Affichage des articles dont le libellé est spectacle. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est spectacle. Afficher tous les articles

jeudi 24 avril 2014

Tierra de Amor à Bobino

with 0 Comment
Tierra de Amor est annoncé comme un cocktail de danses latines, sensuelles et rythmées, ce qui est l'exacte vérité.

Je suis allée ce soir voir ce spectacle à Bobino, la célèbre salle de music-hall de Montparnasse, au 20, rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement de Paris. Il y eut là une guinguette, un café-concert, avant que la salle devienne un music-hall au lendemain de la Première Guerre mondiale et soit détruite en 1985, puis reconstruite.

Joséphine Baker, Léo Férré et Barbara y connurent d'énormes succès. C'était la salle de prédilection de Georges Brassens. Il y venait en voisin, alors qu'il logeait chez Jeanne, au 9 impasse Florimont. Sa statue, conçue par Olivier Delobel, y fait halte et nous accueille en bas des marches. 

Isis Figaro y présente jusqu'au 8 juin un spectacle qui a conçu est l'aboutissement de quatre années de travail et la première avait été présentée à Saint Mandé en décembre 2012. Il a fallu ce temps pour mûrir le projet. Tout s'est accéléré dans les dernières semaines et le casting définitif intègre de nouveaux venus dans la troupe pour pallier les indisponibilités de quelques-uns.

C'est un enchainement de séquences autour de presque toutes les danses latines et tropicales pour raconter une histoire qui n'est qu'un prétexte dramatique. Ce qui est important c'est de partager la passion de cette chorégraphe qui me confiait après le spectacle et avec sincérité : la danse c'est toute ma vie !

Cela commence par un ballet dans une dominante de rose où Isis est ondoyante et ondulante. Le sourire qui éclaire les visages de tous les danseurs est absolument éclatant.

Le spectacle se poursuit avec trois musiciens et leur tambour, un ka qui est l'instrument de musique traditionnelle guadeloupéenne. Il est fait d'un tonneau en bois recouvert d'une peau de chèvre sur un coté et il est utilisé pour jouer le GWo Ka. C'est une danse (on prononce groka) née dans les Caraïbes durant la période de l'esclavage dans les plantations pour exprimer la résistance, l'évasion et bien entendu la vie.

Le public, conquis d'emblée par les musiciens, frappe dans ses mains. On dirait du Xenakis me souffle-t-on ... j'hésite entre Psappha et le premier mouvement de Persephassa. Je pense plutôt aux tambours du Bronx que Jean-Paul Goude avait faits venir pour accompagner la locomotive de la Bête humaine du défilé du Bicentenaire de la révolution française. Chacun ses références.

En tout cas les percussions des trois musiciens sont parfaitement synchrone, alternant des frappés puissants avec des frappés doux qui transportent le public. Les danseurs habillés de madras ont les pieds nus. Le groka est une danse très physique, tonique, sensuelle et joyeuse.

Le piano succède à la musique traditionnelle pour nous dire qu'être un exilé c'est faire un pacte avec le monde. Danseurs et danseuses sont ensuite simplement assis dans le noir et seules leurs jambes bougent, comme des doigts qui survoleraient un clavier ou pinceraient les cordes d'une guitare. Les visages resteront invisibles même au salut.

Le sourire disparait du visage avec le tango suivant et l'on regrette que l'homme danse solitaire.

La troupe revient dans des costumes aux couleurs de bonbons acidulés qui évoquent les teenagers dansant la lambada dans les années 90 en souplesse au pas cadencé. C'est très technique, ultra disco mais finalement moins sensuel. Il n'y a aucune critique à faire au travail effectué sur les costumes par Antoine Saffray et le Studio Acapulco Paradiso. Pour chaque tableau les couleurs éclatent en harmonie avec les musiques. Plus tard, la robe blanche d'Isis qui se métamorphosera en nymphe est un vrai bijou.
Leurs succèdent Isis en robe turquoise et Julio en veste blanche dans une évocation digne d'une compétition internationale de patinage artistique avec des croisements de jambes audacieux. La scène s'achève une rose entre les dents.
L'amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser ... Le duo suivant rappelle sans conteste Carmen de Bizet et les plumes de boa rose ont voleté. Julio Garrido est le premier assistant chorégraphe. Il dansera plusieurs tangos en duo avec Isis. Stéphane Michaut est son second partenaire, et non moins méritant.

Un faux combat entre deux danseurs d'origine asiatique mimera ensuite une sorte de kung-fu très sautillant. Et on enchaine avec les costumes parme, dorés et noirs, ou rouge. C'est encore très rapide, joyeux, rythmé. Le tango fait penser à  Carlos Gardel, référence inoubliable. Jusqu'au retour d'Isis en lamé nude dans une chorégraphie qui révèle une tigresse avec une montée dramatique progressive qui enthousiasme le public.

Le duo ne craint pas l'acrobatie avant le retour de la troupe qui chante en créole sur un air de Gwo Ka. On appréciera aussi deux danseurs faisant se heurter leurs boules tac-tac comme des claquettes.

Jolie émotion d'Isis chantant en créole je l'aime à mourir dans une robe blanche puis en dentelles sur Europa qui fut le plus grand succès de Santana avant d'enchainer sur un air de Niagara en rose et turquoise.
La salsa portoricaine annonce le final. Les meilleurs spectacles ont une fin. La seule frustration que l'on ressent dans la salle c'est d'être rivé à son fauteuil. Plus on avance dans la soirée et plus il est difficile de rester sage. Ce soir, pour la première fois, Isis a eu l'idée de faire signe au public de rejoindre la troupe au rappel. Une simple invite de la main qui fut immédiatement comprise. Quelques minutes plus tard il y avait presque autant de monde sur scène qu'au parterre.
L'ambiance était à la fête. Les danseurs étaient les premiers surpris de la capacité des spectateurs à s'exprimer à leur coté et ils l'ont ressenti comme un cadeau. Isis m'expliqua plus tard que c'est parce qu'elle a été surprise de voir le public applaudir debout qu'elle a eu cette envie soudaine de l'inciter à danser puis à la rejoindre. Ce fut spontané. On a même vu quelqu'un se déhancher joliment sans lâcher un sac en papier qui devait rassembler les courses de la journée. Le plaisir fut tel qu'il y a fort à parier que cela va se reproduire. Je vous aurai prévenus. Tenez vous prêts !

Si vous souhaitez vous préparer, entrainez-vous à la salsa portoricaine ou au merengue.

Le public est reparti joyeux, libéré des tensions. Beaucoup disaient n'avoir pas vu une telle énergie depuis longtemps.

