Affichage des articles dont le libellé est coup de coeur. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est coup de coeur. Afficher tous les articles

mercredi 23 avril 2014

Autres coups de coeur entendus à la radio

with 0 Comment
J'avais mis en ligne au début du mois l'émission du 26 mars.  La transformation des extraits audio en fichier video pour les inclure sur le blog a continué depuis de se faire progressivement.

La chaine A bride abattue se complète sur You tube.

Voici la dernière disponible

Pour information, vous pourrez ensuite lire la critique de Histoire naturelle de Nina Léger sur le blog. Elle a été publiée le jeudi 3 avril. Et le livre de Laure Naimski, En kit le  le jeudi 13 mars
J'avais vu l'exposition Nuit au Museum d'Histoire naturelle à son ouverture en février. Elle se poursuit jusqu'au 3 novembre 2014.
Je racontais ma visite du Parc zoologique de Paris dans un billet paru le 5 avril.
Quant au spectacle Fabrice Luchini et moi d'Olivier Sauton, je suis allée ensuite le voir le 16 avril.

J'espère que l'émission vous aura apporté un complément d'information et je vous remercie de me laisser vos avis, critiques et suggestions en commentaires ou à l'adresse mail abrideabattue@orange.fr

Grand merci à Thomas pour avoir transformé le fichier audio en vidéo et à Yves Chevalier qui m'ouvre le micro de "Théâtre sans Frontières", l'émission réalisée par Daniel Graisset. Le rendez-vous est bimensuel et il est programmé de 11 heures à midi, sur les ondes de Radio Fréquence Paris Plurielle sur 106, 3 FM.

vendredi 11 avril 2014

De toutes nos forces, un film de Nils Tavernier, analysé par le réalisateur

with 0 Comment
Six ans après Aurore, Nils Tavernier, réalise son 2ème long métrage de fiction, un film dramatique, qui a pour titre De toutes nos forces, avec Jacques Gamblin et Alexandra Lamy dans les rôles de Paul et Claire Amblard.

Ils forment un couple, parents de deux enfants, une fille et un garçon, Julien (Fabien Héraud) étant infirme moteur cérébral. Paul a du mal à affronter l'invalidité de son fils. Il va malgré tout un jour relever le défi qu'il lui a lancé : préparer ensemble le triathlon "Ironman" de Nice, une course appelée ainsi en référence au super-héros Marvel et à son armure 2.0 qui le fait voler jusqu'aux cieux. Pour cette épreuve, les concurrents sont amenés à parcourir 3,8 km à la nage, 180 km à vélo et 42,195 km en course à pied.
Comme tous les adolescents, Julien rêve d’aventures et de sensations fortes. Mais lorsqu’on vit dans un fauteuil roulant, ces rêves-là sont difficilement réalisables. Autour d’eux, c’est toute une famille qui va se reconstruire pour tenter d’aller au bout de cet incroyable exploit.
Très réussi, le film a remporté la Salamandre d'or du meilleur film au Festival de Sarlat 2013.

Nils Tavernier est venu ce soir à la rencontre des spectateurs du Rex de Chatenay-Malabry (92) avec toute l'épaisseur de son humour. Il s'avoue bavard (je confirme) et suffisamment bien dans ses baskets, après 48 présentations de son film, pour ne pas se vexer si le public veut sortir quelques minutes, voire même quitter définitivement la salle.

Un spectateur a souligné le constat que le cinéma s'était jusqu'à présent surtout focalisé sur la tétraplégie ou l'atteinte des membres inférieurs alors que la plus forte pathologie de l'enfant est l'IMC (Infirmité moteur cérébrale) avec 150 000 personnes touchées, ce qui explique l'émotion des parents concernés parmi les spectateurs. Il est heureux d'avoir encore ce soir la confirmation que le courage du personnage est contagieux. Il n'a cependant pas la prétention d'être représentatif du handicap mais d'une famille dont il avait envie de parler.

Le réalisateur convient aussi que la pathologie était inconnue de ses producteurs et que la recherche du comédien fut ardue. N'ayant pas trouvé la personne idéale après 6 mois de casting, il a demandé aux jeunes adultes handicapés de lui envoyer une video. C'est Fabien Héraud, un adolescent nantais, qui l'emporta avec un clip qu'il tourna sur une musique de dance-floor en cachette de sa famille. On le voyait évoluer en fauteuil jusqu'à ruiner littéralement la pelouse de l'établissement où il poursuit sa scolarité en bénéficiant d'une plateforme de soins intégrée. Le sourire de Fabien a été lui aussi déterminant.

