J’avais beaucoup apprécié Assez parlé d’amour, dont j’ai tant regretté qu’il ne franchisse pas la barrière des présélections pour le Grand Prix des lectrices de ELLE en 2010.
J’ai embarqué sur l’Eléctrico W avec d’autant plus d’intérêt en reconnaissant ici et là le penchant oulipien de l’auteur qui ne peut se défendre d’écrire toujours en trompe-l’œil, même si beaucoup d’éléments sont exacts. A commencer par la biographie de Jaime Montestrela, page 35, écrivain et poète portugais, né le 12 juin 1925 à Lisbonne, mort à Paris le 8 novembre 1975, qui mériterait d’enrichir la page que Wikipédia lui consacre.
Eléctrico W pourrait être un nom de code. Mais pas tout à fait. A Lisbonne un eléctrico est synonyme de tramway. On les désigne non par des lettres mais par des nombres. Et il semblerait que la ligne W d’Hervé Le Tellier soit la pittoresque 28 qui justement effectue la traversée des quartiers historiques (Bairro Alto, Alfama, Graça).
Le prologue pourrait avoir été conçu a posteriori en guise d’explication. Mais non, ce sont bien les premières lignes du manuscrit. Il permet de s’installer dans la lecture comme un lever de rideau prépare le spectateur à une pièce plus conséquente.
L’avant-dernière phrase de l’épilogue a un air de déjà lu. Mais pas exactement. Il renverse le célèbre incipit que Léon Tolstoï a été bien inspiré d’écrire avant de démarrer Anna Karénine. « Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. »
Hervé le Tellier a mis vingt ans à terminer ce livre alors qu’il semble avoir été rédigé il y a quelques mois, d’une seule traite, et avec facilité. On lui fera donc le plaisir de prendre le récit au pied de la lettre, la W bien sur, même si le tramway qu’il veut nous faire prendre ne roule pas sur des rails convenus. Il nous offrira en cette rentrée un moyen de repartir en vacances en droite ligne au Portugal pour nous parler une nouvelle fois d'amour, évidemment, et au pluriel.
Hervé le Tellier sera au Livre sur la place à Nancy le week-end des 17 et 18 septembre prochains. Et je loupe encore une occasion de le rencontrer et de lui soutirer une dédicace !
Eléctrico W de Hervé Le Tellier, Éditions Jean-Claude Lattès, 18 €
C'est une surprise de choc que je dois à la médiathèque du Plessis-Robinson (92) qui m'en a prescrit la lecture. Dès les premières pages j'ai compris que La Couleur des sentiments allait figurer au panthéon de mes préférences. A l'instar d'Autant en emporte le vent autrefois. Un cran au-dessus de Un pied au paradis et de l'Année brouillardlus l'an dernier dans le cadre du Grand Prix des lectrices de ELLE.
Si on cherche à résumer le propos on dira que c'est un témoignage sur la réalité quotidienne des bonnes (noires) chez les familles (blanches) qui les emploient dans l'Amérique des années 60, alors que Rosa Park lance un mouvement de résistance contre les lois ségrégationnistes et que Martin Luther King fait le rêve qui pour lui personnellement tourne au cauchemar.
Mais c'est bien plus que cela. Le vrai sujet, à mon sens, est l'analyse des rapports de force entre des personnes que la société sépare et que la fraternité rassemble, à force de résistance et de courage, où l'amitié est le carburant qui fait triompher les valeurs humaines.
On connait tous l'évolution de la société américaine. On devine comment les faits vont s'enchainer. Ce n'est pas le propos du livre de nous faire revivre l'Histoire mais plus simplement une histoire. L'auteur réussit formidablement à entretenir notre intérêt. On a du mal à réaliser que c'est son premier ouvrage. Il faut croire qu'elle l'a conçu avec ses propres souvenirs. Le roman se lit comme un thriller avec des retournements de situation toutes les vingt pages. Il est trop gros pour être lu sans faire de pause et croyez-moi c'est un vrai effort que de glisser le marque-page et de l'abandonner quelques heures.
Le titre original, the Help, aurait du être traduit par le Secours. Il correspond à l'esprit du livre mais le traducteur a réussi la prouesse de restituer l'esprit plus que la lettre. La manière particulière de s'exprimer dans la région de Jackson est fidèlement rendue et chacune des trois voix résonne de façon particulière.
