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vendredi 31 mai 2013

Mathieu Rosaz chante Barbara en cadeau pour le public du Centre d'Art et de culture de Meudon (92)

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Mathieu Rosaz  n'imite pas ... il interprète. C'est encore du Barbara mais c'est déjà du Rosaz. C'est différent et c'est bien.

Cela fait plus de dix ans qu'il chante le répertoire de la Dame en noir mais je n'ai véritablement découvert cet artiste que ce soir. Il nous a donné plusieurs titres de son dernier album, Vivants Poèmes – Mathieu Rosaz chante Barbara, sorti en janvier 2013.

Son récital clôturait l'annonce de la programmation que Françoise Pointard réserve aux Meudonnais pour la saison 2013-2014 et auquel je consacrerai un billet spécifique très bientôt.

Vous pourrez tous vous sentir concernés car comme Mathieu l'a fait remarquer "Meudon n'est pas loin de Paris par le RER" en annonçant son intention d'y revenir bientôt. Il a véritablement enchanté la salle et les éloges ne tarissaient pas ensuite. On peut prédire qu'effectivement il y sera à l'affiche un autre soir.

Surtout ne vous fiez pas à ce que vous pouvez entendre de lui sur You tube où il y a de très mauvais enregistrements. Tant qu'à écouter des extraits faites le sur Deezer en vous laissant conduire via sa page Facebook. Les premières mesures de son album Vivants poèmes sauront vous convaincre.

Le titre est un hommage à la chanson Vivant poème que Jean-Louis Aubert avait écrite pour Barbara en 1996. C'est une des dernières qu'elle a interprétées car elle est décédée le 24 novembre 1997. Elle figurait en quatrième position sur la play-list du concert de ce soir.

Le texte, peu connu, résonne comme un testament :
Va ce monde je te le donne
Va jamais n'abandonne
(...)
Pars, le monde est un espoir
(...)
Je sais que le monde a des larmes
Qui parfois nous désarment
Mais il t'aimera comme tu l'aimes
(...)
La vie est un poème
Que tu vas écrire toi-même
Oui, pars, ce monde va le voir
Jamais ne perds l'espoir
(...)
La vie est un long je t'aime
Que l'on doit écrire soi-même
Va, jamais n'abandonne

Mathieu Rosaz  a commencé par une autre chanson, peu connue, mais cette fois parce que c'est une des plus anciennes, Chapeau bas, écrite et composée en 1964, et qui éclate de félicité  :

Est-ce la main de Dieu,
Est-ce la main de Diable
Qui a mis cette rose
Au jardin que voilà ? (...)

Vraiment, je ne sais pas
Mais pour cet amour-là
Merci, et chapeau bas !

Il enchaine avec Du bout des lèvres (1968) en nous rappelant que Barbara avait un vrai talent pour écrire des chansons d'amour.
Je vous dirai du bout des lèvres :
"Je vous aime du bout du cœur."
Et nous pourrons vivre mon rêve

On connait davantage le versant tourmenté de la chanteuse qui s'exprime dans Mon enfance (elle aussi de 1968)  et plus encore dans l'Aigle noir (1970). Egalement dans Le soleil noir (1968) qui décrit son combat contre la dépression malgré son intention de ne plus, jamais plus, vous parler de la pluie,
Plus jamais du ciel lourd, jamais des matins gris ...

Il y est question de pluie, comme elle en parlait déjà avec Nantes, même si ma préférée dans ce registre météorologique est Pierre, si joliment ciselée en 1964.

Le récital fut un exemple d'équilibre. Mathieu Rosaz alterna donc des titres très anciens, un peu oubliés (que j'avais eu le bonheur de redécouvrir ces derniers jours en écoutant la compilation sortie en 2007 par Mercury, un triple CD de ses plus belles chansons) avec des standards comme Dis quand reviendras-tu (1962) en nous rappelant qu'elle n'a commencé à glisser ses propres textes, au cabaret de l'Ecluse, qu'à la fin des années 50.  Elle avait laissé la primeur de la création à Cora Vaucaire, ne se sentant alors pas la carrure suffisante.

Mathieu enchaine les titres en finesse et en élégance. Avec simplicité aussi. Qu'il s'emmêle un peu les pinceaux dans les rimes et il s'arrête net, boit un verre d'eau et reprend sous les applaudissements. Et quand il fait une pause, ses musiciens et complices Michel Glasko (à l'accordéon) et Tony Ballester (à la contrebasse) jouent en douceur Ma plus belle histoire d'amour ... c'est vous (1967).

De retour parmi nous il chante Toi (1965) dont il a modifié le titre dans son album pour "A chaque fois". Parce que chaque fois qu'on parle d'amour c'est avec jamais et toujours.

Et puis Madame (1967) aux poignantes paroles sur l'annonce télégraphique d'un suicide, par celle qui vous a pris cet homme qu'elle n'a pas su garder. Le deuil est terrible à faire. La perte se répète.

La militante acharnée pour une vie qui serait éclairée par l'espoir resurgit avec une chanson vocalement difficile à interpréter (où bien sûr Mathieu excelle) Perlimpinpin (1972) :
Pour qui, comment quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C'en est assez de vos violences.
D'où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence. 

