’imposer à ses producteurs.

Quant à la nouvelle patronne du père du garçon, Lina Lamont, peu de gens doivent savoir aujourd'hui que ce fut une grande star du muet, héroïne de Singing in the rain. Les péripéties orchestrées dans le roman évoquent celles de la Mort aux trousses. Rien n'entrave la lecture si on ne le remarque pas, pas plus que si on ne comprend pas que les noms de lieux et des personnages sont systématiquement associés au cinéma hitchcockien. 

Malika Ferdjoukh voue une passion au 7ème art. Elle s'était déjà inspirée d'une œuvre d’Hitchcock avec Sombres Citrouilles qui reprenait sur le mode parodique les situations de Mais qui a tué Harry ? Je suis si souvent dans les salles obscures (le dernier film chroniqué en avant-première sur le blog quelques jours avant sa sortie nationale est Violette de Martin Provost) que je la comprends. Les décors de son livre sont totalement crédibles. On jurerait qu'elle a passé plusieurs années dans les studios d'Hollywood. Et chaque titre de son roman est inspiré d'un titre de film du grand Hitchcock. De même, l'illustration de couverture de Séverin Millet est très réussie, dans la lignée des comédies américaines, même s'il démarre et se clôture dans les brumes mélancoliques écossaises.

Il manque à ce livre une annexe récapitulant la filmographie d'Alfred Hitchcock. Car même si ce n'est pas un roman à destination pédagogique on peut tout de même espérer qu'il sera suggéré aux élèves dans les CDI.

La bobine d’Alfred de Malika Ferdjoukh, Ecole des Loisirs, 24 octobre 2013

jeudi 26 septembre 2013

Arthus Bayard et les maitres du temps de Laurent Bettoni chez Don Quichotte

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Voilà un livre qui va mettre d'accord jeunes lecteurs et adultes. 
« Arthur avait-il bien entendu ? Sherlock Holmes en personne allait l’aider à résoudre une enquête. Trop la classe ! »
Arthus, 14 ans, se découvre un jour l’incroyable don de voyager dans le passé. Problème numéro un : il ne décide ni de l’heure de départ ni de la date d’arrivée. Problème numéro deux : il ignore tout de ce qu’il est censé accomplir à une époque qui n’est pas la sienne. Problème numéro trois : lorsqu’il devine quelle sera sa mission, il ne saura pas comment s’en dépêtrer.
Pourtant, accompagnée de sa meilleure amie, Lalie la râleuse, de la gouvernante, Loreena la bagarreuse, et de l’homme à tout faire, Tomaso le froussard, Arthus n’aura pas une minute à perdre. En vingt-quatre heures chrono, la drôle d’équipe, qui se retrouve propulsée au début du XXe siècle, doit combattre quatre individus de la pire espèce et déjouer les plans de Chronos, maître du temps et de la destinée dont il détourne le cours à son profit.
Et quand la situation semble désespérée… elle peut devenir encore pire !
L'accroche de la quatrième de couverture fait penser à d'autres romans de la même veine. J'ai trouvé une certaine filiation avec la série des Harry Potter. Les garçons sont tous deux des orphelins. Lalie m'a semblée être de la même trempe qu'Hermione. La téléportation est leur don commun.

Cela ne m'a pas freinée pour dévorer ce voyage dans le temps et le Paris de 1912. On croirait le livre écrit par un anglais de bonne famille et pourtant l'auteur est français et restitue à la virgule près le franc parler des ados du XXI° siècle. Et on se surprend à deviner quels personnages célèbres, réels ou fictionnels, vont traverser l'intrigue : Proust, Cocteau, Sherlock Holmes ...

Il me semble que la porte reste ouverte pour une suite aux histoires qui restent à vivre par la famille Bayard.

Arthus Bayard et les maitres du temps de Laurent Bettoni chez Don Quichotte, code ISBN 9782359491005, sortie en librairie le 17 octobre 2013

mardi 3 septembre 2013

Le plus joli des rêves de Nathalie Brisac

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Questionnez les enfants qui travaillent dans le Tiers Monde. Ils vous répondront que le plus joli des rêves serait d'aller à l'école. Interrogez les européens. Il vous diront qu'ils voudraient être éternellement en vacances.

Est-ce une coïncidence du calendrier si Nathalie Brisac nous donne sa réponse le jour de la rentrée des classes ?
Grand Gaston est bien embêté. Mougueule, l’homme le plus puissant et le plus cruel du royaume, l’a chargé de traquer et d’attraper un rêve. Le plus beau des rêves qu’on puisse rêver. Grand Gaston est fier d’avoir été choisi pour accomplir cette mission mais il craint d’échouer. Il ne sait même pas à quoi ressemble un rêve. Comme tous les adultes, il n’en fait plus depuis longtemps ; les seuls qui continuent à rêver dans ce royaume, ce sont les enfants…
Ce conte moderne réconciliera tout le monde. Le besoin de fiction, comme le besoin de rêver sont universels. Ce sont les enfants qui sont porteurs de cet espoir, car ils en ont la capacité que les adultes ont trop souvent perdue.

Pour moi qui connais Nathalie, j'ai retrouvé dans ce petit livre une conjugaison de douceur et d'opiniâtreté qui la caractérise. De mélancolie et d'optimisme d'aussi.

Les illustrations de Rascal collent à merveille à la poésie du texte.

A lire à partir de 7 ans ... et bien au-delà !