Tout commence par une question anodine posée par la "dame blanche", Miss Skeeter, à Aibileen : Vous n'avez jamais envie de ... changer les choses ? Aibileen répond par la négative. Pourtant elle a remarqué que lorsqu'elle inscrivait le nom de quelqu'un sur sa liste de prières son vœu se concrétisait. Mais changer Jackson, Mississipi, c'est pas aussi simple que changer une ampoule.(p.34). Se parler à cœur ouvert est inconcevable entre personnes qui ne sont pas du même rang social.
C'est vraiment bizarre ce qui se passe ici parce que personne parle et on arrive quand même à avoir une conversation. (p.41)
Suit Minny, l'amie fidèle d'Aibileen, qui s'interroge sur l'opportunité et le danger de dire la vérité : ce mot là me rafraichit comme de l'eau qui coulerait sur mon corps tout collant de sueur. Qui refroidirait la chaleur qui m'a brûlée toute ma vie. (p.158) Il faut avoir connu les États du Sud en pleine canicule pour saisir la métaphore. Dans un de mes premiers billets j'écrivais que l'enfer est sans doute plus frais qu'une nuit tropicale new-orléanaise.
Ce qui nous semble banal comme un simple remerciement prend dans cette société une valeur inimaginable et provoquer de la reconnaissance en retour. Dire merci quand on le pense pour de bon, quand on se rappelle que quelqu'un a vraiment fait quelque chose pour vous, çà fait tellement de bien (p. 308)
Bob Dylan chante Times they are a changing. Les protagonistes passent sept mois à attendre que l'eau boue dans une casserole invisible (p.457) Rien ne se passe. On dévore les lignes en redoutant l'explosion qui va inévitablement se produire comme l'orage après un calme trop profond. Mais ce n'est pas exactement comme cela que les évènements vont s'enchainer. C'est drôle comme les gens ont des façons différentes de montrer leurs sentiments (p. 465) et je n'en dirai pas davantage. Le livre a déjà reçu un prix aux USA.
Lisez-le ! Offrez-le ! Vous ferez des heureux. Dépêchez de goûter ce bonheur littéraire avant que l'adaptation cinématographique ne vous en dissuade car c'est toujours plus commode d'aller au cinéma que d'ouvrir un livre.
Ce sera un succès comme en 1985, le fut La Couleur pourpre, réalisé par Steven Spielberg avec Danny Glover, Whoopi Goldberg, Margaret Avery, Oprah Winfrey… nominé 11 fois aux Oscars en 1986. DreamWorks a acquis les droits de The help. L'adaptation a été confiée à un ami d'enfance de l'auteure, Tate Taylor, qui sera également réalisateur du film.
Début juin 2011 on apprend que le livre a reçu le Grand prix des Lectrices de ELLE 2011, ce qui n'est pas étonnant en soi quand on relit le premier paragraphe de cette critique.
La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, Editions Jacqueline Chambon,pour le compte des éditions Actes Sud, septembre 2010, 526 pages
Il n'y a pas que les célébrités à avoir la surprise de retrouver une de leurs "petites" phrases à la une d'un article. J'avais répondu spontanément à la journaliste interviewant quelques-unes d'entre nous dans les salons France-Amériques, à Paris, le 26 mai dernier. Ma remarque a été isolée en commentaire de la vidéo retraçant l'essentiel de la soirée et que vous pouvez consulter sur la page dédiée au Prix sur le site du magazine ou plus simplement visionner ci-dessous.
L'exercice de la lecture n'a pas été totalement solitaire. J'avais repéré sur la toile quelques autres bloggeuses dont j'avais suivi les critiques, parfois en les partageant, de temps en temps en proposant un avis différent. Nous guettions avec de plus en plus d'intérêt les points de vue de chacune et nous avons apprécié de pouvoir nous voir avant d'être un peu "perdues" dans la foule des invités.
Le compte à rebours lancé il y avait un peu plus d'un an menaçait de se terminer abruptement. J'étais à peine autant stressée qu'un matin d'examen. Les premiers échanges non virtuels ont eu lieu, au bar Nespresso des Champs-Elysées qui, fort aimablement, nous avait réservé une banquette. La chaleur étouffante de l'avenue contrastait avec la fraicheur apaisante du lounge. Zarline (j'aurai le plaisir de la rencontrer quelques jours plus tard), Armande, Jostein et Carine étaient retenues en province ou à l'étranger. Sandra devait nous rejoindre plus tard. Elle s'était accordé une pause en Normandie après le festival de Cannes.