L'accordéon se tait pour Göttingen (1965), laissant la contrebasse répondre seule au piano. L'acoustique de la salle est parfaite. Le niveau sonore est impeccable (ce que souligneront les spectateurs à la sortie). La voix de Mathieu descend dans les graves sans forcer sur le vibrato. Il s'impose un rythme soutenu sans s'essouffler. Peut-être chante-t-il un peu plus vite que Barbara, et cela donne une autre teinte à ces airs que nous avons tant entendus.

Elle trouvait la guerre abominable, quelle qu'elle soit, et particulièrement la seconde guerre mondiale dont les horreurs étaient encore si proches. Le pardon n'était pas vraiment envisageable. pourtant lorsqu'elle arriva dans la petite ville allemande elle comprit qu'il était la seule issue et elle écrivit Göttingen en une nuit.

Barbara, si elle s'habillait de noir, n'était pas une triste personne. Quand elle chante le Mal de vivre, (1965), qui ne prévient pas quand il arrive, qui vient de loin ... elle conclue malgré tout par la joie de vivre. La voix de Mathieu est au bord de la brisure au début. Elle donne une pleine puissance à la fin pour la conclusion optimiste.

Le public enthousiaste a droit à Septembre (1965) et j'aurais terminé là, pour ces vers là, que je trouve de circonstance :

Il faut se quitter. Pourtant, l'on s'aimait bien.
Quel joli temps pour se dire au revoir.
Jamais les fleurs de Mai n'auront paru si belles.

C'est sans doute parce que notre accueil a été exceptionnellement chaleureux que nous eûmes droit à Une petite cantate (1999). Bien ingrat celui qui s'en plaindrait !

mardi 12 février 2013

La Grande Sophie chante à Vélizy(78) .. et à Palaiseau (91) bientôt

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Victoire de la musique ou pas j'avais décidé bien avant de connaitre le palmarès d'aller écouter La Grande Sophie au Centre d'art de l'Onde. L'affluence était maximale ce soir et il ne restait pas un siège de libre dans la salle vélizienne.

La Place du fantôme a été couronné Meilleur album de l'année, et je peux vous dire que Sophie était à la fois très heureuse, très fière, et un peu génée par rapport à Françoise Hardy qui concourrait dans la même catégorie. Elle admire beaucoup cette artiste pour qui elle a écrit une chanson ... mais Françoise a du se réjouir pour sa cadette puisqu'elle lui a adressé un gentil mot de félicitations.

Françoise Hardy connait bien La Grande Sophie qui lui a écrit la chanson Mister pour l'album La Pluie sans Parapluie en 2010. Cette année là elle offre Personne à Sylvie Vartan qui l'inclue dans Soleil Bleu. deux ans plus tard ce sera Dans les bras d'un pompier (musique et chœurs), pour l'album concept ElleSonParis, titre chanté par Romane Bohringer.

Mais c'est surtout pour elle-même qu'elle compose. Des mélodies qui oscille entre le plein soleil et les zones d'ombre qui m'ont fait choisir un cliché un peu trop flou, certes, pris après le concert qui témoigne du coté insaisissable d'une artiste toujours souriante. Après une résidence au Café de la Danse en mars, et un Trianon en mai, c'était à l’Olympia que La Grande Sophie avait retrouvé le public parisien, dans le cadre de sa tournée pour La place du fantôme, et dont Vélizy fut une étape.
Une brève première partie a permis au duo composant Hi Cowboy de faire entendre leur talent prometteur, puissant et mélodique.
La Grande Sophie s'est installée à l'abri des projecteurs dardant leurs rayons sur le public. Elle dira plus tard que la salle est "drôlement impressionnante", sans doute en raison de son inclinaison. Le tour de chant commence avec un titre du dernier album Ma radio (piste 6) qu'elle chante sans sa traditionnelle guitare, en frappant des claves pour appeler d'entrée de jeu les spectateurs à taper des mains, ce qu'ils font volontiers sans se douter qu'ils sont partis pour deux heures d'accompagnement en oubliant le temps qui passe.

La scène est habillé d'un camaïeu de rectangles bleus et gris évoquant un Mondrian mélancolique et nostalgique des années 60/80.
Tu fais ton âge (piste 7)... même si ce n'est pas facile de compter les saisons s'accorde bien avec les arbres d'automne. La roue tourne, Sophie nous remercie d'être là,prend sa guitare, et poursuit avec un titre de l'album Des vagues et des ruisseaux, Quand le mois d'avril (piste 2) ... devant un décor kaléidoscopique et stroboscopique (rendant la photographie très aléatoire) qui la fait paraitre minuscule alors que plus tard, déchaussée de ses bottines à talons aiguilles elle paraitra bien plus grande.
Elle poursuit avec On savait, une chanson qui avait sa place dans deux albums, Toute seule comme une grande,  Et si c'était moi qu'elle accompagne avec une guitare roue flamboyant, électrique en diable. Qui avait la solution pour ne jamais devenir grand ?

Grandir, pourquoi pas, mais vieillir, c'est effrayant. Surtout quand on ne pourra plus que Sucrer les fraises  (piste 4 de La Place du fantôme) la haut sur la falaise ... un jour. Car rien n'arrête l'appétit du temps.      