Le plus joli des rêves de Nathalie Brisac, collection Mouche de l'Ecole des loisirs, septembre 2013, code ISBN 9782211214056

dimanche 25 août 2013

Le dessert préféré d'Astérix ... pour patienter avant de découvrir ses nouvelles aventures chez les Pictes en octobre 2013

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Si vous ne le savez pas je vous l'annonce : les éditions Albert-René sont sur le pied de guerre. En effet, le 24 octobre prochain devrait voir la sortie des nouvelles aventures d'Astérix (et Obélix) après 8 longues années de silence. Ce sera l'album 35 et il s'intitulera Astérix chez les Pictes.

Albert Uderzo a été avec son compère René Goscinny les seuls auteurs à créer leur propre maison d'édition. Il a officiellement pris sa retraite, mais il demeure auteur dans la maison qu'il a fondée. Autant vous dire qu'il a suivi de très près la gestation du bébé, et avec beaucoup de plaisir.

Les parents sont Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, de belles pointures dans l'univers de la Bande dessinée.

Jean-Yves Ferri est tombé dans le chaudron de la presse enfantine en 1990 où il démarra comme illustrateur. Il publia son premier album en 1996, Les Fables Autonomes chez Fluide Glacial (2 tomes parus) qui brossent avec humour un univers middle-west façon Steinbeck.

Son premier héros fut Aimé Lacapelle, un policier rural désormais mythique de la police montée tarnaise. Le dernier est De Gaulle, qu'il a croqué à la plage, et qui devrait bientôt émerger du brouillard londonien. Entre temps il a été notamment aux commandes de la célèbre série Le Retour à la terre (7 tomes parus).

Didier Conrad a fait ses débuts dans le monde de la BD par une "Carte blanche", publiée dans le Journal de Spirou en 1976. de collaboration en collaboration il est parti aux USA où il a créé la série "Kid Lucky", et plus récemment "Marsu Kids" qui raconte les aventures des différentes couvées du Marsupilami, animal mythique inventé par Franquin. Autant dire qu'il sait hériter d'un personnage et continuer à l'animer.
J'ai eu la chance de pénétrer dans l'univers astérisquien au possible des éditions Albert-René. C'est que depuis les premières pages publiées dans Pilote à partir d'octobre 59 il y en a eu des strips ... et les souvenirs abondent dans le temple de la BD française la plus lue dans le monde.

J'hésite à vous donner tout de suite des scoops sur le scénario du futur album. Ce que je peux vous dire c'est que la gastronomie sera à l'honneur. Il était donc logique que je revienne avec une des gourmandises préférées du petit homme, à savoir des Financiers aux framboises.

Je vous donne les proportions pour 8 personnes mais bien entendu il faudrait voir les choses en plus grand pour un banquet. Sinon le goûter va se terminer en pugilat et c'est plutôt bruyant :
Ingrédients (pour 8 personnes) :
  • 200 g de framboises
  •  200 g de beurre
  • 200 g de sucre glace
  • 80 g de farine
  • 80 g de poudre d'amande
  • six blancs d'oeuf
  • un demi-sachet de levure chimique
Préparation :

1. Dans un saladier, mélanger le sucre glace, la poudre d'amande, la farine et la levure chimique.

2. Battre les blancs jusqu'à ce qu'ils soient mousseux et les ajouter au mélange.

3. Faire fondre le beurre dans une casserole jusqu'à ce que sa couleur prenne un joli ton noisette. Attendre qu'il tiédisse pour l'ajouter dans la préparation.

4. Préchauffer le four à 180°C (thermostat 6).

5. Verser la pâte dans des barquettes en papier posées dans les moules individuels et disposer alors des framboises sans trop les enfoncer. Enfourner pour 15 minutes.

A table ! Et ne vous bagarrez pas !

samedi 13 juillet 2013

Tous les matins depuis hier de Claire Castillon

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Manon a bientôt dix ans, des bagues aux dents et des rêves en pagaille. Elle voudrait devenir infirmière ou styliste. Pouvoir rentrer à pied de l’école avec Nelly. En finir avec la bande des Horribles. Changer de parents, éventuellement. Retourner en vacances au cap Gris-Nez. Et surtout écrire à Cindy Pacosa, son idole qui vit aux États-Unis. Mais c’est la vie, et tout ne tient pas dedans. Sauf si… Hier, dans le bus, un garçon est monté. Un garçon aux yeux verts. Avec des fossettes. Mais comment lui parler ?

Le secret est dans cette résolution qui apparait page 104 : Tous les matins depuis hier j'ai décidé de faire un effort en me préparant. Et Manon ne les ménagera pas ... les efforts, ni ceux qu'elle s'impose, ni ceux qu'elle exige des autres. Elle le fait avec tant d'humour et d'amour que la vie va peut-être lui sourire.

Claire Castillon a réussi son pari, car ce devait en être un, consistant à écrire pour la jeunesse en conservant le style jubilatoire que j'avais tant aimé dans les Bulles.

Son livre fait bien la paire avec les Gosses de Valérie Clo qui nous montre la même problématique en miroir. De quelque coté qu'on le regarde, le cap de l'adolescence est complexe à traverser, qu'on soit enfant ou parent.

Et curieusement cela fera (aussi) du bien aux adultes de lire la prose de Claire Castillon. Elle ravive nos souvenirs et elle met en mots les atermoiements de la jeunesse sans culpabiliser personne. C'est vivifiant !

A la rentrée Guus Kruijer nous offrira avec Pauline ou la vraie vie, une vision assez proche, et aussi humoristique, témoignant que l'adolescence non plus n'a pas de frontière ... car l'auteur est hollandais.

