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samedi 25 mai 2013

Les Fables de La Fontaine dans le Parc de Sceaux par Phénomène et Cie

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Dimanche dernier je relatais une balade dans le Parc de Sceaux en vous annonçant qu'aujourd'hui la troupe des artistes de Phénomène et Cie dirigée par Stéphanie Tesson proposait une représentation intitulée « Les Fables de La Fontaine » le long d’un circuit de 40 minutes environ.

Le soleil encourageait à revenir ici pour rencontrer, en plein air, les personnages des fables dans un parc transformé en théâtre de verdure. Plusieurs départs étaient prévus à partir de 14 h 30. J'ai voulu être dans la première vague, au cas où la pluie viendrait perturber le déroulement des réjouissances. Bien m'en a pris même si le couvert des feuilles a sauvé la fin du spectacle en offrant un abri tout à fait satisfaisant.


Très peu d'information ... Les spectateurs avait été mis dans la confidence par une affiche que les uns avaient vu dans les toilettes de la Maison de Chateaubriand, d'autres dans celles du Musée d'Ile-de-france installé dans le château de Sceaux. Quelques-uns avaient lu le programme sur Internet.

Pourtant, petit à petit, le public s'agglutinait au pied des marches guettant quelque mouvement. Rien ... Jusqu'à ce qu'une étrange perruque abritée d'une ombrelle ne s'agite au lointain invitant à la rejoindre.

Stéphanie Tesson (pull marin) accueillit un groupe assez dense, présenta Monsieur de La Fontaine grimpé sur une chaise de jardin en guise de socle et annonça une promenade d'une heure ponctuée de 7 stations pour écouter une, deux ou trois fables. Elle a conçu un spectacle qu'elle a "mis en vie", l'expression est jolie, en inversant les situations imaginées par le fabuliste. Il représente les hommes sous les traits d'animaux, elle nous montre ces mêmes animaux à partir des êtres humains que nous sommes.
Commençons avec le Loup et l'agneau. L'idée de mimer le loup avec un gant noir d'où surgit une langue rouge et l'agneau de l'autre bras avec le gant blanc est astucieuse.

On nous entraine ensuite à la rencontre d'une tortue. Un enfant interroge sa maman à côté de moi : tu crois qu'on va croiser des écureuils ? Avec le raffut qu'on fait, ça m'étonnerait.

La Tortue et les deux Canards est moins connue. Elle dénonce la sotte vanité. Cette fois les mains sont les volatiles et le casque symbolise la testudine.
Conseil tenu par les Rats résonne avec l'actualité :
Ne faut-il que délibérer ?
La cour en conseillers foisonne :
Est-il besoin d'exécuter ?
L'on ne rencontre plus personne.

Paroles, paroles ... La critique est aisée mais l'art est difficile ...
La comédienne nous surprend plus loin. Nous avons failli ne pas la remarquer avec ses fourrures. Du temps que les bêtes parlaient ... nous dit le Lion amoureux. L'expression est très connue mais ce n'est pas ainsi que commence la fable que l'auteur avait dédiée à Mademoiselle de Sévigné, la fille de sa célèbre maman. C'est sans doute pour éviter l'explication que Stéphanie Tesson a coupé les deux premières strophes.

La morale est souvent invoquée :
Amour ! Amour!quand tu nous tiens,
On peut bien dire : Adieu prudence!
Le Lion abattu par l'Homme suivit avant qu'on ne reprenne le chemin pour rejoindre les cascades.