Si l'acteur qui allait interpréter Julien devait être handicapé il fallait par contre deux fortes personnalités pour assurer le rôle des parents. Le choix de Jacques Gamblin a été facilité par ses compétences sportives (même s'il a du subir un entraînement intensif pour résister aux épreuves). Nils l'a également choisi pour son aptitude à pouvoir se mettre au rythme de l'autre. Enfin il connaissait le livre où il raconte sa propre histoire de rencontre avec son père par le biais d'un cross. "Entre courir et voler, il n'y a qu'un pas papa", publié en 2006 relate les retrouvailles du fils avec un père trop peu présent à la maison. Il fut donc facile à l'acteur de s'identifier à l'histoire d'un père et de son fils qui forgent un lien grâce au sport.

Nils ne connaissait pas Alexandra Lamy et l'a rencontrée pour tester sa qualité d'écoute. L'actrice est marraine d'une association en charge d'enfants souffrant de maladies orphelines. Elle avait suivi le quotidien de parents dont les enfants sont atteints de handicap dans le cadre du documentaire "Une vie de malade", diffusé en 2012 dans le cadre d'Envoyé spécial, un travail qui assure sa légitimité dans la distribution.

Un réalisateur qui combat les idées reçues

Il le fait avec détermination et intelligence. Depuis très longtemps, puisqu'il a réalisé beaucoup de documentaires sur l'enfance et l'exclusion, en premier lieu pour pulvériser ses propres a priori. depuis vingt-cinq ans qu'il travaille sur le handicap il a déjà réalisé cinq films traitant de ce sujet et il souhaiterait à l'avenir que cette particularité devienne moins visible ...

A quelqu'un qui lui demande alors s'il existe un lien entre lui et un certain Bertrand Tavernier il concédera qu'il est son fils en relançant du tac au tac "Et toi, ton papa, c'est qui ? ...", provoquant le rire dans le public.

Avant ce film, Nils Tavernier a passé huit mois à l'hôpital Necker pour suivre cinq familles au moment de l'annonce du diagnostic neurologique dans le cadre d'un documentaire. Il avoue avoir été fasciné par les parents, les enfants, leur force de vie ou parfois leur désespoir.

Parallèlement il est tombé sur une info concernant une famille dont l’enfant est infirme moteur cérébral, et qui sans avoir accès à la parole a réussi à convaincre son père de faire l’Ironman avec lui.

Qu'un père change d'avis sur son fils, qu'une mère accepte de laisser partir son enfant jusque là surprotégé, que des "grandes personnes" écoutent les enfants ... ce sont des lignes que Nils prend plaisir à faire tanguer.

En matière de handicap il enseigne qu'on peut trouver en soi la force d'aller au-delà. Ce n'est pas une maladie. Son message est de l'ordre de l'encouragement : allez-y, ça ne casse pas.

Il sait aussi combien le handicap peut encore aujourd'hui provoquer des freins. Il arrive que des spectateurs lui confient que le sujet est rébarbatif. Le plus beau compliment qu'on puisse lui faire après une projection est de lui dire qu'on a oublié le thème au profit de l'histoire.

Et c'est intentionnellement qu'il a choisi un acteur valide pour interpréter Yohan, l'ami de Julien (alors que tous ses camarades sont dans la vie porteur de handicap). Pablo Pauly est totalement crédible dans ce personnage où la différence est inversement celle qu'on croit.

Le cadre intimiste de la montagne

Avant de nous montrer les épreuves qui se sont déroulées à Nice, l'essentiel du film se passe en Haute-savoie. Le paysage de montagne est la métaphore parfaite du dépassement de soi, des rencontres difficiles, de l'intimité. On ne se dévoile pas de la même manière quand on parle dans une cuisine ou face à la mer. La maison fait ici figure de prison. Les plans y sont filmés avec des caméras fixes. Les personnages y sont enfermés, ce qui contraste avec l'immensité des grands espaces de montagne.