Claire Castillon, Tous les matins depuis hier, École des loisirs, collection Neuf, mars 2013, Illustration de couverture d’Adrien Albert

dimanche 16 juin 2013

Touche pas à ma mère de Hervé Mestron

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Cela fait un moment que je n'ai pas relaté une lecture dans le domaine de la littérature jeunesse. J'aurais préféré un sujet plus léger mais celui de ce livre mérite qu'on prenne une heure (il est tout mince) pour le lire.

D'abord il est fort bien écrit et son audience peut très largement déborder une cible adolescente. Les personnages sont totalement crédibles et le décalage entre la façade sociale et la réalité familiale est parfaitement démontré.

Il ne s'agit pas de souci, de mésentente ou de conflit. Loin de là. La violence faite aux femmes est d'une autre dimension. On en trouve la définition en annexe p. 62. Elle peut être d'ordre physique, sexuel ou psychologique. Elle est exercée au sein de la famille et inclut les coups, les sévices sexuels infligés aux enfants de sexe féminin au foyer, les violences liées à la dot, le viol conjugal, les mutilations génitales féminines et autres pratiques traditionnelles préjudiciables aux femmes ... Ce qu'on désigne sous le terme de "violence conjugale" en fait partie et c'est le thème central du livre.

Ce n'est pas exclusivement le fait des hommes. Mais il est certain que les femmes "battues" sont plus nombreuses. Le manque de ressources financières les fragilisent encore plus. D'ailleurs un des premiers coups d'éclat du compagnon de la maman de la jeune Cécile sera une altercation avec son patron. Son intention est clairement de la priver de son travail. Avec l'alibi que c'est pour son bien : son patron ne la méritait pas et Sébastien a de quoi faire vivre toute la famille avec son propre salaire. Autrement dit, elle est désormais à sa merci.

Après, tout s'accélère. Les coups pleuvent, alternant avec de torrides réconciliations. Le profil maniaque et angélique de l'agresseur est également très bien analysé par Hervé Mestron. La cible a été choisie pour sa fragilité potentielle : elle élève son enfant toute seule. Mais il arrive très souvent que la victime soit une femme forte, ce qui décuple le plaisir du sadique qui, dans ce contexte, emploiera plutôt une stratégie de persécution psychique, qui ne laissera pas de traces bleues sur le corps.

Touche pas à ma mère est un livre essentiel où la montée dramatique suit des paliers progressifs ... comme dans la vraie vie. Parce que si on savait, on se sauverait sans attendre. Mais comment se méfier d'un homme qui déclare prohiber la violence, prétendant qu'elle ne sert à rien et prônant le dialogue (p.13) ?

Ce roman, qui n'est pas un témoignage, peut contribuer à la mise en garde des grandes filles comme des femmes. Il fait réfléchir, sans affoler. C'est bien. Il a reçu le soutien d'Amnesty International.

Hervé Mestron, Touche pas à ma mère, publié chez Talents Hauts, septembre 2012

dimanche 12 mai 2013

Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris

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Autobiographie d’une courgette est un livre qui a été publié aux éditions Plon en 2002 et qui vient de ressortir chez Flammarion, dans la collection Etonnantiss!mes, enrichi d’une présentation et d’un dossier complémentaire réalisés par Marie-Luce Raillard. C’est dans cette version que je l’ai découvert.

Des pluies de malheurs sont tombées dru sur les mômes des Fontaines. Certains sont orphelins. D'autres ont été abandonnés ou leurs parents ont été relevés de leur garde, parfois temporairement. C’est écrit à demi-mot et cela suffit pour deviner que l’alcool, la prostitution, la drogue ou la prison ont fait éclater la cellule familiale.

On apprend vite que Courgette est un garçonnet de 9 ans qui, après avoir accidentellement tué sa maman alcoolique se retrouve en foyer puisque son père a déserté la maison depuis le jour où il est parti avec une "poule". Ce foyer n'est pas un endroit idyllique mais c’est un paradis comparativement à ce que ses pensionnaires ont vécu.

Il y a Simon, dont on comprendra plus tard comment il parvient à savoir tout sur tout le monde, Béatrice, toujours les doigts dans le nez, Ahmed le grincheux qui ne reconnaitra pas son papa lorsqu'il se présentera sans sa barbe, Jujube le gourmand, Alice au visage masqué par ses cheveux, et puis Camille... qui est là comme pour démontrer que le bonheur existe.

Certains vont découvrir la mer pour la première fois, faire l'expérience des sports d'hiver, d'une soirée au cirque, mais surtout recouvrer ce qu'est un vrai esprit de famille. Et si tout va bien, se profile l'adoption au bout du tunnel.

Gilles Paris décrit un monde que les grandes personnes ne parviennent pas à maîtriser, faisant la démonstration que ce n’est pas parce qu’on croit tout savoir qu’on a prise sur le cours des choses. Il s’est glissé dans la peau d’un garçonnet d’une dizaine d’années. C'est donc toujours Icare, alias Courgette qui parle. Les phrases sont longues, bousculées par une syntaxe parfois chaotique, à l’instar de la manière de s’exprimer des enfants. Le récit est au présent. C’est presque un journal de bord, respectant la chronologie des évènements. Il est très dialogué, ce qui place le lecteur en immersion.

Néanmoins l’auteur laisse échapper un niveau de réflexion qui permet d’aller au-delà de ce qui aurait pu s’apparenter à un relevé d’évènements. On retrouve l'attention aux signes de la dépression qui était le sujet principal de son précédent livre, Au pays des kangourous. Simon donne à cet égard une jolie définition : des fois tout semble aller au ralenti et ça s'appelle l'ennui. (p.174).

On sent aussi une critique philosophique de la toute puissance imméritée des adultes et on se surprend à s’arrêter pensivement sur plusieurs phrases prononcées par le petit garçon tant il est vrai que « la vérité sort de la bouche des enfants ».