Isis Figaro est une française d'origine guadeloupéenne. Elle s'est formée au USA et elle a créé en 1998 une école qui a remporté très vite un succès phénoménal au 40 rue de Cîteaux, 75012 Paris. Elle travaille à ce spectacle depuis des années et le résultat se tient de bout en bout. Comme un bouquet, respectant l'éclectisme parmi l'ensemble des rythmes latinos, africains et contemporains : salsa, samba, tango, boléro, cha-cha-cha, merengue, gwoka, reggaeton…

Tierra de amor, les vendredis et samedis à 21 heures, les dimanches à 16 h 30
A Bobino, 20, rue de la Gaîté, 75014 Paris
Jusqu'au 8 juin.

Des photos du spectacle seront ajoutées lorsque je les aurai reçues.

mardi 15 avril 2014

George Sand, ma vie, son oeuvre, de et avec Caroline Loeb

with 3 comments

(mise à jour 22 avril 2014)

Qui ne connait pas George Sand ? Tout le monde, et personne.  Parce qu'en dehors de ses pantalons, de sa Petite Fadette (dont la lecture remonte pour moi à l'enfance), de ses amours avec Musset et Chopin vous seriez bien en peine de dire autre chose, pas vrai ?

Même Google l'a oubliée puisque je constate que la requête "la Mare au diable" aboutit sur un restaurant.

Quand Caroline Loeb, que j'ai croisée le soir de l'inauguration du dernier Salon du livre, m'a prévenue qu'elle reprenait le spectacle créé au   Festival d'Avignon 2013 (sous le titre George Sand et moi), j'ai aussitôt noté la date pour venir la voir.

Je ne la connaissais que comme chanteuse avant de découvrir sa manière de lire des extraits du journal de Shirley Goldfarb à la Galerie Guillaune en juin dernier. Elle m'avait ce soir là vraiment convaincue de ses talents de comédienne. Cette actrice, animatrice de radio, metteuse en scène, parolière française et chanteuse (si je vous dis "C'est la ouate" vous allez vous exclamer que oui vous connaissez ce tube de 1983, dont elle a écrit les paroles avec Pierre Grillet).

Après avoir été joué au Grand Point Virgule, George Sand, ma vie, son oeuvre ! s'est posé sur la scène du Petit Gymnase dans une joyeuse association de théâtre et de musique, toujours dans la mise en scène d'Alex Lutz. Accompagnée par Patrick Laviosa au piano et à la guitare et Gérald Elliott à l'accordéon, elle propose une vision bourrée d'énergie, de fantaisie et de chansons pour remettre en lumière le rôle que George Sand a occupé au centre de la vie culturelle du XXème siècle.
Caroline Loeb nous reçoit comme chez elle, parmi des piles de bouquins. Il faut dire qu'Aurore Amantine Dudevant, alias George, a écrit pas moins de 70 romans, 31 pièces de théâtre, des dizaines d'articles, des milliers de lettres ... à  la plume d'oie qu'elle taillait elle-même (nous dit Caroline en le notant sur son ordinateur portable) et à la lumière d'une bougie.

La comédienne nous met dans la confidence du journal où elle consigne les difficultés de créer le spectacle que lui a commandé son producteur. Elle ne peut pas se satisfaire de résumer ses oeuvres et il est en effet complexe de rendre compte de tout ce qu'à entreprit ce personnage exceptionnel, tour à tour écrivaine, femme engagée, amoureuse, muse de la révolution de 1848, et surtout passionnée de tout.

Ce parti-pris autorise les apartés et les digressions sur la propre vie de Caroline, ma foi aussi riche que celle de son personnage. Et on savoure ce qu'elle veut bien nous dire des amours tardifs de sa mère (qu'elle adore) avec un amant qui a pile la moitié de son âge, des envolées nerveuses de son adolescente de fille (qu'elle aime tout autant), des confusions de son entourage entre la Tournée Age tendre et celle de Stars 80. Ou encore plus tard de sa recette de confiture de mirabelles, avec force cannelle, poivre, girofle et écorce d'orange confite.

On ne lui donne pas raison quand elle prétend qu'elle aurait préféré s'attaquer à Flaubert ou à Proust. La personnalité de George Sand lui va bien et elle est passionnante. On apprend qu'elle était insomniaque et qu'elle fut une des premières femmes à avoir pu vivre de son art, traçant la voie à Virginia Woolf, Marguerite Duras ... même si, et c'est un comble, son acte de décès mentionne "sans profession".

Son Histoire de ma vie, qui est un recueil épistolaire sous forme autobiographique publié en 1855, est en quelque sorte la première autofiction féminine. C'est elle qui eut l'idée de Lorenzaccio, beau cadeau pour Musset qui développa ce drame. Et aussi cette citation que l'on a tendance à attribuer à son amant mais qu'elle lui a offerte : J'ai souffert souvent. Je me suis trompée quelquefois mais j'ai vécu.

J'ai retenu quelques petites phrases dont la philosophie m'a plu : 




  • Le désir est beaucoup, la possession peu de choses.
  • Ecrire me donne des ailes.
  • Ce que j'écris vient des tripes.
  • La vie est une longue blessure qui s'endort rarement.
  • Il n'est jamais trop tard pour devenir ce que l'on devrait être.

  • On apprend que George Sand a aussi créé le mythe de Venise d'où elle a écrit ses plus belles lettres. Caroline estime qu'elle fut la Sagan ou la Madonna de son époque. Baudelaire la haïssait autant que Nietzsche, et Caroline Loeb de conclure à des manifestations de jalousie en s'appuyant sur l'affirmation d'Einstein, regrettant qu'il est plus facile de dissoudre un atome qu'un préjugé.

    Elle a aussi raison de s'attarder sur les tenues de l'écrivain à une époque où la loi interdisait le pantalon aux femmes qui, en le portant, commettait un délit. La jeunesse ne peut pas imaginer combien ce vêtement continuait d'être mal vu il y a encore une quarantaine d'années. Je connais des femmes qui ont perdu leur emploi pour ce motif. Les costumes, conçus par Jean-Paul Gaultier, s'accordent très bien avec le sujet, conjuguant le féminin au masculin.

    Il émane du spectacle beaucoup d'humour (Ah ce moment où résonne la sonnerie téléchargée pour 99 cts d'euro par sa fille et que je vous laisse deviner ... ou celui où elle met fin à une conversation ennuyeuse en prétendant passer sous un tunnel avec un téléphone fixe) et de tendresse également.

    Elle fait vivre aussi la relation que George avait avec sa fille Solange et son fils Maurice. Il avait construit un vrai théâtre avec quelque 200 marionnettes dans leur maison berrichonne de Nohant dans l'Indre (36) que le Tout Paris venait applaudir.

    On entrevoit l'effervescence qui a pu y tourbillonner et qui se répète certains soirs. Je me souviens d'un séjour dans cette maison, à l'occasion d'un festival de musique, et d'une soirée en particulier avec Yvry Gitlis (et son violon) qui est presque un habitué des lieux.