Mais rien n'arrête non plus la chanteuse qui enchaine en caracolant ma romance et c'est là le paradoxe de cet album, profondément intimiste et pourtant tout à fait adéquat pour faire se lever une salle entière qui se met à chanter à tue tête avec une vitalité joyeuse.

Faire exister le fantôme caché au fond de moi ne semble faire peur à personne. Sophie frappe sur le bois de sa guitare, tourne et tourne. Le public se déchaine.
Le ton est plus doux avec la suivante. Elle pourrait être un jour heureuse ... elle rêve d'une vie délicieuse, elle a du soleil dans la voix ... 
L'ambiance reprend sa tonalité rock. Sophie laisse de côté sa guitare et nous défie : on va voir si votre joie tient au bout de vos doigts pour qu'on l'aide à trouver Du courage.
Retour à la Place du fantôme (piste 10) avec Suzanne, un titre très mélancolique qui évoque Léonard Cohen à qui elle dit ne pas avoir cherché à rendre hommage. C'est simplement un prénom qu'elle aime beaucoup et qui lui a inspiré une chanson lumineuse et nostalgique à la fois, ponctuée de longues vocalises, accompagnées par les notes aux accents métalliques de sa célèbre guitare à la bandoulière marquée d'une tête de mort.
Ne m'oublie pas (piste 3 de La Place du fantôme ) démarre sur quelques notes en boucle obsédante. Elle déchaine le public qui exécute une très longue reprise. Je ne pense pas qu'une seule personne soit restée assise et silencieuse. Le pleins feux sont allumés pour que la chanteuse réalise l'implication On ne risque pas de l'oublier sous la plume de l'oreiller ...
Ecris moi (piste 9)est une supplique plus paisible. Le camaïeu gris-bleu convient bien à sa tonalité. Bref moment lyrique avant le Bye bye etc (piste 1) qu'elle ponctue à coups de mailloches sur le tambour que l'on entend comme autant de bang-bang.
Je suis ton ombre
Je suis ton brouillard
Ton symptôme
Ou ton cauchemar
Je suis ta peur
Et ton échec
Dans ton royaume

Cette fois ce sont de simples maracas qui ponctuent les paroles de ce royaume (piste 5). Et pus retour de la guitare rouge pour accompagner mon docteur , une chanson un peu surréaliste d'un album plus ancien, Le porte bonheur, qu'elle exécute avec quelques mouvements de poupée mécanique.

Elle nous surprend avec Don't get me wrong, une reprise des Pretenders avant de chanter Quelqu'un d'autre, le célèbre titre de l'album Des vagues et des ruisseaux, de dire un peu brusquement au-revoir et à bientôt ... à Palaiseau (91) où elle donne un concert jeudi.


Premier rappel pour la très belle reprise de la chanson de Barbara, Dis quand reviendras-tu ? qui clôturait magnifiquement le précédent album. Elle s'assoit sur un haut-parleur pour poursuivre avec Petite Princesse, les yeux dans les yeux des spectateurs des premiers rangs.

C'est le moment qu'elle choisit pour descendre de scène et monter dans les gradins, sans cesser de chanter pour un public aux anges, très à l'écoute de ce qui peut se trouver derrière le rideau blanc.

Elle ordonne : ceux du fond passez devant, et vous qui êtes devant allez derrière. Mélangez-vous !  Soyons rassurés elle entonne Je ne changerai jamais avant de disparaitre en provoquant une exigence de rappel encore plus forte.

Elle revient pour Martin, un autre titre de l'album Toute seule comme une grande avant d'achever par Peut-être jamais (piste 2 de la Place du fantôme) où le mot "peut-être" est la touche optimiste qui contrebalance la fatalité ... dans une autre vie, un autre monde, une autre chance.
On a dit qu'elle avait eu besoin de se délester d'un poids, cela semble fait. Et même s'il est probable que son obsession du temps qui passe ne s'atténue que partiellement elle a su mettre des lots sur un ressenti que l'on partage facilement.

Elle nous promet de beaux rêves cette nuit, dès qu'on posera la tête sur l'oreiller pour peu qu'on ne l'oublie pas ...

Deux heures de concert avec un public debout la moitié du temps. A croire que cela donne une pêche d'enfer parce que Sophie est restée un long moment dans le hall de l'Onde, pour signer des autographes, répondre quelques questions, avec son sourire inoxydable, et sa voix douce.
Une poignée de fans ultra fidèles était là, évoquant avec elle le souvenir de la tension de la soirée des Victoires de la Musique. Les Sophistos, c'est leur nom, avaient une jolie surprise. Audrey, la guitare à la main a interprété une de ses chansons, paroles revisitées biens sûr, qu'elle a écoutée en compagnie de ses musiciens avec un plaisir non dissimulée, tranquillement assise sur la "banque".

La fatigue et la faim pointaient mais elle a accepté volontiers de partager la bouteille de champagne que ses admirateurs avaient apportée. Rendez-vous à Palaiseau ... évidemment ou sur une autre ville de la tournée.

Site officiel de La Grande Sophie

dimanche 27 mai 2012

Musique & Littérature dans le parc de la Vallée aux loups

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La 30ème édition du Festival du Val d'Aulnay a offert un spectacle alliant musique et littérature dans le magnifique cadre de la Vallée aux Loups où les lecteurs du blog vont finir par penser que je dispose d'une entrée particulière tant il est vrai que j'y suis venue ces derniers temps, de jour ou de soirée, comme de nuit.