En voici quelques exemples :

On n’est pas pire que les grandes personnes qui font semblant de savoir. (p. 152)
Avoir une mauvaise vie peut conduire à devenir une femme de mauvaise vie.
L’église, c’est la maison au bon Dieu qui y est jamais. (p. 98)
C’est pas parce qu’on demande rien qu’on sait tout. (p.232)

On serait tenté d’aller fouiller ce qui est autobiographique dans son roman mais l’auteur répond de lui–même à la question en précisant que son enfance a été difficile mais pas malheureuse. C’est peut-être à de rares moments comme celui-ci (p. 232) qu’on le reconnait le plus : Moi, quand je serai vieux, j’aurai toujours dix ans et je poserai toutes sortes de questions idiotes et j’aurai pas une seule ride.

Il aurait pu nous livrer un bouquin plombant. Ce livre est pétri de légèreté et de tendresse ... assaisonné d'un humour fou. J'en ai oublié qu'il s'agissait d'un roman destiné au jeune public. Préface, postface, notes de bas de page pour expliquer les mots un peu ardus, quizz et jeux m'ont rappelé l'âge de la cible.

Maïwen avait abordé le sujet vu du coté de la police avec son très poignant Polisse. Gilles Paris a voulu faire un récit positif, montrant des gosses très solides malgré tout ce qu'ils ont enduré et la masse de soucis qu'ils accumulent dans leur tête, parfois sur leurs corps, à commencer par la branche à cinq feuilles sur les joues. (p.119)

Il met aussi l'accent sur la bonne volonté de tout le personnel qui a en charge ces petits pensionnaires, et c'est une bonne chose de montrer les "zéducs" dans plusieurs facettes de leurs responsabilités. Le Juge aux Affaires Familiales est dans la toute puissance mais il est bienveillant.

Les parents un peu désarmés devant les réactions de leur progéniture trouveront des clés pour mieux les comprendre. Et quelques jeux pour passer de bons moments. Comme celui de la phrase qui tient debout (p.160) ou le jeu du dictionnaire (p.36).

Les illustrations de Charles Berberian apportent un souffle qui  convient lorsqu’on vise un jeune lectorat.

Gilles Paris dirige une agence de communication spécialisée dans l'édition. Il est également l'auteur de Papa et maman sont morts (Seuil, 1991) et d'Au pays des kangourous (Éditions Don Quichotte, 2012) que j'avais chroniqué à sa sortie.

samedi 20 avril 2013

Cuisiner avec des enfants, pari gagné pour Thomas Feller et Anne-Sophie Pic

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J'étais régulièrement interpelée par des lecteurs et des lectrices du blog . On appréciait que j'y présente des livres de recettes, mais on aurait aimé que j'en conseille qui soient accessibles aux enfants.

Le souci était qu'à part le très vieux livre de Michel Oliver, la Cuisine est un jeu d'enfants, je ne voyais pas de quoi parler. L'édition date de 1963 et il n'est plus facilement trouvable.

A force de guetter ... j'ai fini par en dénicher deux. Celui de Thomas Feller dans la collection fait maison d'Hachette cuisine et puis une version plus sophistiqué d'Anne Sophie Pic.

J'ai donné les deux ouvrages à tester à de petites mains de bonne volonté, histoire d'être la plus objective possible. Alix s'est portée candidate.

La petite fille s’est littéralement emparée de l'ouvrage de Thomas Feller. Sa maman m'a rapporté qu'elle l’avait couvé un certain temps dans sa chambre avant de répertorier les divers ingrédients des recettes choisies.

Las ! Il manquait toujours quelque chose dans les placards mal organisés de la petite famille. Alix a donc relu les recettes, vérifié quelle épice rare était absolument nécessaire ou pas, quel fruit confit était décoratif ou essentiel pour le goût du dessert ... Vous apprécierez au passage le bénéficie en terme de lecture (message aux enseignants qui cherchent de bonnes idées pour donner le goût de lire à leurs élèves).

Alix s'est lancée. Elle a commis (selon les termes de sa maman) un délicieux gratin pâtes/légumes, influencée par sa petite sœur qui ADORE les pâtes.

La mère et la fille ont apprécié le coté pratique du livre. Ses explications techniques ont été les bienvenues même pour les parents (tout est dans le geste, on vous dit !!!).  Les recettes ont été jugées accessibles à qui les lit attentivement (comme toutes les recettes, d’ailleurs).
En cuisine, on fait du français (lecture, compréhension de texte), des maths (mesure, lecture de chiffres, calculs), de la chimie, un peu de sport parfois (pour qui pétrira une pâte et fera travailler ses biceps, pronateurs et longs fléchisseurs)… c'est ce qu'on appelle un bon programme de révisions pour touts niveaux.

En plus, la récompense est à la fois immédiate (du moins, pour qui patiente jusqu’au dessert !) et différée pour qui va voir son bulletin s’améliorer.

Alix a également effectué un crumble en suivant la recette du crumble aux pommes et framboises… sans les framboises qui étaient déjà englouties par la petite soeur. Il faudrait inventer un frigo à reconnaissance d’iris pour limiter les dérobades d'ingrédients réservés.

Et même une tarte aux pommes, preuve en photo fournie par la maman ...
J'ajouterai que le point fort de ce livre est d'aborder les techniques de base, en donnant des conseils pratiques qui seront très utiles aussi à tous les débutants, quel que soir leur âge. Le ton n'est pas bêtifiant et préserve les susceptibilités. Il est le cadeau parfait à faire à ceux qui veulent se lancer en cuisine et qui ne savent pas par quoi commencer.