Le petit poisson et le pêcheur commence lui aussi par deux vers qu'on se plait à répéter :
 Petit poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie;
Il s'achève par une formule non moins connue, et savoureuse sous l'accent rocailleux de la comédienne :
Un Tiens vaut, ce di-on, mieux que deux Tu l'auras :
L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.
L'enfant et le maître d'école est l'occasion de blâmer ici plus de gens qu'on ne pense.
Au prochain arrêt le public n'a pas d'indice pour deviner le sujet jusqu'à ce que le comédien déploie son bras. L'Homme et la Couleuvre repose la question du prix à payer pour dire la vérité. Le fabuliste s'en tire cette fois par une pirouette préconisant de parler de loin, ou bien se taire. Il ne fait rien d'autre en faisant dialoguer des animaux.
Les marronniers ont perdu les pétales de leurs grappes, tapissant le sou-bois d'une couche qu'on prendrait pour de la neige. Une nouvelle surprise nous attend, portant des bois d'envergure.
Le Cerf se voyant dans l'eau  suivi du Cerf et la Vigne ont précédé le Chien qui lâche sa proie pour l'ombre, une fois la ramure retirée. C'est la fable la plus brève. Elle fait référence à Esope dont on dit qu'il inspira La Fontaine.
La promenade allait bientôt s'achever quand la pluie est venue perturber son déroulement. Ce ne sont pas quelques gouttes qui nous firent reculer. Bientôt déboulait l'incarnation du loup, hésitant à troquer sa liberté comme le gîte et couvert comme son copain le lui suggère.
Le Loup et le Chien pèse le pour et le contre. aux dernières nouvelles le loup préfèrera conserver sa vie sauvage, quitte à ne pas manger tous les jours à sa faim.
Les Deux Pigeons clôturèrent la séance. Le premier comme le dernier vers sont connus :
Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre (...) Ai-je passé le temps d'aimer ?

Il y aurait bien d'autres titres que nous aurions aussi aimé entendre comme La Cigale et la Fourmi - Le Corbeau et le Renard - Le Rat des villes et le Rat des champs - Le Chêne et le Roseau - L'Ane et le Chien - Le Lion et le Rat - Le Lièvre et la Tortue - La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf ... Stéphanie Tesson les tient prêtes pour un autre parcours. Chaque spectacle est ainsi bâti à la mesure du lieu qui l'accueille.

Je suis la plus chanceuse puisque je peux me plonger sans mesure dans une édition ancienne, illustrée par Grandville en 1837 même si hélas, elle ne contient pas l'exhaustivité des fables parce qu'elles ont été publiés sous plusieurs recueils. C'est le premier livre qui m'a été dédicacé, par mon grand-père alors que j'étais toute petite. 

Le spectacle a été créé en 2003 au Potager du Roi à Versailles dans le cadre du 8ème Mois Molière

Conception et Mise en vie de Stéphanie Tesson
Costumes de Corinne Pagé
Accessoires et peintures de Marguerite Danguy des Déserts
Maquillages de Dorota Okulicz
Avec... dans l'ordre d'apparition Marguerite Danguy des Déserts, Frédéric Almaviva, Séverine Cojanot, Cécile Larrigaldie, Florence Cabaret, Vincent Desprat, Jean-Christophe Lecomte et Jean-Pierre Leblan.

Je vous invite à consulter le calendrier de la Compagnie pour retrouver les dates des prochaines séances. Le spectacle voyage beaucoup.

Samedi 8 juin 2013 Stéphanie Tesson présentera une nouvelle création, Alice au potager des merveilles, de nouveau au Potager du Roi (10 Av. du Maréchal Joffre 78000 Versailles), pour un rendez-vous qu'elle nous promet festif et théâtral. Départs à 18h, 19h et 20h ce jour-là et les 9, 15, 16 et 23 juin 2013.

Autres articles à propos de précédents spectacles mis en scène par Stéphanie Tesson : Au bal d'Obaldia
Enfin depuis quelques mois Stéphanie a repris le théâtre du Poche Montparnasse avec une belle programmation.

jeudi 23 mai 2013

Un coin de verdure bleu comme un orage

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La météo annonçait de lourdes perturbations à l'Ouest. J'espérais un sursis, pour me laisser le temps d'être éblouie, cette année encore, par l'explosion du cénaothe planté en bordure de l'allée.

Je guettais depuis plusieurs semaines le gonflement des bourgeons floraux violacés dont certains laissaient déjà entrevoir la douceur d'un bleu pâle.