La voix de ténor de Mickaël Bennett a été très appréciée. Il a commencé le concert en chantant Ich liebe dich de Beethoven, qui pouvait évoquer une des passions de l'ancien maître des lieux, Chateaubriand, dont la présence est gravée dans la mémoire collective.

Il était accompagné par la harpiste Sandrine Chatron dont le doigté est réellement enchanteur. Elle a aussi interprété une très délicate Fantaisie de Louis Spohr.
Ce sont cependant les textes qui ont été lus par Cécile Combes que j'ai davantage retenus. Sans doute en premier lieu parce qu'ils sont en langue française (tous les airs étaient en allemand). Egalement parce que le choix effectué par la comédienne témoignait des deuils symboliques qui avaient poussé l'écrivain à rechercher une inscription dans une "terre stable", concrète cette fois... terre qu'il a pourtant quitté relativement vite, sans parler du départ définitif qui est le lot commun.

Ces passages renfermaient une dimension politique et philosophique plus profonde que ce qu'on entend souvent dans ce type de manifestation. Certains d'entre eux reflètent aussi la personnalité du personnage qui confesse ses défauts sans fausse pudeur, tout en relatant combien il a souffert de la malveillance et du dénigrement.

Les extraits n'apparaissaient pas sur les programmes mais Cécile Combes a eu la gentillesse de me les transmettre afin de les rendre accessibles ici comme dans quelque temps probablement sur le site du festival. Nous les avons goutés sous l'ombre fraiche du marronnier pluricentenaire, en cette belle et chaude après-midi.

J'avais retenu plusieurs phrases : faisant allusion à une hirondelle Chateaubriand soupirait comme toi, j'ai aimé la liberté, et j'ai vécu de peu.

Plus tard il décrit avec des mots simples son objectif d'offrir à sa descendance, en quelque sorte à nous autres, ce magnifique jardin qui n'est alors qu'une maison de jardinier cachée parmi des collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison, n’était qu’un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances ; spatio brevi spem longam reseces. Les arbres que j’y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l’ombre quand je me place entre eux et le soleil.

Le jardinier a réussi au-delà de ses espérances. Il nous a légué ces petits arbres qui faisaient ses délices au même titre que ses livres : le magnolia qui promettait sa rose à la tombe de sa Floridienne, le pin de Jérusalem et le cèdre du Liban consacrés à la mémoire de Jérôme, le laurier de Grenade, le platane de la Grèce, le chêne de l'Armorique, au pied desquels il peignit Blanca, chanta Cymodocée, inventa Velléda. 
L'atmosphère du lieu et la très belle voix de la comédienne vous manqueront mais j'espère que vous saurez apprécier les mots et que cela vous donnera envie de vous promener dans cette propriété qui appartient au Conseil général des Hauts-de-Seine de même que dans l'arboretum voisin, et auquel j'ai consacré plusieurs billets, en été, comme en hiver.  Il n'y a qu'une rue à traverser et cet espace est gratuit toute l'année. Allez-y en famille. Vos enfants seront aussi surpris que ce petit garçon, sans doute peu habitué à la campagne et s'exclamant : y'a plein de zarbres !

* 1er Texte : Mémoires d'Outre Tombe,  Livre 3, Chapitre 6.
" Le jour s'affaiblissait ; les ombres envahissaient lentement les fresques de la chapelle et l'on n'apercevait plus que quelques grands traits du pinceau de Michel-Ange. Les cierges, tour à tour éteints, laissaient échapper de leur lumière étouffée une légère fumée blanche, image assez naturelle de la vie que l'Ecriture compare à une petite vapeur . Les cardinaux étaient à genoux, le nouveau pape prosterné au même autel où quelques jours avant j'avais vu son prédécesseur ; l'admirable prière de pénitence et de miséricorde, qui avait succédé aux Lamentations du prophète, s'élevait par intervalles dans le silence et la nuit. On se sentait accablé sous le grand mystère d'un Dieu mourant pour effacer les crimes des hommes. La catholique héritière sur ses sept collines était là avec tous ses souvenirs ; mais, au lieu de ces pontifes puissants, de ces cardinaux qui disputaient la préséance aux monarques, un pauvre vieux pape paralytique, sans famille et sans appui, des princes de l'Eglise sans éclat, annonçaient la fin d'une puissance qui civilisa le monde moderne. Les chefs-d'oeuvre des arts disparaissaient avec elle, s'effaçaient sur les murs et sur les voûtes du Vatican, palais à demi abandonné. Des étrangers curieux, séparés de l'unité de l'Eglise, assistaient en passant à la cérémonie et remplaçaient la communauté des fidèles. Une double tristesse s'emparait du coeur. Rome chrétienne en commémorant l'agonie de Jésus-Christ avait l'air de célébrer la sienne, de redire pour la nouvelle Jérusalem les paroles que Jérémie adressait à l'ancienne. C'est une belle chose que Rome pour tout oublier, mépriser tout et mourir. "