De la salade de riz à la crème au chocolat, en passant par la tarte à la tomate, les papillotes de saumon, les nuggets ou encore la tarte Tatin tous les classiques y sont, et dans une présentation qui n'est pas bêtifiante. Les pages techniques donnent tous les secrets pour tenir un couteau, couper les aliments, préparer une crème Chantilly ou une sauce au chocolat et bien entendu apprendre à séparer les blancs des jaunes ou à mélanger les ingrédients pour obtenir la consistance voulue.

Je ne suis pas sûre que les enfants puissent se débrouiller tout seuls en cuisine mais c'et un tel plaisir que de partager ces moments que les parents ont tout intérêt à rester à porter de cuillère.
Forte de son expérience Alix a ensuite parcouru le beau livre d’Anne-Sophie Pic. Les photographies ont un souci d’esthétique. Les recettes sont plus complexes mais ce sont les recommandations techniques qui font la différence. Tout est dans le geste, Alix et sa maman l'ont bien compris et elles ont compris aussi que la pratique est nécessaire pour développer les compétences ... en cuisine comme dans tout.

Elles ont trouvé que Nathan ressemblait beaucoup à sa talentueuse maman. Les gestes et «trucs» techniques de la chef triplement étoilée ont été appréciés mais Alix n'a pas cherché à troquer "son" Thomas Feller contre celui là.

Elle garde ce premier livre de recettes précieusement dans sa chambre et ne l'emmène en cuisine que le temps d'y faire une préparation.

J'ai expérimenté une recette, et je n'ai pas choisi la plus difficile en décidant de faire une compote. Cinq minutes de cuisson en cocotte minute et l'emploi de fève tonka.

Le résultat est joli. Les pommes étaient bien dorées, pas trop cuites, ni pas assez.

On m'a reproché d'avoir trop sucré. Il est vrai que j'avais habitué jusque là les palais familiaux à manger la compote sans aucun ajout de sucre et que la proportion d'Anne-Sophie (150 grammes de sucre pour un kilo de pommes) pourrait être réduite.

J'aurais du le deviner ...

Ce qui me déstabilise dans son livre c'est la table des matières qui s'organise autour de grand principes comme les classiques, la gastronomie, la rapidité, la santé et la diversité ou enfin le partage.

Si je veux retrouver la recette de la compote je vais spontanément à "rapidité" et je ne la trouve pas. Il faut que je lise tout le sommaire pour la voir en cuisine "saine et diversifiée".

Il manque une liste logique entrées, plats, desserts ... ce qui n'enlèverait rien au goût. J'ai noté le même travers dans les autres livres d'Anne-Sophie Pic, notamment dans ses Recettes classiques (un livre fondamental à offrir à Alix dans quelques années) où là, bien malin qui distingue les classiques familiaux des classiques de la cuisine française et des classiques du bistrot, sans compter les classiques ... d'Anne-Sophie elle-même.
Enfants, mon premier livre de cuisine ! de Thomas Feller, photographies Natacha Nikouline
Hachette Pratique, collection Fait maison , numéro 15, février 2013
Scook, Recettes pour les enfants : leçon de cuisine par Anne-Sophie Pic, Hachette cuisine, mai 2010
Scook, Recettes classiques pour tous : leçon de cuisine par Anne-Sophie Pic, Hachette cuisine, octobre 2010

Tomi Ungerer, éternellement Esprit Frappeur

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J'ai partout lu et entendu que Tomi Ungerer était une figure archétypale de la subversion. Cette étiquette masque une réalité plus subtile. Ce n'est pas l'adjectif "subversif" qui me serait venu spontanément pour le qualifier. Facétieux serait plus juste. Ses actions de rebellion sont toujours au service d'une cause et l'homme est un pacifiste convaincu.

Quand il prétend faire sauter les tabous c'est pour mieux focaliser l'attention sur le beau et le bon.

Cet amoureux des mots et des formules pourrait faire le bonheur des tweetophiles mais j'ai constaté qu'il demeurait sur la réserve. Quand Bernard Pivot tweete à tout va, et trouve même le moyen d'en faire un livre, Tomi est peu bavard. On pouvait lire il y a tout juste deux mois : Wash your tongue before you start a conversation!

Je prends le conseil à mon compte et j'avance prudemment dans l'écriture de ce billet avec pour principal objectif de vous faire découvrir quelques facettes de ce créateur de génie.

Si vous cherchez une biographie complète de Tomi Ungerer (Son nom se prononce Ounguéraire) ce n'est pas ici que vous la trouverez. Il me faudrait plusieurs chapitres et d'autres se sont livrés mieux que moi à l'exercice. Je vous recommande de commander le numéro spécial que l'Ecole des loisirs lui a consacré en remplissant cette fiche, rubrique "mon écrivain préféré". Elle vous sera adressée gratuitement.

Un homme qui travaille sans relâche

L'affiche du film ne trompe pas : on le voit un crayon à la main. Il reconnait en interview travailler de façon presque maladive. Quand on le regarde dessiner on surprend des gestes de chef d'orchestre. On pourrait expliquer cette boulimie par son obsession de la mort et ses angoisses, j'y reviendrai. On pourrait aussi invoquer son souci de la perfection. Plutôt que d’avoir recours à une gomme il préférera prendre une nouvelle feuille blanche et refaire le dessin. Jusqu'à ce qu'il estime le résultat satisfaisant, encore qu'il prétende ne jamais avoir atteint la perfection. Il commente avec humour que chaque dessin réussi (et encore) est l'aboutissement d'une série d’avortements.