Sophie arriva la première, bientôt rejointe par Flora puis par Kornaline. Notre quatuor était modeste mais nous avons apprécié ce moment calme et nos échanges passionnés dans une ambiance décontractée. De nous toutes Sophie est sans conteste la plus active. C'est une quasi professionnelle des Prix. On peut faire confiance à ses recommandations pour hausser notre PAL vers de nouveaux sommets. Cet après-midi là elle nous incitait à découvrir son coup de coeur pour le prix Orange, Chouquette, d'Emilie Frèche, chez Actes sud, et puis aussi Fourrure, d'Adélaide de Clermont-Tonnerre, aux éditions Stock (l'écrivain arrivera en soirée), et l'Emprise de Sarah Chiche, chez Grasset. Kornaline nous rappelle l'intérêt de Voix sans issue de Céline Curiol chez Actes sud.
Le bar Nespresso est ouvert tous les jours de 10 heures à 20 heures, sauf le dimanche. Il accueille quelques 300 à 400 personnes mais il est si vaste qu'on ne s'y bouscule pas. Ce serait un endroit parfait pour lire au calme et avec gourmandise. On peut y consommer des plats salés mais aussi les pâtisseries de Christophe Adam, le chef pâtissier de Fauchon et déguster moult spécialités classiques. La carte offre aussi des recettes surprenantes comme en ce moment le Tanzarù, qui allie deux arabicas du pérou et de Tanzanie, allongés d'1 cl de jus de pamplemousse, adoucis d'une mousse de lait chaude, et rehaussés d'un zeste de citron vert avant d'être poudré de cacao.
Les salons France-Amérique n'étaient pas loin, heureusement, parce que nous avons tout de même eu le temps d'essuyer une belle averse et d'arriver le cheveu dégoulinant. La première à nous accueillir fut la toujours charmante Amandine que nous ne connaissions que par mail. Quel soulagement de recevoir son accusé de réception après chaque envoi de nos commentaires. Nous avons été tristes pour elle d'apprendre qu'elle allait devoir quitter son poste et nous lui souhaitons bonne chance dans sa vie professionnelle future.
Au sous-sol, Véronique Ovaldé, que nous savions déjà grande gagnante de la sélection Roman, conversait avec Jacqueline Gérard, la responsable du Prix. Sa joie était éclatante, son sourire flamboyant. Elle rayonnait en collant résille, dans une robe de soie bleu nuit signée Lanvin, le poignet alourdi d'un bracelet scintillant.
Les lectrices se sont réparties autour de trois tables ovales nappées de blanc pour entamer un "débat" avec chacun des gagnants. Jesse Kellerman, annoncé lauréat Policier pour les Visages, ne viendrait pas et son éditeur était en retard. Il a fallu se condenser autour d'Eric Fottorino, le gagnant Document, ou de Véronique Ovaldé.
J'étais très proche de l'écrivain et pourtant j'ai eu peine à comprendre ses paroles. L'acoustique de la salle est déplorable et je plains celles qui étaient assises plus loin. Il est revenu sur les conditions d'écriture de cet ouvrage qu'il pense avoir eu longtemps en germe jusqu'à son éclosion, à la mort brutale de son père. La fiction agit comme un révélateur et permet une reconstruction salutaire, même si elle est romanesque : l'écriture est le véhicule qui est le plus à ma portée pour exprimer ce que je ressens et ce que j'ai à dire, malgré toutes les imperfections de cet exercice.
Il a écrit autour d'une souffrance qu'il fallait partager. Il écrit aussi comme tant d'autres d'ailleurs pour tenter de comprendre d'où il vient, qui il est et qui s'est en quelque sorte penché sur son berceau. Eric Fottorino n'est pas prêt de s'arrêter. Le jour même son éditeur publiait Questions à mon père, fruit d'un dialogue entre l'auteur et son père biologique cette fois, qu'il ne connait que depuis quatre ans et qu'il a voulu publier de son vivant.
Il confesse qu'il lui a été difficile d'admettre qu'il n'avait pas été un bon fils. Le livre lui fait d'une certaine manière une place à mi-chemin entre celle d'un père et celle d'un étranger. Il a permis à la colère de se domestiquer. Pendant trois mois ils ont communiqué sans relâche, par mail, de plus en plus longs. Leur histoire se constituait un peu à la manière de Shéhérazade qui contait toutes les nuits un nouvel épisode des mille et une nuits.
Aujourd'hui il ressent le manque de ces échanges si féconds qui lui ont permis de faire le lien entre ses deux papas, d'ériger un pont entre Tunisie et Maroc, entre leurs deux métiers si proches, l'un kiné, l'autre accoucheur, le premier ayant une clientèle de personnes âgées, et l'autre de très jeunes.