    Des chansons émaillent le spectacle. On saisit parfois quelques accords qui évoquent des airs connus comme par exemple des musiques de film écrites par Francis Lai (Un homme et une femme, Love Story, Itinéraire d'un enfant gâté) sans que ce soit dérangeant le moins du monde.

    Je ne sais pas si on est loin du mythe. Ce qui est certain c'est que Caroline Loeb nous fait aimer son personnage et qu'elle témoigne de la complexité d'être une femme et d'exister en tant qu'artiste à part entière, ce qui est sans doute autant vrai pour George Sand que pour Caroline Loeb. Le bouillonnement créatif de l'artiste est perceptible sur son site.

    Elle transmet sa passion de la littérature de façon  érudite, joyeuse et ludique, témoignant que cet art est bien vivant, faisant mentir Annie Ernaux qui écrivait dans le livre Les années (2008) : Tout s'effacera en une seconde. (...) Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. (...) Dans les conversations autour d'une table de fête on ne sera qu'un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu'à disparaître dans la masse anonyme d'une lointaine génération.

    S'il est difficile de réaliser ce qu'une personnalité comme celle de George Sand pouvait représenter au XIX° siècle, et sous l'intransigeance du code Napoléon (dont on peut s'étonner qu'elle parvint à s'affranchir pour divorcer), cette femme d'exception était bien vivante ce soir et c'est avec l'envie de la lire ou de la relire que l'on quitte le théâtre alors que Caroline note sur son ordinateur une dernière citation avant de le refermer pour signifier la fin du spectacle : Laissez donc le vent courir un peu sur vos cordes.
    George Sand, ma vie, son oeuvre !
    co-écrit et mis en scène par Alex Lutz
    interprété par Caroline Loeb, habillée par jean-paul Gaultier
    accompagnée par Gérard Elliott et Patrick Laviosa
    Les mardis soir à 20 heures au Théâtre du Gymnase
    38, boulevard de Bonne-Nouvelle, 75010 Paris

    vendredi 4 avril 2014

    Le jour où je suis devenue chanteuse black à la Manufacture des Abbesses jusqu'au 3 mai 2014

    with 0 Comment
    L'affiche est trompeuse : on croirait que la comédienne porte une perruque alors que ce sont ses vrais cheveux. Ce que ça change ? Mais tout ! On pense assister à une sorte de parodie alors que, s'il s'agit bien d'un spectacle où l'humour a une certaine place, c'est avant tout le récit autobiographique de la généalogie de Caroline Devismes.

    Croyez moi, sa vie est un roman ... à première vue tiré par les cheveux, et pourtant pas. Elle a co-écrit la pièce à la mémoire de Claude Odell Dabbs (28 décembre 1920 - 1er juin 2012), son grand-père afro-américain, qui vécut au Texas puis décéda à Dallas. Quant à son arrière grand-mère elle était indienne. De telles origines laissent des traces.

    S'ils étaient plus nombreux sur la scène on dirait que c'est de la comédie musicale, un genre où le metteur en scène, Thomas le Douarec est particulièrement à l'aise. Je me souviens de Mike au Comédia qui lui valurent trois nominations aux Molières 2011 dont celle de Meilleur spectacle musical (Ce fut Une flûte enchantée de Mozart, mise en scène Peter Brook, au Théâtre des Bouffes du Nord qui l'emporta). Dans ce biopic de Mike Brant, Caroline interprétait déjà une chanteuse, Dalida.

    Dans Le jour où je suis devenue chanteuse black elle interprète une chanteuse Black, blonde aux yeux bleus, née à Boulogne-Sur-Mer, Pas-de-Calais. Un pseudo casting est le point de départ d'une carrière qu'on verra évoluer sur la scène.
    La jeune femme timide engoncée dans un imperméable (très élégant au demeurant) va muer en une diva jamais capricieuse, alternant les confidences en voix parlée et les démonstrations de son talent vocal . Elle enchaine des standards de Diana Ross, Gloria Gaynor, Tina Turner, et d'autres stars de l'usine à tubes que fut la Motown (ou Motown Records), créée en 1959 avec l'objectif de séduire à la fois le public noir et le large public blanc avec des chansons de soul et de rhythm and blues.

    Implantée à Détroit dans le Michigan, alors capitale de la production automobile, cette maison de disques avait choisi un nom contractant Motor et Town. La voix de Caroline Devismes se déploie sur une amplitude assez exceptionnelle. C'est une très bonne interprète y compris dans des registres inattendus comme la chanson du dessin animé de Walt Disney Pocahontas.
    On s'étonne de ne pas l'avoir remarquée plus tôt. Parce qu'avec une voix puissante, elle a aussi le groove, et puis un sourire et de très jolies jambes qui ne permette pas de douter qu'elle fut effectivement meneuse de revues, d’abord dans "Nuit de Folies" aux Folies Bergère, dans une chorégraphie de Marie-Laure Philippon puis en Suisse, dans "La Revue de Genève" de Pierre Naftule. 
    Depuis plusieurs années, elle se produit aussi au Baiser Salé, le club de Jazz parisien du 58 rue des Lombards, avec le groupe Desktops, dédié à la musique noire américaine du label "Tamla Motown"…

    La jeune femme timide du début de la pièce fera place à une interprète assurée, future graine de star alors que le personnage masculin (interprété par Lauri Lupi), à la fois pianiste, chanteur et comédien (il lui donne la réplique en jouant le rôle de sa mère) chutera du piédestal qu'il s'est forgé, se faisant passer pour un grand musicien black américain, et se vantant d'avoir côtoyé durant sa carrière d'immenses artistes comme Michael Jackson, Quincy Jones, Diana Ross ou Stevie Wonder.
    Son nom de scène de Stevie Soul ne fait pas plus illusion que sa cécité auprès du public sans que l'on sache si cette situation a intentionnellement été voulue par le metteur en scène. Toujours est-il qu'il est aussi musicien et qu'il joue "en live" toute la soirée. On apprécie aussi -faut-il le souligner- que Caroline chante sans play-back. Elle démontre qu'être black ne se résume pas à une couleur de peau. Bon sang ne saurait mentir et son grand-père peut être fier d'elle.

    Il y a quelques chanteurs de The Voice qui pourraient en prendre de la graine ...

    Le jour où je suis devenue chanteuse black a été créé au Festival d'Avignon mais il a été modifié pour le Théâtre de la Manufacture des Abbesses.

    Du 27 mars au 3 mai, du mercredi au samedi à 19h
    7 rue Véron, 75018 Paris - 01 42 33 42 03
    Les photos sont de Lot.

    mardi 1 avril 2014

    Infinita de la Familie Flöz au Monfort jusqu'au 13 avril 2014

    with 0 Comment
    On aime ou on n'aime pas.

    Infinita est ce qu'on appelle un spectacle "segmentant".

    Il peut être dérangeant. Parce qu'il est sans paroles. Parce que seuls les corps des comédiens s'expriment, leurs visages étant rigidifiés par des masques en papier mâché.