Il faut le voir maugréer devant ses premières oeuvres, leur trouvant de multiples erreurs que notre oeil ne perçoit pas du premier coup. Et pourtant il estime qu’un dessin parfait est ennuyeux. Et il aurait aimé conserver la fraicheur et l’innocence de ses débuts. Il craint même de savoir trop bien dessiner aujourd’hui , estimant que les planches naturalistes qu’il a faites sur l’Irlande seraient trop parfaites. Si le complexe d’infériorité, très alsacien au demeurant, reste ancré dans sa nature, il n'est pas à une contradiction près.

Ce qui est significatif, c'est aussi sa manie d'accumuler. Il ne détruit rien. Tout est conservé, on se demande pourquoi, peut-être pour se rassurer sur la quantité de travail fourni. Du coup il a des milliers de croquis.

Un collectionneur dans l'âme

Il garde ses esquisses et il thésaurise tout ce qu'il trouve. Sa collection de jouets dépasse 6000 pièces. Surtout des mécanismes. Là encore nul besoin d'être féru en psychanalyse pour deviner le poids familial. Il est le fils d'un fabricant d'horloges historien et astronome. Tomi a perdu son père à trois ans, bien avant d'avoir épuisé les jeux de l'enfance avec lui. Alors c'est tout seul qu'il faisait rouler ses modèles réduits sur le toit de son appartement new-yorkais. Il affectionne particulièrement les automates et tout ce qui s'actionne avec des rouages.
Ce sont ses propres jouets qui lui ont servi de modèle pour Jean de la lune.

Il fait le bonheur des musées car il donne beaucoup. Le Musée de l'image d'Epinal dispose de quelques oeuvres. Thérèse Willer, directrice du musée qui lui est consacré à Strasbourg, a reçu sept mille dessins originaux, plusieurs centaines d’affiches et de sculptures, sa collection personnelle de trois mille cinq cent jouets et jeux, des archives familiales, des articles de presse et des photographies, constituent ainsi un fonds documentaire d’une grande cohérence.

Autant international que régionaliste

Jean-Thomas, dit Tomi, est né le 28 novembre 1931 à Strasbourg. Son enfance est marquée par les difficultés d'être Alsacien pendant la seconde guerre mondiale. Un mot d’alsacien, prononcé même hors de l’école, pouvait valoir deux heures de retenue, et surtout le mépris des camarades plus jeunes de quelques années.

On peut très bien apprendre une langue avec un couteau sur la gorge. C’est ce qu’il a fait en trois mois avec l’allemand. Loin d'être devenu réfractaire à la langue de Goethe il la parle parfaitement et il oeuvrera à rapprocher la France et l'Allemagne dès que sa position d'artiste lui en fournira l'occasion.

Lassé d’être balloté entre l’Allemagne et la France, où sa parfaite maitrise de la langue allemande lui vaut d'être traité de sale boche, il s'expatrie aux Etats-Unis. Son geste relève davantage de la fuite que de la révolte. Et l’amour du jazz et du blues ne sont pas étrangers à sa détermination.

Il y a quelque chose de très personnel dans le personnage de Jean de la Lune qui déguerpit dans la forêt pour fuir les militaires soviétiques des forêts norvégiennes.
Il part tenter sa chance en Amérique avec un carton de dessins et quelques dollars en poche. Rien de plus. Ayant été élevé dans une atmosphère protestante, il croit alors tout savoir du puritanisme. C'est d'ailleurs sûrement de là qu'est née sa passion pour les paillardises, en vieux françois de préférence.

On a  une fausse image de la liberté qui règne soit-disant aux States. L'Amérique est ultra conservatrice. Elle n'apprécie pas les remises en cause de l'affichiste. Son nom est inscrit sur la liste noire des bibliothécaires et ses livres (pour enfants) seront exclus du prêt. C'était une époque où les philatélistes américains n'avaient pas le droit de posséder des timbres chinois. On ne peut pas imaginer une telle censure et pourtant Tomi Ungerer était encore banni dans les années 90 alors qu'il reçoit le si prestigieux Prix Andersen en 1998. Quelle revanche !

Tomi demeure reconnaissant à la ville de New York de lui avoir permis de faire éclore son talent. Sa fascination pour l'Amérique est restée intacte. Il a cédé une partie de ses oeuvres à un musée du Massachusetts. Mais il partira désormais vivre en Irlande où il se sent davantage en paix que nul part ailleurs : toutes mes facettes ont trouvé place ici, dit-il les larmes aux yeux.

Une identité forgée par le traumatisme


Ce fut la mort du père, dont il dit n'avoir jamais fait le deuil. Est-ce un hasard si son père était lui aussi dessinateur. Même si ce n'était pas son métier il avait un talent remarquable, dans un style très figuratif et romantique.

Ce fut aussi l'empreinte du nazisme qui l'a rendu réfractaire à toute forme de totalitarisme. Il est donc choqué de voir les français brûler la bibliothèque de Strasbourg après la guerre au motif qu'elle a été constituée par des nazis. La guerre est absurde répète Tomi qui la dénonce dans ses affiches et dans ses livres.

Il dit avoir connu la foudre et affirme être la première victime de sa paranoïa qui l'entraine chaque nuit dans des cauchemars. Le documentaire que lui consacre Brad Bernstein le montre en pleine crise de panique. Trop d'idées continuent de l'assaillir et l'âge n'a rien arrangé même si la mort ne l'effraie pas.

Quand il exprime que la ségrégation qu'il a découverte aux USA est d'une gravité comparable au fascisme (le père de sa première compagne était shérif dans le Texas et lui a fait part de scènes horribles) ou qu'il relate que par le bouche à oreille on savait que les nazis fabriquaient du savon avec de la chair humaine en Pologne ... les faits sont dits avec émotion et pudeur.