Il a appris qu'il à une demi-frère et une demi-soeur. Il est toujours traversé par la question de l'identité, y compris celle de la question religieuse mais il ne supporte pas davantage une église qu'une synagogue.
Eric fottorino ne correspond pas au mythe classique de l'écrivain. D'abord parce qu'il parle en toute modestie, se disant par exemple incapable d'écrire un polar (parce qu'il ne pourrait pas deviner lui-même qui serait le coupable dit-il avec humour). Il semblerait que l'exercice lui soit complexe. Quand il a du temps ce sont les idées qui manquent et quand les mots arrivent il a autre chose de plus urgent à faire que de s'installer pour les coucher sur le papier. C'est un peu comme le chat qui demande toujours à passer de l'autre coté de la porte ...
Longtemps il n'a pas disposé de bureau. Il écrivait dans le train, le RER, sur un table au milueu de son jardin, très souvent mais pas longtemps. Il peut lui falloir trois moments d'écriture pour terminer une page. Les idées volent, les mots vont à pieds, nous explique-t-il pour mieux signifier la délicatesse de la chose.
Une lectrice le relance sur son père adoptif qu'elle dit avoir bien connu à Toulouse. On aurait aimé poursuivre la conversation, en faisant le lien avec sa profession de journaliste au Monde, journal dont il est maintenant président du directoire. Il doit forcément avoir aussi un point de vue particulier sur l'évolution de notre société. Je n'ai pas osé pour ma part le relancer sur le suicide des seniors qui fut le sujet de plusieurs romans ces derniers mois (je pense à Un amour exclusif de Johanna Adorjan, une Année étrangère de Brigitte Giraud, Lettre à D d'André Gorz ...). Il était temps de changer d'interlocuteur.
Véronique Ovaldé s'exprime avec un naturel désarmant. Sa franchise est à la mesure de sa simplicité : immense. Elle s'étonne elle-même que ses lectures et sa propre vie dorment à ce point le substrat inconscient qui nourrit son imaginaire et ses livres. C'est inquiétant de constater qu'on ne maitrise pas grand chose mais c'est aussi finalement plutôt relaxant. Les indices sont partout semés comme des cailloux blancs : le nom de Vera Candida est au centre de son identité. Il existe une parenté, même si elle est involontaire, avec L'Incroyable et Triste Histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique de Gabriel García Márquez .
Elle résume sa méthode avec simplicité : une première phrase m'installe quelque part et je tire le fil. Je situe toujours mes romans dans des lieux inventés, imaginaires. Je n'arrive pas à m'attacher au réel quand il s'agit d'écriture. C'est très exaltant d'inventer un personnage et un territoire possibles.
Par contre il apparait clairement que Véronique Ovaldé est taraudée par la question de la transmission, particulièrement entre mère et fille. Sur la peur que nos enfants se séparent de nous. Également par son interrogation personnelle sur l'inacceptable, sur les tyrannies et le fascisme domestique qui la pousse à toujours glisser une allusion au nazisme dans chacun de ses livres, quitte à employer le genre burlesque comme dans déloger l'animal.
Longtemps elle a écrit à la main, sur les pages de droite d'un cahier, pour pouvoir ajouter des annotations sur la gauche. Elle est passée récemment à l'ordinateur. On sait déjà qu'elle se livre à cette activité très tôt, alors que la maison est encore endormie, avant d'aller elle-même à son travail. Elle écrit sans faire de plan, et sans savoir où elle va, pour être la première surprise de ce qu'elle découvre sous sa propre plume. Du coup elle se trouve fort démunie quand elle pose le point final. Elle avoue ne plus savoir alors ce qu'elle a voulu dire. C'est là qu'intervient son éditrice, Alix Penent, qui est de fait la première lectrice professionnelle.
Elle prend la parole en s'enflammant encore rétrospectivement : j'ai immédiatement su que ce livre allait faire un carton parce qu'il était rempli de justes métaphores, d'images profondes, et qu'à la fin nous nous identifions aux personnages.
Véronique Ovaldé est bien entendu très fière, mais surtout rassurée, par les prix qui tombent dans ses bras : Ce que je sais de Vera Candida avait déjà reçu le prix Renaudot des Lycéens et le prix France Télévisions 2009. La jeune adolescente qui estimait devoir faire longtemps des gammes avant de se lancer pour de vrai peut regarder derrière elle avec satisfaction. Elle avait décidé après son Bac de travailler dans l'édition, d'abord comme chef de fabrication. Elle cumule aujourd'hui avec succès la double position d'éditrice et d'écrivain.