Hier, le buisson s'était mis à résonner d'un crissement montant crescendo. Le ti-ti-tit d'un couple de mésanges bleues exerçait sur moi une attraction insistante, rivalisant avec l'arôme sucré du lilas double.


J'ai appris d'expérience que les oiseaux se sont durablement installés dans le prunus. L'enivrant parfum du lilas est un paradis auquel je ne saurais me dérober. Qui me téléporte dans le jardin de ma grand-mère. Qui reste indissociablement relié à la fragrance du muguet annonciateur de Mai, de la désormais proche fin de l'année scolaire, et de l'été à venir.

Par sa forme conique, la grappe du lilas évoque aussi la barbe à papa dont mon grand-père me régalait à la foire de Sens tandis que nous allions de stand en stand suivant un parcours rituel immuable. La friandise pastel récompensait la fastidieuse exploration des baraques foraines qui s'abritaient sous l'ombrage vert tendre des marronniers en fleurs.


Serré contre l'arbuste parme, le céanothe bleu électrique éclate en exhalant des senteurs douceâtres. Les ondes ultra-violettes agissent sur les abeilles aussi sûrement que le signal intermittent d'un sémaphore aimante les bateaux en perdition.Les flancs des mouches à miel s'alourdissent de pollen. Le voletage devient hasardeux. J'assiste, impuissante, à un ballet sans grâce, ponctué de vrombissements d'hélices fatiguées par les décollages incessants.

Aucune alerte ne semble pouvoir arrêter l'approvisionnement frénétique des insectes, si ce n'est la conscience de devoir rapatrier le fardeau d'ambre jaune avant un accident fatal.

J'avais écrit ce texte auquel je n'ai pas changé un mot il y a un tout petit peu plus de cinq ans, le 27 avril 2008, preuve que les perturbations atmosphériques n'avaient pas encore de conséquences sur la floraison et l'activité des insectes ... Ce même céanothe a fleuri cette année avec cinq semaines de retard.

dimanche 19 mai 2013

2013, l'année Le Nôtre, Le Parc de Sceaux va changer de perspective

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(mise à jour 30 mai 2013)

Plusieurs entrées permettent d'accéder au Parc de Sceaux. J'aime bien le porche discret de la rue du Docteur Berger qui débouche sur le Petit Château.

Colbert avait acheté ce château en 1682, un an avant de mourir, alors qu'il détenait la totalité du Parc depuis 1670. La duchesse du Maine y installa ses enfants au XVIII°. Ils avaient la chance d'avoir dans leur jardin des automates qui s'agitaient sous l'action de l'eau.

Cette magie fut de courte durée. Une friche foisonnante prit possession des lieux lorsque le parc se retrouva à l'abandon après la première guerre mondiale. En 1923, un certain Henri Fournier (qui sera connu sous le nom d'Alain Fournier) décrivait une situation catastrophique. Il lui arrivait de sauter par dessus le mur d'enceinte pour explorer la nature sauvage alors qu'il préparait l'Ecole normale supérieure au lycée Lakanal à Sceaux où il est entré en octobre 1903.