* 2° texte :  Mémoires d'Outre Tombe,  Livre 3, Chapitre 1. ( Paris, rue d'Enfer, 6 juin 1833)
"[...] Oui, madame, je le dis avec douleur, Henri V pourrait rester un prince étranger et banni, jeune et nouvelle ruine d'un antique édifice déjà tombé, mais enfin une ruine. Nous autres, vieux serviteurs de la légitimité, nous aurons bientôt dépensé le petit fonds d'années qui nous reste, nous reposerons incessamment dans notre tombe, endormis avec nos vieilles idées, comme les anciens chevaliers avec leurs anciennes armures que la rouille et le temps ont rongées, armures qui ne se modèlent plus sur la taille et ne s'adaptent plus aux usages des vivants.
retour de la Terre Sainte, j'achetais " Tout ce qui militait en 1789 pour le maintien de l'ancien régime, religion, lois, moeurs, usages, propriétés, classes, privilèges, corporations, n'existe plus. Une fermentation générale se manifeste ; l'Europe n'est guère plus en sûreté que nous, nulle société n'est entièrement détruite, nulle entièrement fondée, tout y est usé ou neuf, ou décrépit ou sans racine, tout y a la faiblesse de la vieillesse et de l'enfance. Les royaumes sortis des circonscriptions territoriales tracées par les derniers traités sont d'hier ; l'attachement à la patrie a perdu sa force, parce que la patrie est incertaine et fugitive pour des populations vendues à la criée, brocantées comme des meubles d'occasion, tantôt adjointes à des populations ennemies, tantôt livrées à des maîtres inconnus. Défoncé, sillonné, labouré, le sol est ainsi préparé à recevoir la semence démocratique, que les journées de Juillet ont mûrie.
" Les rois croient qu'en faisant sentinelle autour de leurs trônes, ils arrêteront les mouvements de l'intelligence ; ils s'imaginent qu'en donnant le signalement des principes ils les feront saisir aux frontières ; ils se persuadent qu'en multipliant les douanes, les gendarmes, les espions de police, les commissions militaires, ils les empêcheront de circuler. Mais ces idées ne cheminent pas à pied, elles sont dans l'air, elles volent, on les respire. Les gouvernements absolus, qui établissent des télégraphes, des chemins de fer, des bateaux à vapeur, et qui veulent en même temps retenir les esprits au niveau des dogmes politiques du quatorzième siècle, sont inconséquents ; à la fois progressifs et rétrogrades, ils se perdent dans la confusion résultante d'une théorie et d'une pratique contradictoires. On ne peut séparer le principe industriel du principe de la liberté ; force est de les étouffer tous les deux ou de les admettre l'un et l'autre. Partout où la langue française est entendue, les idées arrivent avec les passeports du siècle.
* 3 ° texte : Mémoires d'Outre Tombe,  Livre 3, Chapitre 7. ( 2 juin 1833)
A mesure que j'avançais vers la France, les enfants devenaient plus bruyants dans les hameaux, les postillons allaient plus vite : la vie renaissait.
A Bischofsheim, où j'ai dîné, une jolie curieuse s'est présentée à mon grand couvert : une hirondelle, vraie Procné, à la poitrine rougeâtre, s'est venue percher à ma fenêtre ouverte, sur la barre de fer qui soutenait l'enseigne du Soleil d'Or ; puis elle a ramagé le plus doucement du monde, en me regardant d'un air de connaissance et sans montrer la moindre frayeur. Je ne me suis jamais plaint d'être réveillé par la fille de Pandion, je ne l'ai jamais appelée babillarde, comme Anacréon ; j'ai toujours, au contraire, salué son retour de la chanson des enfants de l'île de Rhodes : " Elle vient, elle vient l'hirondelle, ramenant le beau temps et les belles années ! ouvrez, ne dédaignez pas l'hirondelle. "
" François, m'a dit ma convive de Bischofsheim, ma trisaïeule logeait à Combourg, sous les chevrons de la couverture de ta tourelle ; tu lui tenais compagnie chaque année en automne, dans les roseaux de l'étang, quand tu rêvais le soir avec ta sylphide. Elle aborda ton rocher natal le jour même que tu t'embarquais pour l'Amérique, et elle suivit quelque temps ta voile. Ma grand-mère nichait à la croisée de Charlotte ; huit ans après, elle arriva à Jaffa avec toi ; tu l'as remarqué dans ton Itinéraire . Ma mère, en gazouillant à l'aurore, tomba un jour par la cheminée dans ton cabinet aux Affaires étrangères ; tu lui ouvris la fenêtre. Ma mère a eu plusieurs enfants ; moi qui te parle, je suis de son dernier nid ; je t'ai déjà rencontré sur l'ancienne voie de Tivoli dans la campagne de Rome : t'en souviens-tu ? Mes plumes étaient si noires et si lustrées ! tu me regardas tristement. Veux-tu que nous nous envolions ensemble ? "
- " Hélas ! ma chère hirondelle, qui sais si bien mon histoire, tu es extrêmement gentille ; mais je suis un pauvre oiseau mué, et mes plumes ne reviendront plus ; je ne puis donc m'envoler avec toi. Trop lourd de chagrins et d'années, me porter te serait impossible. Et puis, où irions-nous ? Le printemps et les beaux climats ne sont plus de ma saison. A toi l'air et les amours, à moi la terre et l'isolement. Tu pars ; que la rosée rafraîchisse tes ailes ! qu'une vergue hospitalière se présente à ton vol fatigué, lorsque tu traverseras la mer d'Ionie ! qu'un octobre serein te sauve du naufrage ! Salue pour moi les oliviers d'Athènes et les palmiers de Rosette. Si je ne suis plus quand les fleurs te ramèneront, je t'invite à mon banquet funèbre : viens au soleil couchant happer des moucherons sur l'herbe de ma tombe ; comme toi, j'ai aimé la liberté, et j'ai vécu de peu. "