Un petit sac glacé noir nous fut offert pour y glisser le dernier numéro de ELLE. Nous pourrons ultérieurement bouquiner à la lumière de quelques bougies d'ambiance qui nous furent offertes ainsi qu'un carnet de notes et un stylo aux couleurs assorties. Les récriminations des jurées de l'an dernier, réclamant un abonnement, n'ont pas été entendues mais il semblerait que les photophores soient le petit "plus" de l'année. On proposa à celles qui n'avaient pu le faire à l'occasion de la rencontre organisée un après-midi au salon du Livre de faire dédicacer leur livre. Coup de chance : je fus la seconde à tendre le mien à Véronique. Par contre la queue qui s'était formée devant la table d'Eric fut dissuasive et je remis cet instant à plus tard. (il y eut un moment opportun après l'annonce des prix) Je me suis trouvée du coup disponible pour l'interview dont quelques extraits figurent dans le petit reportage qui chapeaute le billet.
Et puis ce fut la traditionnelle photo de famille ponctuée d'éclats de rire et de bousculades sur les marches du grand escalier, où je suis à peine reconnaissable à l'extrême gauche.
Un moment de flottement s'ensuivit.
Les invités commençaient à arriver, accueillis dans le hall par Pascale Frey, la spécialiste "policiers" de la rédaction, (pull orange tango) ou par Jacqueline Gérard (photographiée ici en compagnie du si charmant Philippe Grimberg, auteur d'Un secret, lauréat du Goncourt des lycéens 2004 et du prix des lectrices de ELLE 2005).
A l'étage les salons étaient encore clairsemés. Chacun était en quelque sorte sur le mode pause, comme diraient nos ados. Nous attendions poliment les discours officiels sans dévisager les nouveaux venus.
Olivia de Lamberterie fut parfaite. Eric Fottorino et Véronique Ovaldé furent émouvants. A écouter le sympathique éditeur de Jesse Kellerman et ses remerciements en série on se serait cru à la cérémonie des Césars.
Que ceux qui n'ont pas été lire le compte-rendu de Sandra ne s'en privent pas : elle a filmé l'essentiel des discours, me faisant regretter l'archaïsme de mon équipement. J'ai depuis investi dans un appareil photo qui devrait me permettre de capturer des images dans les pires conditions, mais je regretterai sans doute certains flous "artistiques".
Le moment n'était guère propice à discuter avec Nathalie Rheims, ancienne collaboratrice du magazine, (bras croisés au centre de la photo ci-contre) dont j'avais tant aimé le Chemin des sortilèges, paru en 2008 chez Léo Scheer.
Comment demander un entretien à Franz-Olivier Giesbert, interroger Patrick Poivre d'Arvor dont je dois voir dans une semaine la générale de Carmen qu'il a mis en scène avec Marion Savary pour opéra en plein air, dire à Philippe Claudel (encore un lauréat du prix Elle) que j'aimerais faire son portrait pour le blog lorrain auquel je collabore ?
C'est alors que la plupart des jurés se sont senties redevenir de simples quidams. Chacune le dit, parfois en termes désabusés (Combien de fois ai-je entendu : on redevient un numéro). Difficile en effet d'oser adresser la parole aux célèbres auteurs non plus qu'à leurs éditeurs. Même les attachées de presse ne semblaient pas avoir d'oreilles pour les lectrices, oubliant sans doute que certaines bloggeuses peuvent vite propager un bouche à oreille positif à propos des nouveautés de leur maison ... ou pas.
Restaient le buffet, les vins, le champagne mais nous n'étions pas venues spécialement pour cela. Et quelques personnalités lumineuses comme Sarah Kaminsky dont les confidences de son père sur sa vie de faussaire lui ont permis d'écrire un livre qui a très bien été noté par les jurés (voir mon billet du 6 mai). Notre conversation fut passionnante et passionnée. Je pourrais en dire autant d'Owen Matthews dont j'avais beaucoup apprécié les Enfants de Staline (voir billet du 18 mai) et qui m'a fait une gentille dédicace.
Je n'ai pas aperçu Hervé le Tellier dont j'espérais la venue malgré son élimination par mes consœurs du jury de mars. Assez parlé d'amour n'avait pas passé le cap de ce mois. Il y parlait de dédicace avec humour ...