On peut croire qu'il s'en est inspiré pour écrire quelques passages de son unique roman, le Grand Meaulnes, même s'il en situe l'action en Sologne.
Les jardins bordant le Petit Château sont aujourd'hui plantés de vivaces et de petits rosiers remontant s "Comte de Chambord" qui embaument les soirs d'été. 
Une statue de Claude Lalanne intitulée l'Olympe se dresse avec délicatesse au milieu d'un bassin rond. Juste de l'autre coté de l'allée gravillonnaire, le long bassin rectangulaire bordé d'iris accueille régulièrement un héron venu pêcher son dîner.
J'aime commencer la balade par ici parce que l'oeil porte jusqu'au Grand Canal à travers une trouée dans les feuillages. Observez la photo ci-dessus à droite, et la même en plan rapproché, juste en dessous. On a le sentiment d'avoir dérobé cette vision alors qu'elle a été pensée ainsi par le concepteur qui s'amusait de jouer avec les perspectives. Ce jardinier magnifique qui préfigurait le métier actuel de paysagiste c'est Le Nôtre, bien entendu.
Héron, cygnes, canards, chouettes sont les résidents fidèles ... les rouge-gorges aussi lorsqu'ils ne sont pas en migration.
Les jardins qui sont plantés entre cette zone et le pavillon de l'Aurore abondent en aubépines roses à fleurs doubles qui se déploient au-dessus de la charmille. Attention aux épines !
Des fontaines en rocaille ont été replacées en 2000 à l'identique de ce qui existait autrefois, séparées par un amphithéâtre de verdure.
Le bénitier étant un coquillage protégé ceux que l'on voit sont des faux. Une allée en sous-bois bordée de hauts cerfeuils conduit jusqu'au Château qui abrite le Musée d'Ile-de-France.
Il est 15 heures et le ciel est d'un noir de plomb, se confondant avec l'ardoise de la toiture alors qu'au lointain un panache de nuages blancs semble lutter pour se maintenir. Pas question de rebrousser chemin. Il faut bien s'aérer un peu.
Le domaine couvre 180 hectares. Le département de la Seine l'avait acheté en 1923 à la descendante des Trévise dont la famille avait reconstruit le château à partir de 1856. Il appartient au Conseil Général  des Hauts-de-Seine depuis les années 70. Il faut faire des choix. On se dirigera dans un premier temps vers les Cascades qui déroulaient leur nappe d'eau jusqu'à la "mare morte", et depuis lesquelles on devine le bassin de l'Octogone tout au bout.
Ce panorama n'existait plus à la Révolution française. Château et cascades avaient été rasées au profit d'une immense exploitation agricole et c'est au Duc de Trévise qu'on doit les premières remises en état.
Rodin avait réalisé des mascarons pour l'Exposition universelle qui se tint au Trocadéro. Léon Azema les récupèrent pour les placer sur le buffet d'eau, en haut des Cascades. Il réduit le nombre d'étages de cascades. De dix-sept au temps de Colbert, on passe à 9.
En tournant à droite juste après la dernière cascade on longe un mur d'origine, la "Terrasse de Colbert" érigé en 1673 qui nous mène au Bassin des Lilas.
Sur la gauche un muret retient les eaux pour servir de refuge aux batraciens en cas de vidange du bassin. Des joncs et des iris sont plantés pour leur servir d'échelle.
On repasse devant le château en s'interrogeant : qui va l'emporter dans ce combat entre le gris et le blanc. Réponse dans 5 minutes avec une pluie battante qui va abréger la promenade.
L'allée traverse un vaste chantier qui devrait permettre de retrouver les parterres de broderies tels que Le Nôtre les avaient conçus pour Colbert. S'ils étaient majestueux ils restaient tout de même modestes comparativement à ce que l'on verra à Versailles. La mauvaise expérience de Fouquet à Vaux-le-Vicomte est restée dans les mémoires. Et si l'on prend la même équipe on fait attention à ne pas déplaire au roi.
On verra pour terminer un pavillon nommé Pavillon de l'Aurore, en référence au roi Soleil qui d'ailleurs viendra deux fois dans le domaine. Les allégories surplombant la guérite de l'entrée principale ont été choisies avec sagesse : une licorne (symbole de loyauté) combattant un dragon, et un chien, symbole de fidélité, combattant le dogue.
Quand on se place à l'extrême droite on trouve une perspective très longue (la même que celle que l'on découvrait en entrant par le Petit Chateau). A l'inverse, en resserrant on devine la balustrade bordant la Terrasse des Pintades, ainsi nommée non pas en référence aux volatiles mais parce que les dames venaient y jacasser, parait-il.
Cette balustrade est classée Monument historique. Elle est placée là soulignant l'abrupt au-dessus du Grand Canal que l'on découvre au fur et à mesure qu'on s'éloigne parce qu'on s'élève aussi.