* 4 ° texte :  Mémoires d'Outre Tombe,  Livre 1, Chapitre 1.
« La Vallée-aux-Loups, près d’Aulnay, ce 4 octobre 1811.
Il y a quatre ans qu’à mon retour de la Terre-Sainte j’achetai près du hameau d’Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Châtenay, une maison de jardinier cachée parmi des collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison, n’était qu’un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances ; spatio brevi spem longam reseces. Les arbres que j’y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l’ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j’ai protégé leur jeunesse. Je les ai choisis autant que je l’ai pu des divers climats où j’ai erré ; ils rappellent mes voyages et nourrissent au fond de mon cœur d’autres illusions.
[...]
Ce lieu me plaît ; il a remplacé pour moi les champs paternels ; je l’ai payé du produit de mes rêves et de mes veilles ; c’est au grand désert d’Atala que je dois le petit désert d’Aulnay ; et pour me créer ce refuge, je n’ai pas, comme le colon américain, dépouillé l’Indien des Florides. Je suis attaché à mes arbres ; je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n’y a pas un seul d’entre eux que je n’aie soigné de mes propres mains, que je n’aie délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille ; je les connais tous par leurs noms, comme mes enfants : c’est ma famille, je n’en ai pas d’autre, j’espère mourir au milieu d’elle.
Ici, j’ai écrit les Martyrs, les Abencerages, l’Itinéraire et Moïse; que ferai-je maintenant dans les soirées de cet automne ? Ce 4 octobre 1811, anniversaire de ma fête et de mon entrée à Jérusalem, me tente à commencer l’histoire de ma vie. [...] ».
* 5° texte : Mémoires d’Outre Tombe, Livre 3, chapitre 8 ( 3 et 4 juin 1833)
On racontait à Vienne, il y a deux ou trois lustres, que je vivais tout seul dans une certaine vallée appelée la Vallée-aux-Loups. Ma maison était bâtie dans une île : lorsqu'on voulait me voir, il fallait sonner du cor au bord opposé de la rivière. (La rivière à Châtenay !) Alors, je regardais par un trou : si la compagnie me plaisait (chose qui n'arrivait guère), je venais moi-même la chercher dans un petit bateau ; sinon, non. Le soir, je tirais mon canot à terre, et l'on n'entrait point dans mon île. Au fait, j'aurais dû vivre ainsi ; cette histoire de Vienne m'a toujours charmé [...]
* 6° texte :  Mémoires d’Outre Tombe, Livre 3, chapitre VIII
Londres, d'avril à septembre 1822. Revu en décembre 1846.
Défaut de mon caractère.
En aucun temps, il ne m'a été possible de surmonter cet esprit de retenue et de solitude intérieure qui m'empêche de causer de ce qui me touche :  Personne ne saurait affirmer sans mentir que j'aie raconté ce que la plupart des gens racontent dans un moment de peine, de plaisir ou de vanité.  Un nom, une confession de quelque gravité, ne sort point ou ne sort que rarement de ma bouche. Je n'entretiens jamais les passants de mes intérêts, de mes desseins, de mes travaux, de mes idées, de mes attachements, de mes joies, de mes chagrins, persuadé de l'ennui profond que l'on cause aux autres en leur parlant de soi.
 Sincère et véridique, je manque d'ouverture de coeur : mon âme tend incessamment à se fermer ; je ne dis point une chose entière et je n'ai laissé passer ma vie complète que dans ces Mémoires. Si j'essaie de commencer un récit, soudain l'idée de sa longueur m'épouvante ; au bout de quatre paroles, le son de ma voix me devient insupportable et je me tais.
… Comme je ne crois à rien excepté en religion, je me défie de tout : la malveillance et le dénigrement sont les deux caractères de l'esprit français ; la moquerie et la calomnie, le résultat certain d'une confidence.
Mais qu'ai-je gagné à ma nature réservée ? d'être devenu, parce que j'étais impénétrable, un je ne sais quoi de fantaisie, qui n'a aucun rapport avec ma réalité. Mes amis mêmes se trompent sur moi, en croyant me faire mieux connaître et en m'embellissant des illusions de leur attachement.
…Toutes les médiocrités d'antichambre, de bureaux, de gazettes, de cafés m'ont supposé de l'ambition et je n'en ai aucune. Froid et sec en matière usuelle, je n'ai rien de l'enthousiaste et du sentimental : ma perception distincte et rapide traverse vite le fait et l'homme, et les dépouille de toute importance. Loin de m'entraîner, d'idéaliser les vérités applicables, mon imagination ravale les plus hauts événements, me déjoue moi-même : le côté petit et ridicule des objets m'apparaît tout d'abord  (de grands génies et de grandes choses, il n'en existe guère à mes yeux).
Poli, laudatif, admiratif pour les suffisances qui se proclament intelligences supérieures, mon mépris caché rit et place sur tous ces visages enfumés d'encens des masques de Callot. [… ]
Dans l'existence intérieure et théorique, je suis l'homme de tous les songes ; dans l'existence extérieure et pratique, l'homme des réalités. Aventureux et ordonné, passionné et méthodique, il n'y a jamais eu d'être à la fois plus chimérique et plus positif que moi, de plus ardent et de plus glacé ; androgyne bizarre, pétri des sangs divers de ma mère et de mon père.
* 7 ° textes : Correspondances générales.