Je les entend encore résonner quand je regarde les affiches qu'il a dessinées contre la guerre du Vietnam et je ne les vois pas subversives mais nécessaires, tout simplement.

Ses mots sont aussi incisifs que ses traits de crayon. En voici un petit florilège témoignant de sa force de caractère : Don't hope, cope ! que l'on pourrait traduire par Ne te satisfait pas d'espérer, réussis ! Les livres doivent donner le goût de la vie aux enfants même si ce goût est amer.

Voilà pourquoi on ne trouve pas de gentils petits lapins ni des petites souris craquantes dans ses albums.  Il choisira de donner une belle place au serpent, au crocodile, à la chauve-souris ou au vautour. Et la peur est un sentiment constitutif de chacune des histoires qu'il écrit.
Les êtres humains sont des machines et je ne m'étonne pas de sa vision érotique du corps de la femme. Ce n'est pas du goût de tout le monde ... mais il ne faut pas s'arrêter au bord de la feuille. Tomi est un formidable conteur, éternellement charmeur et le sourire s'entend dans les confidences qu'il fait à la caméra.
L'humour est caustique mais il peut aussi être tendre.

Il cumule les talents
On a le sentiment que Tomi Ungerer sait tout faire. Il s'est imposé comme illustrateur de presse, de livres pour enfants, de publicités commerciales et de posters militants, et dans tous les domaines. Je ne donnerai que deux exemples dans le secteur de l'affiche. Il a conçu toutes celles du film le Docteur Folamour. C'est lui aussi qui a imaginé ce joyeux bonhomme pour la Fête de la musique en 1985.
Un homme de valeurs et de défis

Tomi affirme vivre dans le doute pour rester ouvert à l'imprévu. S'il était un bateau on pourrait le baptiser le Pourquoi pas. Je suis un homme de contradiction toujours prêt à avoir une autre opinion. J’ai beaucoup de préjudice (il se trompe avec le mot préjugés, joli lapsus).

Il faut donner au destin une destinationLes langues n’ont pas de passage à niveau (rien ne les arrête).

Il a contribué à permettre aux allemands de réapprendre à chanter après la guerre en leur rappelant leur patrimoine avec un livre de chansons illustrées.

Il est responsable que le français soit la première langue étrangère enseignée dans le pays de Bade et non l’anglais, au motif que la France est le pays frontalier. Il estime que ce principe devrait être généralisé pour permettre une meilleure communication entre deux pays voisins.

Un homme qui est resté simple

De sa vie privée on sait très peu de choses. Il s'est marié une première fois aux Etats-Unis pour obtenir la fameuse carte verte. Il raconte en riant ce mariage blanc avec ... une certaine Nancy White. Ce serait difficile d'inventer plus drôle.

Il a épousé Miriam Strandquest en 1959 et de leur union naîtra Phoebe. Il rencontre Yvonne Wright à New York en 1970. Ils décident en 1971 de s'installer dans une ferme d'une presqu'île de la Nouvelle-Ecosse au Canada.

Ils s'installeront ensuite en Irlande où naîtront Aria, Lukas et Pascal. Tomi vit toujours paisiblement en Irlande. Le succès ne l'a pas amené à se prendre au sérieux et il n'est pas devenu un enfant gâté. Il n'a jamais arrêté de travailler. Pas question pour lui de s'endormir sur un lit de lauriers.

Grand amateur de mots croisés, il s'attelle chaque jour à ceux du New York Times et du Herald Tribune. Cette gymnastique le pousse à inventer des mots, une habitude qui est ancrée dans l'enfance car la langue allemande est familière de l'exercice. Il note dans un carnet les petites phrases qui lui viennent à l'esprit. je l'ai entendu donner en exemple au cours d'une interview : tous les tiroirs ne sont pas commodes. Je vous le disais au début de ce billet, il aurait du succès s'il tweetait davantage.

Il vient de terminer un nouvel album Maître des brumes qui est un hommage à ces irlandais qu'il aime tant : « Ce livre est dédié à l’Irlande et à tous les gens qui nous ont accueillis à cœur ouvert ». On espère qu'il est heureux en Irlande mais rien n'est sûr quand on découvre la définition qu'il donne du mot bonheur : c’est une illusion avant qu’elle soit perdue.

Maître des brumes m'a semblé être un prolongement de Jean de la Lune. J'avais présenté ici en janvier le film de Stephan Schesch, Jean de la Lune, adapté de son conte graphique. C'est une réussite, tant par sa fidélité à l’esprit et au graphisme du conte, que par sa poésie et c'est l'occasion d'entendre la voix si particulière de Tomi qui interprète le narrateur.
Sans oublier bien entendu le long métrage que Brad Berstein lui a consacré et qui est remarquable. Cette personnalité hors du commun mérite bien le surnom d'Esprit Frappeur. Il est sorti en décembre 2012 au cinéma, juste après Jean de la Lune et je vous le recommande aussi bien en DVD que sur grand écran.
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Bibliographie sélective en français :

1968, Les Trois Brigands, L’Ecole des loisirs
1969, Jean de la Lune, L’Ecole des loisirs
1971, Le Chapeau volant, L’Ecole des loisirs, en Lutin poche
Guillaume l'apprenti sorcier Albums  LP 1971
Géant de Zeralda (Le) Albums  LP 1971
Grosse bête de Monsieur Racine (La) Albums  LP 1972
1974, Allumette, L’Ecole des loisirs, en Lutin poche
Pas de baiser pour Maman Mouche   1976
1978, Les Mellops font de l’avion, L’Ecole des loisirs
1978, Cricor, L’Ecole des loisirs