    Parce que l'histoire commence par du théâtre d'ombres, un peu à la manière de Michel Ocelot dans Princes et Princesses. On devine l'enterrement des trois amis d'enfance, laissant seul un vieillard en chaise roulante sous la coupe d'une infirmière.

    J'ai vu des spectateurs partir dans le premier quart d'heure. Mais j'en ai entendu beaucoup rire aux éclats, battre des mains et des pieds, s'amuser franchement du début à la fin du spectacle.

    Infinita raconte l'histoire de trois garçons qui se connaissent depuis le berceau et qui finiront leurs jours dans une maison de retraite. Entre temps nous assisterons aux balbutiements enfantins et aux premiers émois, aux vilains jeux de mains des aînés bondissants dans des élans de vigueur retrouvée, avant l’accès de nostalgie, le tout dans un feu d’artifice de virtuosités, magistral, féroce et émouvant.

    Le collectif berlinois Familie Flöz combine avec talent le théâtre de masques, la danse, l’acrobatie et le clown en un spectacle inclassable et d’une incroyable poésie, que l'on peut voir en famille, à partir de 8 ans.
    Le paradoxe fondamental du masque – recouvrir un visage animé par une forme figée afin de donner vie à un personnage - est à la fois une excitation et un défi pour l’acteur et pas seulement pour lui. Le spectateur, d’une certaine manière, par son imagination, donne sens au masque.

    Si on "entre" dans le parti pris on s'aperçoit que toutes les émotions, tous les sentiments, peuvent être véhiculés par le corps alors que jusque là on croyait à la suprématie de la parole et du verbe. En paralysant la voix et le visage, le collectif théâtral Familie Flöz démontre combien le corps est un vecteur important. On a de quoi s'interroger à la fin du spectacle sur tout ce que le notre raconte à notre insu ...

    Familie Flöz est un collectif d’artistes internationaux, fondé en 1994, en résidence à Berlin. Accueillie dans 30 pays, son travail a été récompensé par de nombreux prix internationaux. Créé en 2006, Infinita est pour la  première fois en France.

    Les pièces sont le fruit d’un travail créatif collectif où les acteurs sont auteurs de leurs personnages et des situations.

    Michael Vogel et Hajo Schüler  sont co-directeur artistiques et fondateurs de Familie Flöz.

    Benjamin Reber les a rejoints pour Infinita. Il a composé la musique originale qu’il interprète sur scène au piano et au violoncelle.

    Enfin Björn Leese est comédien, mime, musicien et depuis 1997 dans le groupe.

    Hajo Schüler est le créateur des masques. Il explique que pour ce spectacle ils ont commencé par se retrouver dans des parcs, pour observer des enfants en train de jouer, et en même temps à rechercher des images sur la mort. A s'interroger sur la manière de faire mourir un masque sur scène.
    Cependant, pour ce spectacle comme pour tous les autres, ils ont commencé à travailler sans masque, au cours d'improvisations avant que le masque n’entre en jeu, en recherchant des trucs qui les amusaient. Ils ont beaucoup joué ensemble, en inventant des jeux, en faisant de la musique et des exercices physiques. Ils ont fabriqué des décors simples avec du carton et de la récupération, se sont montré des photos, des textes, ... C’est comme cela que tout doucement une atmosphère commune s'est développée avec l'émergence de petits morceaux de musique et des mouvements de danse.

    Il explique que ne plus avoir de visage est déclencheur d’une grande liberté. L’interprète peut s’alléger de sa propre identité et le masque va l’aider à se transformer. Clairement, le masque est toujours meilleur que l’interprète. Il trouve ses origines chez les dieux, les idoles, et les fous.

    Rien de mieux qu'un extrait pour vous donner envie d'aller vivre cette expérience :



    Infinita, une pièce créée et interprétée par Björn Leese, Benjamin Reber, Hajo Schüler, Michael Vogel
    mise en scene Michael Vogel, Hajo Schüler
    masques Hajo Schüler
    décor Michael Ottopal
    costumes Eliseu R. Weide
    musiques originales Dirk Schröder, Benjamin Reber
    décor/jeux d’ombres Silke Meyer
    vidéo/animation Andreas Dihm
    production Familie Flöz
    du 25 mars au 13 avril •GrandeSalle
    du mardi au samedi à 20h30 dimanche à 16h
    à partir de 8 ans
    Le Monfort, 106 rue Brancion, 75015 Paris
    01 56 08 33 88 / www.lemonfort.fr

    samedi 29 mars 2014

    Jupe obligatoire au Théâtre du Gymnase

    with 0 Comment
    Je suis allée voir Jupe obligatoire au Théâtre du Gymnase et tout au long du spectacle je me suis dit que cela me rappelait un film que j'ai vu il y a près de dix ans et dont j'ai cherché le titre pendant un moment.

    Ça m'est revenu depuis, 7 ans de mariage, avec Catherine Frot, Didier Bourdon, Jacques Weber ....  et c'est légitimement que les deux se répondent puisque c'est Nathalie Vierne, la scénariste du film qui a écrit la pièce, en collaboration avec Dominique Coubes qui se trouve être le directeur artistique du théâtre.

    Le spectacle n'est d'ailleurs pas nouveau. Il fut un gros succès en 2007, dans ce même théâtre, puis au Palais des glaces et au Festival d'Avignon.

    Les auteurs ont voulu reprendre la pièce en modifiant très nettement le début et la fin pour affirmer davantage la liberté féminine et la découverte du plaisir et surtout l'inscrire dans l'air du temps, à un moment où on commence à rediscuter le droit à l'avortement, et après le vote du mariage pour tous.
    Pour résumer le début, France, "la trentaine raffinée", scénariste de films d’auteur doit faire face à de gros problèmes financiers. Elle obtient de Bernard, son ex et producteur de films à succès, l’écriture de son prochain scénario. Malheureusement elle ne connait pas le sujet imposé qui est le monde échangiste et le libertinage. France, soutenue par son maître spirituel, Maître Dong, se documentera sur Internet.
    Bernard estime le résultat catastrophique. Il impose à France de suivre les conseils de alors de faire appel à Sharon pour aider France. Très expérimentée sur le sujet, cette délicieuse "bimbo", fréquente les clubs échangistes et autres soirées VIP … La rencontre des deux femmes que tout oppose, va bouleverser leur vie.
    N'ayant pas vu la version précédente je ne peux juger que sur la seconde, où je n'ai pas bien perçu le "vrai message de liberté" annoncé par les auteurs, surtout dans la fin (que je ne raconterai pas) mais qui se situe aux antipodes de ma conception de la liberté. Difficile d'imaginer une chute plus macho et plus convenue. Il est peu légitime de donner le beau rôle à Bernard, l'ex-amant impuissant. Alors qu'il y avait le potentiel de faire jouer, par exemple, un rôle plus important au personnage de Maître Dong, une fois qu'on a révélé son identité.