A M. de ChCnedollé fils.
« Lyon, mercredi, 19 prairial, an XI (1803).
"Je vieillis ou peut-être je me désenchante, et depuis que j’ai recommencé les jours de voyage, dies peregrinationis, je ne fais que songer au bonheur de la retraite et du repos. Je le sens jusqu’au fond des entrailles, une chaumière et un coin de terre à labourer de mes mains, voilà après quoi je soupire, ce qui est le vœu constant de mon cœur et la seule chose stable que je trouve au fond de mes souhaits et de mes songes".
_______________

A Mme de Duras, 1er février 1812 :
" A mon âge, il faut être dans un lieu reculé d'où l'on puisse voir s'envoler les années, et non pas dans un tourbillon où le temps s'enfuit sans que vous puissiez le regarder venir. La passion qui a succédé aux autres dans mon coeur, c'est celle de mon jardin : il faut bien quand on est vieux, radoter de quelque chose ; mes petits arbres font mes délices".
__________________

A Mme de Duras, 29 avril 1811 :
" Je pars pour ma vallée: quel bonheur de rentrer dans la paix et de retrouver mes petits arbres ! [...] Si je puis parvenir à garder mes champs et mes livres, je serai la plus heureuse personne de la terre. Je vais entreprendre quelque long ouvrage qui puisse m'occuper plusieurs années ; rien ne fait mieux sentir le charme de la solitude et ne calme mieux la tête et le coeur que le travail... Je vous écrirai l'histoire de mon jardin. [...] Je suis fort gai, fort content et fort tranquille ; et si j'avais mille bonnes pistoles de rente, il n'y a point de roi dont j'enviasse la couronne ...".
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A Mme de Duras, 29 mars 1810 :
" J'ai fait deux cent fois le tour de cette petite vallée que vous avez daigné visiter et j'aime tant mes arbres [...] que je ne puis les perdre de vue un moment. Quel dommage que ce plaisir soit si cher! Si j'étais riche, il est bien clair que mon rôle serait fini dans la vie, et que je deviendrais un gentleman farmer dans toute la force du mot.
* 8 ° texte : Mémoires d’Outre Tombe, Livre 1, chapitre 9.
Vallée-aux-Loups, novembre 1817. Dernières lignes écrites à la Vallée-aux-Loups.
Révélation sur le mystère de la vie.Revenu de Montboissier, voici les dernières lignes que je trace dans mon ermitage ; il le faut abandonner tout rempli des beaux adolescents qui déjà dans leurs rangs pressés cachaient et couronnaient leur père. Je ne verrai plus le magnolia qui promettait sa rose à la tombe de ma Floridienne, le pin de Jérusalem et le cèdre du Liban consacrés à la mémoire de Jérôme, le laurier de Grenade, le platane de la Grèce, le chêne de l'Armorique, au pied desquels je peignis Blanca, chantai Cymodocée, inventai Velléda. Ces arbres naquirent et crûrent avec mes rêveries ; elles en étaient les Hamadryades. Ils vont passer sous un autre empire : leur nouveau maître les aimera-t-il comme je les aimais ? Il les laissera dépérir, il les abattra peut-être : je ne dois rien conserver sur la terre. C'est en disant adieu aux bois d'Aulnay que je vais rappeler l'adieu que je dis autrefois aux bois de Combourg : tous mes jours sont des adieux.
Le programme entier du festival est sur le site de la manifestation. Il se déroule cette année jusqu'au samedi 23 juin. Plus de renseignements au Bureau du festival : 06 85 88 81 68

jeudi 3 mai 2012

Un concert de Boogie Woogie à Beuvron-sur-Auge digne du programme de la Roquebrou

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Cela fait seize ans que  Philippe David met à l'affiche les plus grands noms du Boogie Woogie qui à Beuvron-sur-Auge. Je ne connais pas (pas encore) ce genre musical dont pourtant je m'étais promis de rendre compte un jour. Je sais combien le public peut être fidèle aux artistes et je ne suis pas étonnée d'avoir vu une salle aussi enthousiaste samedi dernier aux Haras de Sens.

Avec encore des artistes internationaux comme la chanteuse et danseuse américaine Nicolle Rochelle, qui incarna Josephine Baker dans la comédie musicale de Jérôme Savary au Casino de Paris, et qui sera à l'affiche du 14ème Festival International de Boogie Woogie de La Roquebrou (15) du 9 au 12 août prochain. A moins de trente ans la jeune femme conjugue beaucoup de talents : la comédie, la danse, le chant. Avec en prime une simplicité exemplaire.