Un tournage difficile

Deux ans d'écriture ont été nécessaires pour aboutir au scénario et trois ans et demi se sont écoulés entre l'idée et la réalisation.

Nils Tavernier ne se plaint jamais mais il concède qu'il a bien été obligée de tenir compte des limites de Julien. Un temps de sieste lui était indispensable pour récupérer de la fatigue, surtout les premiers jours car il se donnait à fond. L'adolescent a été coaché pendant quatre mois pour apprendre à gérer ses émotions. Petit à petit il parvint à concentrer sa concentration sans s'épuiser.

Ajoutez à cela les craintes de rater une séquence à cause de la soudaine arrivée de nuages qui révéleront que le plan n'est pas "raccord" avec le précédent ou au contraire de la puissance soudaine du soleil.

Les choix de musique ont été compliqués. Il ont été faits de manière à ne pas verser dans le misérabilisme.

La première scène du plan de tournage fut le départ de la course,  ceci pour des raisons de calendrier.  Il est facilement imaginable combien elle fut difficile pour le jeune Fabien qui ne connaissait rien aux plateaux de cinéma. Commencer ce jour-là, avec 2800 athlètes, figurants "malgré eux", qui allaient se jeter dans la mer ... et qu'on ne pourrait pas rappeler pour une seconde prise, avait quelque chose d'oppressant. Il était 5 h 30 du matin. L'équipe de tournage était renforcée, composée de 180 personnes. Un hélicoptère assurait les prises de vues aériennes. Aucun droit à l'erreur.

C'est aussi avec cette scène que démarre le film. Elle installe le suspense tout en donnant une clé de résolution en nous montrant clairement que le père et le fils "vont le faire". Pour le spectateur qui ne sait encore rien de l'histoire ces premières images sont très fortes. On pense d'abord à un bord de mer installé dans le calme, avant la surprise d'un bruit qui prend de l'ampleur, à un possible rassemblement animalier, des manchots peut-être ... les plans éloignés révélant une immense tache noire et ondulante.

Le choc des galets alterne avec des temps de silence. Le frottement des combinaisons de caoutchouc est presque grinçant. La tension dramatique est construite autour d'une peur qui se lit sur les visages.  Le frappé de mains au-dessus des têtes entame un processus de conjuration. On reconnait les traits, familiers, de Jacques Gamblin avant un silence impressionnant qui précède un coup de feu.

On remonte alors un an en arrière pour retrouver Jacques dans une situation tout autant extrême, son métier étant alors d'entretenir ou de réparer des téléphériques inaccessibles par les voies naturelles. Le contraste est puissant entre ce père qui se déplace tous les jours en hélicoptère et le fils, cloué au sol sur son fauteuil.

Une communication limitée entre père et fils

Plus que le handicap, c'est le manque de conversation entre les deux qui fait souffrir l'un comme l'autre. Il faut comprendre que le père est en situation de handicap affectif, renforcé par les conditions d'exercice de son métier et la fragilité exacerbée par son licenciement soudain. Pour reprendre la métaphore de Baudelaire il devient l'albatros empêché de voler. Et ce n'est pas en se jetant à corps perdu dans des interventions auprès des pompiers bénévoles qu'il va reconquérir son estime de soi, ni gagner la fierté de son fils.

Il repousse toujours à demain une conversation avec le fils comme avec sa femme. Il s'exprime très peu, essentiellement à travers des regards, ce qui est finalement assez masculin. Claire finit par lui  lancer cette injonction très juste : Ton fils a besoin d'un père. Pense à lui avant de sauver le monde !

A l'inverse la connivence qui s'est installée entre la soeur et le frère est magnifique. Leur lien est éclatant pendant la scène de l'anniversaire. La jeune femme valorise le garçon et rassure du même coup les parents.

L'inversion des rôles

Passé l'instant euphorique de l'acceptation de la compétition de nouvelles épreuves les attendent. La mère exprimera ses angoisses et cherchera à les dissuader. L'inscription sera difficile à obtenir. L'entrainement ne sera pas de tout repos. Puis viendra le moment tant attendu du départ.

La force du film est de ne pas masquer les difficultés physiques de chacun des participants. Jusqu'à l'effondrement de Paul qui provoquera un renversement de situation. C'est dans les ressources du fils que le père puisera l'ultime ressaut.