    Si on attend une pièce sur le libertinage, comme l'affiche le suggère avec élégance, on sera tout autant déçu. Il y a peu de sensualité malgré un très joli déshabillé porté par le personnage de France. Mais si on cherche à passer une heure trente en compagnie d'excellents comédiens, se donnant la réplique au quart de poil, et si on a envie de rire franchement sans arrières-pensées sociologiques alors Jupe obligatoire est un spectacle que je vous recommande.

    Les quatre acteurs sont formidables. Il faut dire que chacun a un palmarès cinématographique impressionnant, y compris Lilou Fogli qui est la plus "jeune" sur les planches. Ils ont ce qu'on appelle du métier. C'est du pur plaisir que de les voir se donner la réplique.

    Jupe Obligatoire
    Mise en scène de Nathalie Vierne
    Avec Olga Sekulic, Lilou Fogli, Thierry Samitier et Ludovic Berthillot
    Du mercredi au samedi à 21h
    Théâtre du Gymnase, 38, boulevard de Bonne Nouvelle, 75010 Paris
    www.theatredugymnase.com

    mardi 25 mars 2014

    A la périphérie de Sedef Ecer, mis en scène par Thomas Bellorini

    with 0 Comment
    Dans la famille Bellorini je connaissais Jean dont j'avais vu il y a quelques semaines la Bonne Ame du Se-Tchouan, de Bertold Brecht.  Voici maintenant Thomas qui met en scène À la périphérie, un texte de Sedef Ecer, en faisant appel à son frère pour les lumières.

    Jean excelle effectivement à créer des atmosphères alors que Thomas signe pour partie la musique (comme il l'avait fait pour la pièce de Brecht).

    C'est dans un théâtre de la banlieue parisienne que cela se passe, dans la salle de l'Aéroplane, du Théâtre Jean-Vilar de Suresnes (92). L'extérieur n'a rien à voir avec le décor qui investit une scène plus directement inspirée par La Courneuve que par l'Ouest parisien.

    C'est l’histoire de Dilcha et Bilo, (Anahita Gohari et Christian Pascale), un couple de jeunes gens qui ont quitté leur campagne pour le bidonville de "la colline des anges et des djinns", quelque part en Turquie, en bordure d'une décharge et d'une usine toxique.
    L'histoire se répète à vingt-cinq ans d'écart pour Tamar et Azad si ce n'est que si leurs parents écoutait les prédictions d'une tzigane, les jeunes s'accrochent au pouvoir de la télévision pour réussir à changer de vie. Surtout elle, Tamar (lumineuse Lou de Laâge) parce que lui (Adrien Noblet) fera davantage confiance au cousin d'un ami qui ...
    Sedef Ecer est turque. Elle est romancière, auteure dramatique, scénariste (notamment pour le prochain film de Russel Crowe, The Water Diviner), traductrice, journaliste, et comédienne.

    Elle a écrit en français (Éditions de l'Amandier) un texte qui interroge sur l'altérité et l'intolérance, sur la trace, les racines, et la fatalité. La beauté des images illusionne un temps le spectateur qui s'imagine que le destin s'infléchira. Mais nous ne sommes pas dans l'univers des contes. Ce n'est pas en déplaçant la pauvreté qu'elle se réduit. Le miroir a changé et les alouettes continueront de se brûler les ailes.

    Thomas Bellorini a réuni sur le plateau, autour de Sedef Ecer et Zsuzsanna Varkonyi (qu'il connait de longue date) une troupe qui a pour dénominateur commun une formation à l'Ecole Claude-Mathieu. Chacun remarquera cette très jeune comédienne au parcours professionnel déjà impressionnant, Lou de Laâge, avec une nomination très méritée comme César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans le film Jappeloup. Elle aurait pu l'emporter mais la compéttion était terrible face à Adèle Exarchopoulos pour  La Vie d'Adèle.
    Kybélée aux pouvoirs magiques (Zsuzsanna Varkonyi) est l'incarnation même de la bohémienne. Elle s'accompagne à l'accordéon et son interprétation de chants tziganes est à elle seule un voyage.

    La musique occupe un espace essentiel. On la doit aussi à la violoniste (et guitariste) Céline Ottria qui a une vraie présence. Et bien entendu à Thomas Bellorini qui a supervisé l'ensemble et qui déclare que la musique rend l’émotion universelle et permet de dépasser les frontières, capable de prendre le relais quand les mots ne suffisent plus. C'est lui qui a eu l'idée de faire chanter, en turc, La Vie en rose à Sultane (Sedef Ecer) ... des paroles qu'on ne prendra pas au pied de la lettre, pas plus que les gerberas qui poussent dans les boites de conserve ne feront illusion. Les protagonistes ne sont pas dans le jardin d'Eden.
    Sous un air de faux documentaire A la périphérie est un spectacle très coloré, musical et charnel, servi par des comédiens excellents. Quelques pointes d'humour jaillissent. On aurait peut-être attendu qu'après les paillettes et l'exposition d'un bonheur éphémère surgisse une autre fin qu'un constat d'impuissance.

    À la périphérie. Théâtre Jean-Vilar, 16, place Stalingrad, Suresnes (92). Tél: 01 46 97 98 10. Du lundi au jeudi à 21 h. Jusqu'au 27 mars

    Texte : Sedef Ecer
    Mise en scène : Thomas Bellorini
    Avec : Sedef Ecer, Anahita Gohari, Lou de Laâge, Adrien Noblet, Christian Pascale, Céline Ottria, Zsuzsanna Vàrkonyi
    Lumières : Jean Bellorini
    Musique : Zsuzsanna Vàrkonyi, Céline Ottria, Thomas Bellorini
    Scénographie : Thomas Bellorini, Victor Arancio

    Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Pierre Dolzani

    lundi 10 mars 2014

    En direct des Globes de Cristal 2014 (première partie)

    with 0 Comment
    La chaine D17 retransmettait en très léger différé (et pour la première fois) la cérémonie de remise des Globes de Cristal dont la vocation est de célébrer et de récompenser la vitalité et la diversité de la création artistique en France, pas seulement celle du cinéma ou de la musique, mais aussi l'art contemporain, la littérature et la mode. Elle avait lieu ce soir dans la salle légendaire du Lido.

    Alors que vous étiez (peut-être) devant vos postes de télévision à 22 h 30, nous étions déjà nombreux à être en place sur le tapis "rouge" que les invités fouleraient inévitablement.

    En fait de rouge il est violet, et l'entrée du Lido est commune au cinéma UGC, ce qui, ce soir, était à la fois pratique et compliqué puisqu'on projetait l'avant-première du dernier film d'Alain ResnaisAimer, Boire et Chanter qui est en quelque sorte l'abécédaire que le grand cinéaste laisse en héritage.