On dit que La Roquebrou est le plus grand festival au monde. Comment qualifier alors la soirée de Beuvron ?

D'accord, il n'y avait pas de piano à queue l'autre soir, Deauville ayant réquisitionné une quinzaine d'instruments. Mais, comme le dit Philippe David "le plateau était là" équipé de deux pianos droits qui devaient livrer un son identique, avec juste moins de confort pour les musiciens. Il est vrai qu'aucun ne s'est plaint, ni au cours du concert (Sylvan Szingg a même fait remarquer avec humour qu'il avait l'impression d'être projeté dans les années 30 quand les musiciens n'avaient pas mieux), ni après, backstage. Il faut y être pour le croire. Les relations sont désormais amicales entre la famille David et eux. Il arrive même que certains viennent "pour le plaisir", en vrais artistes qu'ils sont.
Pour ceux qui comme moi ne connaissaient pas le Boogie, je dirais en résumé qu'il s'agit d'une forme de blues rapide et plus rythmé que des pianistes noirs américains ont joué dès le début du XX°siècle. D'abord installés dans des campements ouvriers des états du sud, ils ont migré vers les villes du Nord. C'est leur accompagnement en ostinato longuement répété par la main gauche alors qu'ils improvisent de la main droite qui a donné le nom au genre musical.

Leur musique évoque le bruit des essieux (boogies) des trains roulant d'un rail à l'autre. Le rythme est naturellement entrainant, en une sorte de blues joyeux. Ajoutez à cela le caractère facétieux des musiciens qui montrent le plaisir qu'ils ont de jouer ensemble.

Samedi soir chacun des pianistes invités exécutait deux morceaux seul en scène puis le troisième avec l'artiste suivant occupant alors le second piano. Le concert se déroulait en quelque sorte en "tuilage" dans une harmonie heureuse. Si bien que quel que soit l'endroit où vous étiez assis il y avait un morceau où le pianiste jouait de dos et un autre face à vous.

Sylvan Szingg est arrivé le premier, accompagné de Nuno Alexandre à la contrebasse et de Valèrio Félicé à la batterie. Il s'est amusé avec un standard "classique". Ce fut Casse-Noisette de Tchaikovsky. 
Martin Schmitt et Anke Angel l'ont rejoint presque immédiatement. Ils ont alterné les rythmes endiablés avec des morceaux plus simples et plus lents.

Un blues, un "vrai" fut proposer pour le "rest", c'est-à-dire le repos avec Cow-cow boogie, chanté pour la première fois par Ella Fitzgerald. Martin Schmitt nous offrit une superbe résonance avec l'air bien connu de Tico Tico no Fuba.


Jelly Germain Ngono et son fils Osiris ont multiplié les numéros de claquettes, bientôt rejoints par Nicolle Rochelle et Camille Schmoeker, qui fut une des surprises de la soirée.

Une autre fut la participation de Robert Shumy et de son orchestre. Le guitariste autrichien avait effectué la veille un concert intime aux Trois damoiselles et avait décidé de rester en raison de la qualité de l'ambiance. Son harmoniqueur l'a accompagné avec une virtuosité et une connivence extrêmes. Lui-même n'a pas manqué d'humour en nous montrant ses boots argentées, en peau de serpent, qu'il m'a dit avoir déniché en Slovénie.
 La complicité entre les artistes était remarquable depuis les coulisses.
Il y eut aussi Antoine Daufresne, jeune pianiste de 14 ans qui inaugura la seconde partie du concert. Le garçon a déjà un excellent toucher et il fut très heureux de bénéficier des conseils de Julien Brunetaud jusque très tard dans la nuit. Ces deux-là ne semblent jamais ressentir la moindre fatigue. Et pourtant le boogie est un genre qui réclame de l'énergie.
Aucun doute qu'avec Antoine et Osiris la relève est déjà assurée.
L'Europe était largement représentée avec des musiciens venus d'Allemagne, de Hollande et de Suisse, mais aussi de France, avec Julien Brunetaud, sacré meilleur joueur de blues européen, pour la première fois ici à Beuvron. Egalement les Etats-Unis avec Nicolle Rochelle et Camille Schmoeker.
Le public ne s'y est pas trompé tant il y avait affluence autour des artistes pour demander des dédicaces à l'entr'acte. Même entre eux ils ont griffé des autographes.
Un énorme "boeuf" clôtura la soirée avec l'annonce du prochain rendez-vous à Beuvron, le 13 octobre. D'ici là La Roquebrou bien sûr, désigné comme étant l'AOC du boogie par Philippe Roelens, le créateur du festival de Marcq-en-Baroeul qui vous donne lui, rendez-vous la nuit du 17 novembre, au Théâtre Charcot.
Une autre bonne idée serait d'associer musique et gastronomie en prévoyant de venir en Normandie le premier week-end de mai 2013 pour dans la journée vous rendre au festival des AOC de Cambremer, tout proche, et le soir au concert de boogie-woogie à Beuvron.
Le site des Trois damoiselles et de ses chambres d'hôtes
Celui du Manoir de Sens tel 02 31 79 23 05
Et Marcq-en-Baroeul
Enfin pour suivre les chroniques publiées autour du festival des AOC sur A bride abattue taper "festival des AOC A bride abattue" sur Google
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