Le Parc est un vrai théâtre d'illusion. Le canal semble court alors qu'il a plus d'un kilomètre de long. Il prend les reflets du ciel, justifiant le terme de "jardin baroque" puisque ce mot de baroque signifie mouvement. La vue change dès qu'on se déplace.
Le Pavillon de l'Aurore est à l'Est du Parc, coté soleil levant. A l'époque de Colbert la vue s'étalait sur la campagne. Le lycée Lakanal n'occultait pas encore le belvédère.
La Quintinie avait conçu un immense jardin potager. Tout au fond on remarque un arbre surprenant en région parisienne puisqu'il s'agit d'un chêne liège, à l'écorce si caractéristique.
Le Duc et la duchesse du Maine organisèrent dans ce Pavillon de l'Aurore des activités mondaines et des divertissements dont les " Nuits de Sceaux ", restées célèbres avec les "people" de l'époque ... D'autres spectacles animent le Parc aujourd'hui. Comme les opéras en plein air à la mi-juin. J'avais beaucoup aimé il y a deux ans Madame Butterfly, malgré un temps déjà maussade. Ce sera la Flute enchantée les 14 et 15 juin sur une mise en scène de Francis Huster.

Avant cela, samedi 25 prochain la compagnie Phénomène et Cie de Stéphanie Tesson proposera une représentation intitulée « Les Fables de La Fontaine » le long d’un circuit de 40 minutes environ. J'avais apprécié le travail de cette jeune femme au Théâtre 13 et je suis sûre que son parcours sera très bucolique.

S'il fait beau ce sera très agréable de revenir ici rencontrer les personnages des fables dans un parc transformé en théâtre de verdure.

S’en suivront des spectacles musicaux fin juin et un cycle de conférences sur « L’art d’André Le Nôtre dans le territoire des Hauts-de-Seine » à l’Orangerie du parc de Sceaux en septembre et octobre. 

L’année 2013 marque brillamment le 400e anniversaire de la naissance d’André Le Nôtre, architecte et paysagiste, illustre jardinier de Louis XIV. Avec en fil rouge la restauration des parterres de broderies et de gazon dont l'inauguration est prévue pour septembre prochain à l’occasion des Journées du Patrimoine.

Des visites thématiques et gratuites sont programmées toute l'année.

Toutes les informations sur le site dédié à l'année Le Nôtre dans les Hauts de Seine

dimanche 14 avril 2013

Fête des plantes vivaces à Saint-Jean-de-Beauregard

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Météo épouvantable hier. Je ne suis pas un escargot. J'attends le soleil pour aller à la campagne. Et le voici, tel qu'annoncé par tous les bulletins. Je me doute que je ne serai pas la seule cette après-midi à aller en Essonne, à 3à minutes au Sud de Paris, visiter Saint-Jean-de-Beauregard mais il fait trop beau, trop chaud pour renoncer. C'est la fête des vivaces depuis trois jours. Il est grand temps d'y faire un saut.

Le parking d'une (très) grande surface a été en quelque sorte réquisitionné parce que les champs habituellement investis par les voitures sont hors d'usage. Les ornières les ont rendus impraticables. Un petit train fait la navette entre la route nationale et le château en traversant tout le village et c'est heureux parce qu'il y a une bonne trotte.

Tout le monde ne trouve pas le voyage à son goût : je suis  déjà montée en avion, mais ça jamais. faire du tracteur à mon âge, quelle idée ! se plaint ma voisine de wagonnet.

Les habitués sont un peu déstabilisés. Certains tentent de s'amarrer aux marchepieds.

Les nouveaux cherchent les bons plans : - alors ils vendent à prix coutant ?
- Mauvaise info !
Ah bon, fait-on dépité ... Et les câbles ils sont solides ?
- T'as-vu, y en a autant à pieds !
- A Courson, je m'étais juré c'est fini. Encore heureux que j'ai pensé aux bottes. J'espère qu'il y aura plusieurs caisses.

En attendant nous visitons le village, ses vielles pierres, son lavoir, sa mairie, son école.

Nous voilà débarqués presque devant l'église qui a donné son nom actuel à la localité qui s'appelait auparavant Montfaucon, un nom peu élégant. La vue qui s'étend loin justifia le terme de Beauregard et l'église Saint Jean lui fut associé.