Après plusieurs mois que la journaliste Marion Hérail qualifie de "lecture acharnée et passionnante"les membres du jury du Grand Prix des Lectrices de ELLE sont reparties sur la pointe les pieds pour reprendre une activité dite normale. Cette page est tournée mais que vive encore la lecture dans nos foyers et sur nos blogs !
Je suis totalement bluffée par Sandra, la très active bloggeuse de In the mood of cinema à qui je décerne sans aucune réserve le grand prix du compte-rendu de la soirée.
Allez lire son reportage sur son blog (en cliquant sur son prénom à la fin de ce billet). Enrichi de photos, de petits films ... vous aurez le sentiment d'avoir été parmi nous. Je reviendrai sur ces moments mais je peux, grâce à son superbe travail, m'accorder un peu de temps en toute sérénité.
L'annonce vient d'avoir lieu dans les Salons France-Amériques :
Catégorie Document :
L'homme qui m'aimait tout bas d'Eric Fottorino, Gallimard
Catégorie Policier : Les visages de Jesse Kellerman chez Sonatine
Catégorie Roman :
Ce que je sais de Véra Candida de Véronique Ovaldé, à l'Olivier
On remarquera que les trios que j'avais annoncé avant-hier comportaient deux lauréats. Bientôt compte-rendu du débat avec les auteurs lauréats et invités et de cette soirée mémorable.
Je ne vais pas faire semblant de faire des pronostics ... je sais qui va recevoir un Prix mercredi soir mais je vais honnêtement vous dire quels sont les trois livres auxquels j'ai attribué les meilleures notes dans chaque catégorie.
Catégorie Document :
L'homme qui m'aimait tout bas d'Eric Fottorino, Gallimard
Les enfants de Staline d'Owen Matthews chez Belfond
Lila, Etre esclave en France et en mourir par Dominique Torrès et J-Marie Pontaut, chez Fayard
Catégorie Policier : Un pied au paradis de Ron Rash, Editions du Masque
Epouses et assassins de Kwei Quarty chez Payot
Fakirs d'Antonin Varenne, chez Viviane Hamy
Catégorie Roman : L'année brouillard de Michelle Richmond chez Buchet-Chastel
Mausolée de Rouja Lazarova chez Flammarion
Ce que je sais de Véra Candida de Véronique Ovaldé, à l'Olivier
Je me réjouis de faire connaissance avec les autres jurés-bloggeuses en début d'après-midi puisque nous avons prévu de nous retrouver avant le débat avec les auteurs, lequel précédera lui-même l'annonce officielle.
Les noms des gagnants seront publiés sur le blog dès mercredi 19 heures 30.
Voilà le dernier livre dont je vais parler en tant que membre du jury des lectrices de ELLE. Mais ce ne sera pas le dernier billet sur le Prix puisqu'il y aura l'annonce des lauréats très bientôt, exactement mercredi prochain (je sais tout mais je ne dirai rien !!!!!). Concourant dans la catégorie Document. Cet ouvrage préfacé par la célèbre Nancy Huston m'avait laissé augurer une lecture passionnante. Le témoignage mérite d'être lu mais je ne dirais pas qu'il est écrit de manière éblouissante.
L’actualité interroge sur la question de la prescription alors qu’un célèbre cinéaste, Roman Polanski, essaie de se soustraire à la justice, au motif que les faits reprochés appartiennent à l‘histoire ancienne et que la victime a déjà été indemnisée.
Le livre d’Hélène Castel a surgi comme une réponse ; la préface de Nancy Huston donnait le ton : Hélène Castel est une erreur, une merveilleuse erreur. L’oxymore n’est pas superflu. Car cette arrestation qui finalement aurait pu ne jamais avoir lieu permet en fin de compte à cette femme de retrouver l’identité qu’elle a abandonnée.
L’affaire est orchestrée par la police et les médias, superposant l’image d’une terroriste à celle d’une thérapeute stable offrant un soutien actif à ses patients. C’est aussi une femme forte, intelligente, capable de remise en cause, et surtout de mettre du sens à ce qui lui tombe sur la tête.
Ce n’est pas la prison qui favorise ce travail, surtout la prison française, abrutissante, synonyme de déchéance et contraignant au blindage. Quelle force de caractère, quelle intelligence il faut avoir pu conserver intactes pour arriver au procès en ayant encore une possible défense, au moment d’entrer mal nourrie, mal lavée et mal reposée, et puiser dans le bagage intellectuel qui subsiste les mots qui feront la différence. Car alors seuls les mots peuvent sauver.