    Les sifflets n'arrêtaient pas de résonner pour rythmer la circulation sur les Champs-Elysées. Beaucoup de personnalités ont du hésiter entre les deux soirées. Toujours est-il qu'on a pu voir la plupart des ministres, dont Aurélie Filipetti, ministre de la culture, emprunter le couloir de gauche pour rejoindre la salle de cinéma. Un hôte prestigieux créa l'attroupement, le président François Hollande, qui s'excusait en quelque sorte de n'avoir pu se rendre le matin même aux funérailles du cinéaste.
    Serge Benaïm, producteur des Globes de Cristal échangea quelques mots avec le président. Le cordon bleu de séparation entre la gauche et la droite fut souvent franchi pour des saluts réciproques. Un rideau noir et blanc, évoquant XXL les bandes attribuées à Buren, sera tiré un peu plus tard pour assurer davantage d'intimité de part et d'autre.
    Geneviève de Fontenay arriva parmi les premières, toujours très aimable et attentive aux questions d'un journaliste de Télé Loisirs. Elle attendait une miss, quoi de plus naturel. Je n'ai pas osé lui demander si elle avait choisi sa tenue en fonction du décor ...

    L'effervescence grimpait de minute en minute. Certaines personnes ont cherché à s'infiltrer, d'un coté ou de l'autre mais sans carte de presse, pas d'entrée possible back stage, et la présentation du carton d'invitation était exigé pour accéder à la salle de spectacle.
    En général chacun obtempérait, y compris des personnalités de toute évidence invitées comme Franz-Olivier Giesbert, avec un roman nominé. Que ne feraient pas certains pour un sourire d'une hôtesse !
    Les femmes n'appréciaient pas toujours de voir un ruban, fut-il de satin, masquer un bracelet de marque. Certaines murmuraient qu'elles avaient été avisées d'arriver le poignet nu. Ils fallait voir les hommes tendre le bras avec gourmandise pour qu'une hôtesse y "mette la corde". Les fumeurs comprenaient l'intérêt du sésame leur permettant d'aller et venir avec tranquillité.

    Corneille et son épouse Sofia de Medeiros s'y sont prêtés de bon coeur. Plus tard en soirée le chanteur interpréta un titre de son dernier album.

    Massimo Gargia, très drôle, refusa d'un "non merci" péremptoire comme si on lui avait demandé l'aumône.

    Norbert Tarayre, le très dynamique Top Chef,  déclara que la perspective de faire un bon dîner l'enchantait, et qu'il venait se mettre les pieds sous la table. Il évoqua malgré tout ses projets artistiques et culinaires. A suivre.

    Le carton précisait "tenue de soirée". L'interprétation du terme était très diverse. Coté femmes j'ai vu très peu de robes longues, quelques jupettes ultra courtes, des shorts aussi.
    Yamina Benguigui, ministre déléguée aux Français de l'étranger et à la francophonie, avait opté pour le jean. Arrivée avec Saïda Jawad, l'épouse de Gérard Jugnot, amie d'une ex Première Dame, on comprend que la ministre ait opté pour la soirée des Globes de Cristal d'autant qu'elle avait été récompensée en 2009 dans la catégorie Meilleur Documentaire pour "9/3 mémoire d’un territoire". Fidélité oblige !
    Beaucoup de paillettes en tout cas. Le noir fut majoritaire quitte à opter pour le cuir comme Valérie Kaprisky éternellement charmante. Le bleu électrique était bien représenté aussi, et de manières diverses, parfois la robe, comme Célyne Durand, Sophie Tapie. Le bleu marine a été choisi par Valérie Toranian la directrice de la rédaction du magazine ELLE et Sophie Mounicot.
    Chantal Ladesou se fit remarquer avec ses jambes bleu Klein. Questionnée sur ses pronostics elle promit de révéler les noms des gagnants ... après la cérémonie et en profita pour nommer les villes de sa tournée.  Elle sera très positive quant au nouveau trophée où elle voit deux oiseaux, deux personnes et qu'elle trouve très joli.
    Cécile Cassel, connue désormais sous le nom d'artiste Hollysiz parce que le houx, c’est rouge et qui s’y frotte s’y pique, Siz pour le surnom que lui donnent ses amis, portait une tenue en harmonie. Nommée dans la catégorie Meilleure interprète féminine elle estima n'avoir aucune chance face à des artistes qui ont tout prouvé et souhaita que Yodelice, avec qui elle est partie en tournée, l'emporte coté masculin.
    Muriel Mayette, administratrice générale de la Comédie française, assez surprenante avec une robe à très longue fermeture éclair dans le dos, arriva derrière son mari Gérard Holz, qui traçait au pas de course, suivie de près par Isabelle Morini-Bosc, encombrée d'une paire de béquilles qu'elle n'a pas utilisées.
    L'équipe de la pièce La liste de mes envies (Salomé Lelouch, Anne Bouvier, Michaël Chirinian ...) était installée depuis longtemps à sa table. Le spectacle, que j'ai vu au Cine 13 et que j'ai chroniqué sur le blog est désormais à l'affiche du Théâtre des Béliers Parisiens.
    Dans la salle du Lido le spectacle distrayait les invités. Il était temps de quitter le "violet carpet" et de profiter des derniers numéros.
    Ne pouvant pas publier des articles trop longs je fais une pause. Vous connaissez les résultats mais dans une seconde partie je me propose de vous livrer les réactions "off" de certaines personnalités.

    dimanche 9 mars 2014

    Chat en poche aux Artistic Athévains

    with 0 Comment
    Mais où il est le miaou ? Ils sont tous à quatre pattes à chercher un chat qui n'existe pas alors que retentit l'Air du duo des chats de Rossini.

    Passant à table, c'est un volatile qu'ils vont déguster, un canard à la rouennaise dont la recette a été le sujet d'une épreuve d'un épisode de Top Chef. Puisque le blog est (aussi) culinaire on peut s'attarder quelques instants sur cette recette vénérée des grands chefs en raison de son protocole très cérémonial.

    Le sang de l'animal est extrait devant les convives, avec une presse en argent selon le spectaculaire "service à la russe".

    Cette manoeuvre nous est épargnée sur la scène des Athévains mais elle témoigne que nous sommes tombés dans une maison qui a des pratiques alimentaires peu banales. On ne s'étonnera pas que le père, qui s'est enrichi dans l'industrie sucrière, ait décidé d'acheter un certain Dufausset, qui se trouve être le ténor le plus convoité du moment pour en faire cadeau à sa fille, compositrice d'opéra. Il traite l'affaire comme s'il s'agissait d'acquérir une marchandise.

    Outre le ridicule de son raisonnement il l'applique à un jeune homme qui n'est pas le bon en s'avançant vers lui avec l'air d'un cuisinier qui va tordre le cou à un canard. Dufausset ne comprend pas mais se satisfait de la situation : à Bordeaux cet homme ferait pleuvoir, à Paris ce sont des pièces qui tombent.