Émile Albums  LP 1978
Orlando Albums  LP 1980
Crictor Albums  LP 1980
Adelaïde Albums  LP 1980
Papaski Lutin poche   1992

Flix Albums  LP 1997
Trémolo Lutin poche   1998
1999, Otto, L’Ecole des loisirs
2000, Le Nuage bleu, L’Ecole des loisirs
A la guerre comme à la guerre Médium   2002
Amis-amies Albums   2007
Aventures de la famille Mellops (Les) Albums   2008
Rufus Albums  LP 2009
Zloty Albums  LP 2009
Ogres, brigands et compagnie Albums   2011
2011, Abécédaire en 26 chansonnettes, textes Boris Vian, Formulette
2012, Où est l'escargot ?, L’Ecole des loisirs
2012, Où est ma chaussure ? L'Ecole des loisirs
2013, Maître des brumes, L'Ecole des loisirs

en littérature adultes :

1964, Les carnets secrets de Tomi Ungerer, Denoël
1976, Une soirée mondaine, Albin Michel
1978, Fornicon, Jean-Claude Simoën
1985, Les Grenouillades, Herscher
1985, Testament. Recueil de dessins satiriques, Herscher
1998, Les Chats, Le Cherche-midi

Les dessins en noir et blanc qui illustre l'article sont extraits des Carnets secrets.

Je signale que la Médiathèque du Plessis-Robinson (92) est centre ressources documentaire sur cet artiste. Vous pourrez y consulter ou y emprunter de nombreux livres.

Musée Tomi Ungerer Villa Greiner | 2, avenue de la Marseillaise à Strasbourg  | tél. 03 69 06 37 27 | fax 03 69 06 37 28

Tomi Ungerer, l'Esprit frappeur, documentaire de Brad Bernstein, sorti en salles le 19 décembre 2012

jeudi 4 avril 2013

Pessah 5711 de Gil Ben Aych

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J'ai reçu une très jolie dédicace de Gil Ben Aych ... ce n'est pas une motivation suffisante pour lire un livre mais tout de même ... Il faut dire que j'avais consacré un billet à plusieurs de ses livres en avril 2012. La coïncidence m'a amusée. Allons inventer lui et moi un rituel spécial chaque mois d'avril ?

Pessah 5711 est un nouveau livre de souvenirs. Le point de départ se situe en 1951, à Tlemcen, en Algérie, le jour où Simon, trois ans, célèbre la Pâque juive en famille. Personne ne s'en souviendrait si un incident n'avait perturbé la fête.

Et l'incident est de taille : le petit garçon refuse de consommer du pain azyme et préfère ne rien manger du tout tant qu'on ne lui aura pas donné son pain habituel.

Si vous connaissez la religion juive vous aurez compris l'ampleur du dilemme. D'un coté on ne doit pas priver un enfant de nourriture. De l'autre c'est un péché impardonnable de ne pas respecter l'interdiction de manger du pain levé pendant Pessah ... qui se déroule tout de même sur plusieurs jours. D'ailleurs cette année c'est du 26 mars au 1er avril.

On a tous dans nos familles des "casseroles" qu'on se trainent ainsi et qui font le délice des réunions familiales. Le pauvre héros doit supporter d'être piteusement sur le devant de la scène. Il aimerait bien qu'on l'oublie mais il y a toujours un "ancien" pour remettre l'affaire sur le tapis. Chez moi c'était l'histoire de la tartine de pain. Mon père racontait que tout petit il refusait de manger du pain avec du beurre dessus. Cela exaspérait tout le monde, d'autant que ma grand-mère barattait le beurre et que sans doute on y voyait un acte frondeur insupportable.

Un jour mon grand-père a tendu une tartine à son fils en le surveillant du coin de l'oeil.
- Alors, elle est bonne ?
- Oui.
- Tu veux toujours pas que je la beurre ?
- Non.
- Retourne la !
Et mon père de s'étouffer de rire à chaque fois en avouant sa découverte d'une grosse couche de beurre.

A soixante-dix ans il racontait encore l'histoire, feignant de croire que nous ne l'avions jamais entendue. Il suffisait qu'un de mes enfants disent ne pas aimer tel ou tel ingrédient pour qu'il évoque ce souvenir. Et inmanquablement mon fils s'étonnait : mais on sent davantage encore le beurre quand le pain est beurré "en-dessous" ...

Simon y a droit à chaque fois. les protagonistes se disputent pour prendre la parole. Les dialogues sont à peu près récurrents, avec quelques variantes, juste ce qu'il faut pour que nous devenions nous aussi complices de cet acharnement. On vit en plus le rituel de Pessah, sa (relative) évolution au fil des années, depuis Tlemcen jusqu'à Paris pour Pessah 5868 en passant par Champigny-sur-marne, Mandelieu et Vincennes.

Tout fait débat : les prières, le fondement historique et les interdits alimentaires qui en découlent, en expliquant pourquoi la viande d'agneau, le pain azyme, le céleri, les herbes amères, le vinaigre, la confiture spéciale. Jusqu'à la Mimouna, le huitième soir avec le couscous au beurre auquel on convie tous ceux qui veulent passer.

On détaille aussi à chaque fois les types d'enfants : le sage, le méchant, le simplet et le mutique ... sans se poser la question de la catégorie où ranger Simon. Parmi les sages sans aucun doute.

Pessah 5711 de Gil  Ben Aych, Ecole des loisirs, collection Neuf, avril 2013
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