La prison accule au bilan et sera l’occasion d’une forme de résurrection. Sans l’épreuve du jugement Hélène Castel serait restée à jamais coupable. La voici de nouveau réellement libre, et sans doute grandie.
Son épreuve aurait pu se dérouler dans une clandestinité comparable à ce qu’était sa seconde vie, au Mexique ; elle fait le choix de l’exposer, de l’analyser et d’en tirer toutes les leçons. Son livre est comme un cadeau à tous ceux qui croiraient qu’il soit préférable d’échapper à son destin.
Plus récemment j'ai vu le film de Jacques Audiard, Un prophète, qui témoigne d'une autre facette de la violence de l'univers carcéral, surtout quand on n'a pas comme Hélène Castel, les mots pour mettre du sens là où il n'y en a pas.
Retour d'exil d'une femme recherchée d'Hélène Castel, au Seuil
On nous avait promis une année russe. Elle a été surprenante en théâtre avec la venue en France de la troupe Kolyadaqui a présenté particulièrement un Hamlet revu et corrigé qui a réussi à nous faire rire avant de nous tirer les larmes. Elle est extrêmement riche en littérature. Après Ce que je sais de Marina Marinova, Mausolée de Rouja Lazarova , les Enfants de Staline composent une nouvelle saga qui nous prend les tripes et nous transporte. Encore une saga certes, mais sans être une saga de trop. Les secrets de l’histoire du communisme commencent à éclater au grand jour mais chacun ayant sa manière d’écrire nous entrevoyons cette période trouble sous des faisceaux croisés et c’est totalement passionnant.
Être fidèle à la petite histoire en respectant la grande est un art qu’Owen Matthews maitrise déjà alors qu’il signe son premier ouvrage. A la fois roman et documentaire, le genre est peut-être plus plaisant à lire, permettant d’entrevoir le positif derrière un terrible destin qui ne parvient jamais à couper l’insatiable appétit de vivre.
D'autres jurés ont des avis très positifs, comme Flora de l'Attrape-livres qui s'est passionnée pour cette biographie familiale.
Les Enfants de Staline vont devenir un incontournable pour quiconque voudra comprendre ce qui a pu se passer, et surtout le comment du pourquoi. C’est un livre à lire et à relire.
Deux chroniques pour le prix d'un seul billet aujourd'hui : ces deux romans policiers, lus dans le cadre du Prix des lectrices de ELLE, ne m'ont pas réellement enthousiasmée.
Avec Les visages Jesse Kellerman a composé un cocktail très apéritif en situant l’intrigue dans le milieu artistique newyorkais. Il y fait se rencontrer un très riche galeriste et une jeune femme désargentée, fille d’un policier prématurément décédé. L’ingrédient principal est un artiste probablement psychopathe qui pourrait aussi être un tueur en série d’enfants violés.
A l’instar d’un vrai Manhattan (4 centilitres de whisky, 2 centilitres de vermouth rouge, 1 trait de bitter angostura et une cerise pour décorer) certains passages assomment le lecteur alors que le récit devient soudain plus léger à d’autres moments.
Jesse Kellerman est hanté par le 11 septembre. Il abuse des ellipses et des allusions pour initiés. Il s’amuse en faisant dire à un personnage qu’il connait le père de l’autre après l’avoir « googlisé », joli trait de plume. Sauf que le lecteur doit lui aussi googliser à tout va pour comprendre les références artistiques qui truffent le bouquin. J’aurais apprécié quelques notes de bas de page m’expliquant quelle sorte d’artiste étaient par exemple Julian Snabel ou Richard Serra, pour ne citer qu’eux, plutôt que de devoir toutes les 50 pages interrompre la lecture et faire des recherches personnelles.
Certes le roman n’est pas « que » policier. C’est aussi une leçon d’histoire et un drame familial autour de la question de la filiation. On pourrait dire que c’est « encore » une leçon d’histoire et un drame familial autour de la question de la filiation. Après l'Homme qui m'aimait tout bas d'Eric Fottorino, le Sens de la famille de Homes, un Amour exclusif de Johanna Adorjan, les Enfants de Staline, le Testament caché, les Saisons de la solitude ... je commence sincèrement à avoir envie de lire autre chose. Je suis probablement trop critique mais je n’ai pas éprouvé de véritable plaisir de lecture. Armande fait aussi une analyse en demi-teinte. Mais j'ai lu des articles plus enthousiastes.