De fait la foule est dense. Si l'allée principale est bitumée, par contre les stands sont posés sur une terre franchement glissante, malgré la paille, les plastiques ou les tapis. les prix ne sont pas mis en avant. Il faut tirer le cou et oser faire quelques pas en bravant la gadoue. Quelle bonne idée de m'avoir conseillé de me chausser en conséquence. (merci Isa-Marie)
La nature est généreuse. La verdure offre une vue apaisante. On en oublie les frimas qu'on vient de subir.
Le thème des "plantes vivaces" est à entendre au sens large. N'ayant plus de jardin je dois me restreindre à quelques aromatiques capables de prospérer en jardinière. Je suis d'ailleurs surprise et heureuse d'avoir constaté que le persil avait résisté à l'hiver, que la coriandre, pourtant annuelle, s'était resemée et que la ciboulette avait commencé à dresser ses tiges vers le ciel.

La menthe promet d'être belle comme je m'y attendais. Par contre la sauge est morte (je la croyais plus solide) et je cherche à la remplacer.
C'est la première fois que je viens ici mais je suis étonnée de voir tant de producteurs d'hellébores et de lavandes. Les visiteurs ont un choix maximal pour ces deux plantes. J'adore les roses de Noël et je me serais volontiers laisser tenter si je pensais qu'elles pouvaient s'acclimater en appartement.
Il y a bien entendu beaucoup d'autres plantes, des arums, des rosiers, et une large variété de plantes étonnantes comme ce melon-poire chez Hortiflor. Ce légume de plein soleil est comestible.
On peut aussi trouver du mobilier de jardin, des girouettes et autres décorations ... jusqu'à du faux gazon. Tout y est. Même des objets du musée de la toile de Jouy (Jouy-en-Josas) où les indiennes sont actuellement à l'honneur.
C'est aussi l'occasion de visiter le potager qui, malheureusement affiche un retard de végétation de trois semaines. Il est donc plus brun que vert et les myosotis y sont encore discrets.
Il a été recréé il y a trente ans, à l'abri des murs d'origine. Nous apprenons qu'un mur protège les cultures des vents sur une longueur égale à 10 fois sa hauteur.

Un pigeonnier y est accolé depuis 1610. La colombien était fort appréciée comme engrais. Il s'agit de la fiente des pigeons et la taille du pigeonnier était à la mesure de la richesse du domaine.

On mesurait la taille d'une propriété en arpents. Un arpent était la surface que l'on pouvait labourer en une journée avec un cheval. On devine qu'il varie donc selon les régions. Ici, en Hurepoix il a été normalisé à 34,6 ares.
Le potager fait 2 hectares. Au moment où les propriétaires actuels en ont hérité il était en friche. Ne subsistaient que les espaliers. On s'est inspiré des plans anciens et du Potager du roi de Versailles qui lui aussi était un potager à la française (c'est-à-dire régulier). A la grande période de Louis XIV, tout doit symboliser l'absolutisme.

Il est coupé en 4 grandes parties, elle-êmes chacune coupée en 4. Les allées sont un peu plus larges qu'elles ne l'étaient au XVII°. Plusieurs espèces légumières anciennes ont été acclimatées comme les crosnes ou les topinambours.

Sont arrivés ensuite les épinards, les fraises, les petits pois gousse carrée (seule la gousse est carrée, les pois sont toujours ronds) qui arborent de jolies fleurs Magenta, la vitelotte (une pomme de terre violette que l'on doit à Christophe Colomb) et de jolies tomates.

Il faut le voir aujourd'hui comme un jardin pédagogique. Quand la récolte est abondante, on donne car on n'a pas le droit de vendre puisque c'est un jardin privé. Seule exception au moment de la fête des légumes oubliés en automne.

Jean-Paul, le jardinier, cultive en suivant les principes de la biodiversité en juxtaposant les plantes qui attirent les insectes pour en protéger d'autres. Il y a toujours un carré sur les quatre qui est en engrais vert, en tournant chaque année pour pratiquer l'assolement.
Le long du mur exposé au Nord s'étendent les collections de hostas, et de myosotis face aux mirabelliers de Lorraine.