    On le fait chanter, soit, bien qu'il eut préféré se destiner à la peinture (comme Feydeau lui-même). S'ensuivent des quiproquos et imbrogliamini en veux-tu en voilà. On se doute qu'aucun des personnages ne réalise ce qui lui arrive, et que personne n'y comprend rien. Seul le public, qui voit tout et entend tout, perçoit les méprises.

    Ce qui est amusant c'est de voir comment chacun demeure dans sa certitude, avec une indulgence incroyable à occulter tout ce qui dérange ... et dépasse du cadre qu'il s'est défini.

    Les personnages surgissent du décor comme autant de passe-murailles. Leur raisonnement ne tient pas davantage debout que leurs corps penchés comme Pise dès qu'ils s'épanchent sans chercher à contrarier les inclinaisons.
    Les faux sens s'enchainent : le nombre trois, la ville de Troyes, le cheval de Troie... Le chat se coince dans la gorge, fait bégayer Sixtine. La pendule est détraquée. Tout est chinois, à commencer par le journal que le mari tient à bout de bras en se moquant de l'aveuglement des maris sans voir le sien ... jusqu'à un bref éclair de doute introduisant la conclusion de la pièce : "demandez toujours à voir la marchandise, n'achetez pas un chat en poche", qui me fait penser à un proverbe arabe : on n'achète pas un chat dans un sac (parce qu'on ne voit alors pas ce qu'on acquiert).

    Chat en poche est une oeuvre de jeunesse de Feydeau, écrite à 26 ans, mais on y entend déjà quelques thèmes autobiographiques dans son oeuvre, comme la question de la filiation, l'amour de la peinture et la folie ... dans laquelle lui-même sombrera avant d'en mourir.

    Anne-Marie Lazarini s'est entourée d'une équipe constituée de longue date. Ce petit monde s'entend à merveille pour faire fuser les répliques. Ce n'est pas si souvent qu'on peut rire au théâtre. Ne boudons pas cette pièce très bien ficelée à la patte de tous les personnages interprétés par une distribution bien pensée.
    François Cabanat qui signe les décors et les lumières, a dessiné une série de chats langoureux, ou facétieux qui sont exposés dans le couloir et l'escalier.

    Chat en poche de Georges Feydeau
    mise en scène Anne-Marie Lazarini, assistant à la mise en scène Bruno Andrieux
    décor et lumières François Cabanat, costumes Dominique Bourde
    avec Jacques Bondoux, Cédric Colas, David Fernandez, Giulia Deline, Frédérique Lazarini, Sylvie Pascaud, Dimitri Radochévitch.

    Depuis le 4 mars 2014
    les mardis, vendredis, samedis à 20h30, les mercredis et jeudis à 19h, les dimanches à 15h (représentation supplémentaire les samedis à 16h )

    Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont des Photos Lot.

    samedi 8 mars 2014

    Variations sur Hiroshima mon amour au Lucernaire

    with 0 Comment
    Hiroshima mon amour fut d'abord un film avant d'être un livre. C'est devenu ensuite du théâtre.

    Un film pensé et voulu par Alain Resnais qui a demandé à une femme, écrivain en vogue à l'époque, d'en écrire le scénario. Il s'est tourné vers Françoise Sagan que le challenge effraya. Marguerite Duras accepta. C'était en 1959.

    Contrairement à ce qui se passe habituellement avec le 7ème art, ce n'est pas Resnais qui a "monté" le livre de Duras mais Duras qui a écrit le film de et pour Resnais.

    Si elle exécuta la commande il n'empêche que l'on sent qu'elle puisa dans son expérience personnelle des éléments pour nourrir les dialogues. Vous me direz que c'est facile de l'entendre, près de 50 ans plus tard, en sachant qu'elle publia ensuite la Douleur et l'Amant.

    Resnais situait l'action au Japon, mais les rives de la Loire, fleuve sans navigation, toujours vide, tellement beau à cause de sa lumière tellement douce, sont bien présentes et comment ne pas sentir apparaitre en filigrane celles du Mékong et la Chine. J'ai vu la pièce à travers un jeu de miroirs.

    De toute évidence cette rencontre, à Hiroshima, entre cet homme et cette femme, rallume le feu d'un ancien volcan qu'elle croyait éteint.

    De l'homme on sait peu de choses. Qu'il est heureux en ménage ... L'histoire est racontée du point de vue de la femme et c'est une comédienne qui interprète tous les rôles, seule en scène.

    On entend parfois sa voix, à lui, mais tout se passe dans le cerveau féminin.

    Appelons le Hiroshima. Appelons la Nevers. La rencontre d'Hiroshima et de Nevers est une déflagration. Duras nous interroge sur un amour qui dura ... qui dura au-delà de la séparation des corps.
    Ce sont deux épaules, deux épaules différentes. Deux épaules de deux couleurs, deux couleurs différentes, presque choquantes.
    - Tu n'as rien vu - J'ai tout vu
    La comédienne, en déshabillé de soie, assise au centre de ce qui pourrait être un jardin zen, mains sur les genoux joints, intervient dans le dialogue, devient l'un, et/ou l'autre. Les répétitions composent une musique, embarquant le spectateur dans la chorégraphie de leurs pensées, celle de Resnais dont les images surgissent dans un ralenti extrême, composant des plans presque fixes, montrant une ville fossilisée, comme dévoilée par un documentaire hypnotique, celles de Duras qui prend le relai.

    Son écriture, nous la connaissons tous. Déjà en 1959 elle était marquée par l'accumulation des mots, l'économie de verbes. Ce sera "sa marque de fabrique", qui apparaît partout dans ses textes, romans, films, pièces de théâtre (comme L'Amante anglaise, que j'ai vue en 2009 au Théâtre de la Madeleine).

    Il y a cette histoire d'amour impossible, qui ouvre le champ sur un possible amour.

    Il y a les propos politiques, s'élevant contre l'inégalité posée en principe par certaines races, contre d'autres races, contre l'inégalité posée en principe par certaines classes, contre d'autres classes.

    Il y a le questionnement sur l'évidente nécessité de la mémoire. Parce que ça recommencera, dit-elle, 200 000 morts en 9 secondes.

    Cette interrogation sur ce qu'on a nommé "le devoir de mémoire" était sans doute originale dans les années soixante où ce que souhaitait tout un chacun était précisément d'oublier. On pense, depuis, les choses autrement. Et les paroles du film peuvent résonner en nous aussi par rapport à une histoire plus proche. Par exemple je me souviens parfaitement de l'endroit où j'étais quand j'ai appris qu'un avion avait percuté le World Trade Center, ce que je faisais, à qui je parlais, et de ce que j'ai alors ressenti ...

    Ce qui nous est raconté va au-delà d'une brève rencontre, d'une histoire d'amour, ou d'un pamphlet anti-américain. Il suffit d'écouter les dialogues :

    - De bien regarder je crois que ça s'apprend. (...)
    - As-tu remarqué que c'est toujours dans le même sens que l'on remarque les choses ?