En refermant Le Touriste d'Olen Steinhauer j'avais intégré tout ce que le métier d’agent secret a de compliqué et de déstabilisant. Impossible de douter de l’existence de ces touristes d’un genre très particulier après cette lecture qui semble avoir infiltré les multiples réseaux d’influence et de contre-influence.
Il y a quelques jolies pages un peu nostalgiques, à l’instar de la description des grands aéroports (page 123) et les personnages sont diversement attachants. Trahisons, manipulations … la trame est si complexe que j’en ai souvent perdu le fil.
Je n’étais apparemment pas la seule. Fitzhugh avoue (page 185)« là je n’y comprends foutrement plus rien ». Et plus loin (page 249) James Einer déclare n’avoir « aucune prétention à comprendre ce qui se passe ».
Je suis un peu ironique mais il est agaçant de mesurer combien la politique internationale échappe complètement au quidam que nous sommes. Ce ne serait rien s’il n’y avait des vies humaines en jeu. Dans ce roman qui se fonde sur des faits tristement réels il y a une juste mesure d’humour qui permet de digérer les évènements et de ne pas renoncer. Il n’empêche que le fond de réalité qui reste toujours sous-jacent est plutôt oppressant.
Les visages, de Jesse Kellerman, chez Sonatine Le touriste d'Olen Steinhauer, éditions Liana Levi
L’intrigue est intelligemment construite mais certaines ficelles sont loin d’être transparentes. Les fausses pistes sont clairement prévisibles et je ne peux pas dire que j’ai été angoissée par un climat de menace grandissante car il est évident que tout finira bien.
Je l'avais lu très vite en janvier. Je n'avais alors pas mis le billet sur le blog car ce n'est pas un livre majeur mais ayant décidé d'être exhaustive sur l'ensemble de la sélection ELLE, j'ai décidé d'ajouter ces quelques lignes.
Reste que les personnages féminins sont réellement attachants. Lisa Gardner les dote de belles qualités. Annabelle, Catherine, DD, la mère de Dori (et même Flora …) sont des êtres forts, généreux, intelligents, ce qui n’est pas si fréquent en littérature policière.
Les hommes occupent le vaste territoire de la lâcheté, de la vanité, du sadisme, de la trahison ou de l’impuissance, à l’exception de Bobby Dodge, le jeune policier qui se voit offrir l’occasion de faire oublier une faute professionnelle antérieure.
Au final j’ai trouvé cette lecture « aisée » si tant est qu’on puisse ainsi qualifier un roman policier. Une facilité qui fait sans doute le succès de l’auteur aux USA et en GB.
J’espérais plus de suspense, davantage de doutes, des décors qui dépassent la simple citation. Bref, si le squelette est là, bien charpenté, il manque de chair. Un avis que Zarline , le Bookomaton , Armande et Snowball semblent partager. Par contre Flora a aimé davantage.
J'ai vécu aujourd'hui encore un de ces hasards qui m'étonnent. Je me suis amusée ce matin à associer une jupe à motifs géométriques (c'était ultra-mode la saison dernière) dans des tons gris-rouge-rose-blanc avec une écharpe rose tyrhien, un haut assorti et un blouson de toile surpiqué gris. J'avais entendu des réflexions toute la journée sur cette jupe volantée fendue un peu haut parait-il, quoique je trouve qu'avec le collant gris un peu épais il n'y avait pas de quoi imaginer qu'on allait affoler le quartier.
Ce soir une enveloppe du même rose tyrhien attendait dans ma boite aux lettres. C'était THE invitation tant attendue qui par contre est plus difficile à photographier qu'un oiseau sauvage : les reflets sur papier glacé rendent le cliché illisible. Il s'agit de la soirée de proclamation des résultats du 41ème Grand prix des lectrices de ELLE mercredi 26 mai, précédé d'un débat et j'ai illico confirmé ma venue.
Le compte-rendu fera l'objet bien sur d'un article détaillé sur le blog. En attendant, et pour ceux qui se posent encore des questions sur la liste des sélections, tout est récapitulé ici.
Et puis, avis à toutes les bloggeuses qui ont fait partie du jury cette année : j'organise une pré-rencontre à 14 heures, dans un lieu sympa sur les Champs-Elysées dont je communique l'adresse individuellement par mail (j'ai reçu la confirmation d'un "gentil" sponsor). Que celles que je n'ai pas contacté me fassent signe par mail à abrideabattue@orange.fr