On devine les sauts de loup, qui désignent les ouvertures sur l'extérieur. On emprunte l'allée des iris qui bientôt éclateront de blanc, de violet et de couleurs feux avec des tulipes entre les pieds. Au milieu, le rond d'eau qui servait autrefois à l'arrosage, une fis rempli de l'eau pompée dans la Salmouille voisine avec un moteur de bateau.

Les trois façons de palisser les fruits sont présentes : en chandelier, droit ou en éventail.
Le mur des simples affiche un large choix mais les étiquettes ne sont pas à considérer à la lettre. Les angéliques ont envahi les carrés voisins.

Plein sud, on voit des plaqueminiers. Je ne les ai pas photographiés mais ce sont des arbres qui donnent  des kakis. J'avais cuisiné ces fruits particuliers en tartelettes il y a quelques semaines.
Tout à coté ce sont les actinidias ... qui eux produisent des kiwis.
Il y a plusieurs serres. Une froide (ci-dessus) où la vigne s'apprête à bourgeonner. Une chaude (ci-dessous) réservée aux semis.
Nous terminons la visite par la chambre de conservation du raisin qui permettait d'en langer encore à Noël. selon le procédé Thomery, une ville proche de fontainebleau, on enlevait un grain sur deux et on glissait la grappe dans une bouteille pleine d'eau avec un morceau de charbon de bois pour qu'elle ne pourrisse pas. Il n'y avait plus qu'à refermer les portes des armoires ... et attendre patiemment.
Il y avait aussi une glacière, sorte d'igloo en pierre de 25 mètres de profondeur. Les pains de glace étaient prélevés dans la Bièvre, au niveau de l'actuel station de métro Glacière (on comprend pourquoi) 
A Saint-Jean, on satisfait les familles en pensant aux petits comme aux grands. Il y a des conférences, des ateliers découvertes ... un restaurant.
Tout cela ne doit pas faire oublier la vue, assez extraordinaire puisque l'oeil peut se perdre à 40 kilomètres à vol d'oiseau, jusqu'à Melun.
Chaque année des prix sont décernés et les plantes élues sont exposées derrière le château. Ce sont souvent des plantes méconnues du grand public. Le Grand Prix Saint-Jean de Beauregard a été attribué aux Pépinières Delabroye pour Mathiasella bupleuroides 'Green Dream'

Le Trophée Saint-Jean de Beauregard, Catégorie Plantes Vivaces aux Pépinière du Beau Pays pour Pulmonaria saccharata 'Silver Bouquet'.
Catégorie Plantes Grimpantes  ce sont les Pépinières Philippe Leclercq qui ont été honorées pour Wisteria brachybotrys 'White Silk', une glycine au feuillage gris soyeux. Ses boutons floraux sont de taille supérieure à la normale. Elle a de belles grappes blanches parfumées, non retombantes, et dressées, contrairement à la plupart des glycines.
La Pépinière Un Jardin au Mont-Blanc a reçu le Prix de la Presse pour son Prunus incisa 'Frilly Frock', C'est le premier cerisier à fleurs avec un feuillage panaché prenant de magnifiques couleurs chaudes en  automne. Son port pleureur avec ses fleurs simples blanches en font une véritable "fontaine" blanche au printemps.
La Pépinière Flore des Sables pour Asphodelus ramosus a remporté le Coup de Coeur du Jury. C'est une plante herbacée et vivace de la famille des liliacées, qu'on peut trouver à l'état sauvage dans le sud de la France. Sa floraison particulière en avril-mai , s'accompagne d'une véritable trainées d'étoiles blanches veinées de brun, surmontée d'un beau feuillage étroit vert bleuté, persistant sous climat doux.
Le Prix de la Société Nationale d'Horticulture de France est allé à la Pépinière Les Vieilles Forges pour Diosma hirsuta 'Pink Fountain' et 'Sunset Gold', petit arbuste persistant, pouvant offrir une jolie floraison six mois durant. Idéal à mettre en pot sur une terrasse.