    Chacun ferait donc d'un même événement une lecture différente ? A la fin elle a ces mots : L'histoire personnelle l'emportera sur l'Histoire.

    La passion se nourrit toujours des mêmes braises. Il ne s'agit pas de comparer, ni de revivre à l'identique, mais de poursuivre.

    Tout est magnifique. L'interprétation plurielle entre les comédiens (le metteur en scène a repris des extraits d'un enregistrement ancien) et Dominique Journet Ramel. Cette impression d'entendre différemment le texte du livre, les dialogues du film, est très troublante. Le décor, très juste, évoque le Japon, mais aussi  le cadre de la création originale faite par le même metteur en scène en 1997, avec un caillebotis comparable.

    Une boule rouge descend des cintres, semblable à celle du Musée de la Paix d'Hiroshima, symbolisant l'explosion de la bombe à 400 mètres au-dessus de la ville.

    Une chaine stéréo, des micros à jardin et à cour, créent des espaces de temps différents. Jusqu'à la fin où la comédienne dialogue avec le clavier d'une machine à écrire dont les lettres s'impriment sur un écran, provoquant la résurgence du passé dans le présent, et reconvoquant les choses.

    Tout le texte de Duras y est, même les didascalies.

    Et puis il y a Orfeu Negro, la chanson d'Orphée, créée cette même année 1959, qui est fredonnée. L'air nous est si familier qu'on a l'impression de le connaitre depuis toujours.

    Le travail de Patrice Douchet, le metteur en scène, et de Dominique Journet Ramel, la comédienne, est exemplaire. C'est un spectacle qu'il faut absolument aller voir (et entendre).

    Son prochain travail portera sur Océan mer de Alessandro Baricco mais il ne cessera pas de monter des textes de Duras dont je rappelle que 2014 marque le centenaire  de sa naissance.

    Variations sur Hiroshima mon amour au Lucernaire
    53 rue Notre Dame des Champs - 75006 Paris
    jusqu'au samedi 26 avril
    du mardi au samedi à 18 h 30

    lundi 3 mars 2014

    Les Folles Journées de la Femme à Bagneux (92)

    with 0 Comment
    L'ouverture a eu lieu ce soir. Cela fait 10 ans que le Théâtre Victor Hugo de Bagneux est à l'initiative d'une manifestation spéciale à l'occasion de la journée de la femme.

    Cette année c'est une folle semaine qui a été programmée avec d'autres équipements culturels et socio-culturels de la ville.

    La directrice, Marie-Lise Fayet nous a rapporté la (bonne) parole de la ministre de la culture : ça suffit de laisser la culture aux hommes !

    Faut-il y voir une relation de cause à effet mais elle avait choisi le film de Patrick Jean, réalisé en 2007, ayant pour titre la Domination masculine. Il a beaucoup fait réagir le public, même en cours de projection, surtout les hommes d'ailleurs. Le spectacle fut parfois dans la salle.

    C'est un film qui ouvre le débat. La volonté du cinéaste est de faire ressentir toutes ces habitudes, tous ces réflexes, toutes ces images, tous ces clichés que l’on ne voit plus et qui pourtant continuent d’organiser nos rapports homme femme sous l’axe d’une domination qui ne dit plus son nom et qui, dans certains cas, mène à la violence la plus terrible.

    Pour ne prendre qu’un seul exemple dans le monde occidental : en 1980, 24% des nord-américaines déclaraient avoir été victimes d’un viol, et ce taux est en constante augmentation. Une femme meurt de violences conjugales tous les trois jours. On est loin de l'adage "ils furent heureux et eurent beaucoup d'enfants".

    Sans faire de théorie, les livres sont là pour ça, la caméra de Patrick Jean fait jaillir du sens, de l’émotion, du rire, de la colère à partir du réel que nous avons sous notre nez et que nous ne voyons plus.
    Juste avant Yela et ses musiciens nous ont offert un hymne au soleil et à la joie de vivre. Nous avions tout le loisir d'aller jeter un oeil aux murs.
    Le rez-de-chaussée accueille des oeuvres de la pochoiriste Ariane de Nice Art qui montre sous un autre angle des célébrités comme Colette, Barbara, Virginia Woolf ...
    La labyrinthiste France de Ranchin expose sur le mur adjacent. Elles ont toutes deux animés des ateliers  en partenariat avec la médiathèque qui exposera les travaux des stagiaires.

    Et au sous-sol une exposition de photographies légendées de Clémence Veilhan que je regrette de n'avoir pas pu rencontrer. Les 24 images dans la vie d'une femme et Chewing Girls suscitent beaucoup de questions.
    La médiathèque met un coup de projecteur sur le féminisme. Elle invite la chanteuse Agnès Bihl à livrer sa conception du féminisme mardi 4 mars à 19 heures.
    Le théâtre l'accueillera sur la scène le vendredi 7 mars pour son dernier album 36 heures de la vie d'une femme (parce que 24 c'est pas assez) qui offre une belle galerie de portraits.
    Marie-Lise Fayet défend aussi Audrey Vernon qui a conçu, mis en scène et qui interprète Comment épouser un milliardaire, qu'elle a découvert en Avignon l'été dernier. Apparemment la jeune femme est très au fait de l'actualité de la crise financière. Son spectacle est drôle et engagé.

    Les amateurs de hip-hop ne manqueront pas la Petite conférence insensée pour femme sensée mercredi 5 mars à l'Espace Marc-Lanvin.

    Une journée bien-être sera totalement dédiée aux femmes samedi 8 mars au Centre social et culturel Jacques-Prévert : coiffure, maquillage, soins du visage, ateliers créatifs, atelier danse ... mais uniquement sur rendez-vous car vous vous en douterez ce salon est très prisé.

    A 19 heures les Divalalas reprendront meurs chansons d'amour traficotées. On nous prévient que ce ne sera pas toujours du politiquement correct. La soirée se terminera en cabaret à la salle des fêtes Léo Ferré avec un Hold up musical.

    Le programme est varié et devrait plaire à un grand nombre. Voyez plutôt. Dommage que madame la maire de Bagneux n'ait pas eu le temps de voir le film d'ouverture de ces folles journées. Je parie qu'en entendant les propos hyper-ultra misogynes de Léo Ferré (Je hais les femmes cultivées. L'intelligence de la femme c'est dans les ovaires qui ont tout pris. La femme c'est la mère, rien d'autre) elle aurait ajouté à son programme électoral une proposition de changement de nom de la salle des fêtes, pas nécessairement au profit d'une femme mais du moins de quelqu'un qui n'affiche pas un tel mépris à l'égard de la moitié de la population.

    Théâtre Victor Hugo 01 46 63 10 54
    Hebergeur d'imageHebergeur d'imageHebergeur d'imageHebergeur d'image

    Abonnés