Je n'ai pas perdu de vue mon objectif de visite ... dénicher de solides aromatiques. J'ai noté des menthes de toutes sortes : bergamote, orange, chocolat. Rien qui me surprenne car je les avais déjà rencontrées. Par contre je me suis arrêtée chez Arom'antique sur le Ran ram, ou coriandre vietnamien parce qu'il est vivace, précisément, pouvant monter à 80 cm si on ne le pince pas. Je l'apprécie coupé fin sur de simples pâtes.
Son parfum est plus piquant, presque poivré que le coriandre que nous connaissons bien. C'est une alternative qui m'a tentée. Il faut le planter en pleine terre, plutôt à mi-ombre. Il a besoin de beaucoup d'eau comme je m'en apercevrai quelques jours plus tard. Il me fait penser aux impatiens qui m'effondrent quand elles ont soif et se redressent en un quart d'heure après un arrosage abondant.

J'ai appris que certaines plantes, que je pourchassais parce qu'elles étaient trop envahissantes dans mon jardin d'autrefois étaient en fait comestibles. Comme la tanaisie, ou barbotine, un petit chrysanthèmes dont les fleurs jaunes forment des bouquets très odorants.
On l'utilise principalement comme condiment vu son goût prononcé. Quelques fragments de feuille permettent de parfumer omelettes, desserts, liqueurs, infusions, crèmes... On peut aussi ajouter des feuilles hachées aux litières des chats et chiens domestiques pour éloigner les puces et les tiques.Mais attention, à haute dose la tanaisie serait toxique.

Si j'avais eu de la place j'aurais pris de la bourrache, dont les petites fleurs bleues embellissent les salades et qui fait merveille confite sur des desserts. Et pourquoi pas la capucine, qu'on appelait cresson du Pérou à la table de Louis XIV parce que toutes les parties de cette plante possèdent un goût proche de celui du cresson de fontaine. Piquantes et fortes en goût, feuilles et fleurs sont agréables à ajouter dans les salades. L'éperon des fleurs à un goût très original : sucré/salé et piquant fort à la fois. Les graines encore vertes et tendres sont conservées dans le vinaigre comme condiment (à la manière des câpres).

J'ai vu aussi la raiponce, qui est une petite campanule que l'on mange en salade quand ce n'est pas le titre d'un conte ou d'un film. Je me suis tout de même laissée tenter par une verveine orange dont j'ai le sentiment que c'est une mélisse. Je jugerai à la première infusion.

Les prix étaient très raisonnables. La plupart des aromatiques étaient vendues à 4 € et le plant de tomate à 2 €.

Le Domaine se visite en dehors des fête. Témoins de l'art de vivre au XVII ème siècle, château, communs, parc, potager, écuries, pigeonnier et abreuvoir forment un superbe ensemble architectural classé monument historique. Le jardin potager avec ses légumes rares et la succession de ses floraisons (hellébores, narcisses, iris, pivoines, roses et fleurs d'été), dévoile une harmonie de formes et de couleurs se modifiant au gré des saisons.

Vous pourrez aussi bien opter pour des visites individuelles du 15 mars au 15 novembre, tous les dimanches et jours fériés, de 14h à 18h (sauf pendant les Fêtes).

Tarifs 2012 : Gratuit moins de 8 ans
- Pigeonnier, potager et parc en accès libre : Normal 7.90€ - réduit 6€ pour les moins de 15 ans, groupes de plus de 15 personnes, étudiants et familles nombreuses sur présentation de leur carte.
- Château et pigeonnier guidés, potager et parc en accès libre : Normal 9.90€ - réduit 8€.
Billets : Billetterie sur place. Tarification spéciale pendant la fête des vivaces.
Parking gratuit . Les chiens doivent être tenus en laisse.

Domaine de Saint-Jean de Beauregard - Rue du Château - 91940 Saint-jean-de-Beauregard
Tél. : 01 60 12 00 01 - Fax : 01 60 12 56 31 - e-mail : info@domsaintjeanbeauregard.com

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