Et c'est le fils qui permettra aussi une nouvelle rencontre entre le père et la mère, redevenus mari et femme.

Dire je t'aime en allant au bout de soi-même

C'est bien là le message du film et qui pourrait concerner tout un chacun. Si Fabien s'y est révélé comme acteur (sa métamorphose est visible au fur et à mesure des plans) l'adolescent sait néanmoins que le tournage fut une parenthèse.. il vient de décrocher son permis de conduire. il veut passer son Bac et travailler dans la communication.

Son aptitude à positiver est gigantesque. Il est rayonnant depuis la fin de tournage et n'a pas vécu un blues par contrecoup Au contraire. Il apprécie les honneurs que lui valent les projections lorsqu'il y participe. il a même reçu un prix d'interprétation au festival de Mons, en Belgique, ce qui est très rare pour un premier film.

Enfin Julien partage avec Nils un humour teinté de second degré. Le réalisateur rapporte une anecdote vécue au festival des Arcs où un photographe ayant oublié à leurs pieds sa sacoche de matériel est revenu la prendre en disant cette phrase que nous invoquons sans réfléchir aux conséquences : quand on n'a pas de tête faut avoir des jambes ... Julien de répondre: Et moi je fais comment ?

En tout cas il "l'a fait" ... et la performance est un succès qui place De toutes nos forces parmi les films qui comptent, comme l'est aussi un autre que j'avais beaucoup apprécié, même si son scénario est plus romancé. Il s'agit de La ligne droite de Régis Wargnier autour du duo sportif entre Rachida Brackni (qui fut elle-même une athlète) et un sprinteur non-voyant inspiré par le médaillé paralympique Aladji Ba.

A signaler que si nous n'avons pas pu voir le film en audio description (parce que la salle du Rex n'est pas encore équipée, ce qui ne saurait tarder) il existe bien sous cette version.




lundi 7 avril 2014

Mes coups de coeur sur Radio Fréquence Paris Plurielle, émission du 26 mars 2014

with 0 Comment
Yves Chevalier anime une émission de radio intitulée "Théâtre sans Frontières" depuis plus de quatre ans, et qui est réalisée par Daniel Graisset. Le rendez-vous est bimensuel et il est programmé de 11 heures à midi, sur les ondes de Radio Fréquence Paris Plurielle qui, sur 106, 3 FM, se trouve être une des radios libres historiques.

Depuis quelques semaines Yves a la gentillesse de m'inviter régulièrement pour que je donne quelques-uns de mes coups de coeur (tous ce serait impossible) au cours du dernier quart d'heure de son émission.

Je ne prétends pas être au point en la matière. Je suis très consciente des progrès à faire. Et quand ma voix est altérée par la pollution atmosphérique la prestation n'est pas très honorable.

J'ai décidé néanmoins de partager avec vous l'avant-dernière émission, ne serait-ce que parce que les romans dont il est question méritent bien ce petit coup de pouce.

Pour information, vous pourrez ensuite lire la critique de En kit de Laure Naimski sur le blog. Elle a été publiée le jeudi 13 mars.
Celle de Parler seul d'Andres Neuman avait été publiée le 11 mars.
Et celle d'Une collection de trésors minuscules de Caroline Vermalle le 27 mars.
Quant au spectacle FoResT de la Compagnie Jérome Thomas, il sera en tournée jusqu'en 2015. L'article a été publié le 15 mars.

J'espère que l'émission vous aura apporté un complément d'information et je vous remercie de me laisser vos avis, critiques et suggestions en commentaires ou à l'adresse mail abrideabattue@orange.fr

Grand merci à Thomas pour avoir transformé le fichier audio en vidéo pour le rendre intégrable sur Blogger.

samedi 5 avril 2014

Visite du Parc zoologique de Paris une semaine avant la réouverture

with 0 Comment
En faisant peau neuve, le zoo de Vincennes est devenu le Parc zoologique de Paris. Si l'architecte a conservé les rochers parce que le public estimait leur démolition sacrilège, la nouvelle version ne ressemble quasiment plus à l'ancienne. Je n'ai reconnu que la volière des vautours et la piscine des loutres... 

Et encore ... car l'eau tourbillonnait à vide. Les loutres n'étaient pas encore revenues. Il faut dire que depuis trois ans il a fallu trouver aux animaux des lieux d'accueil pendant que les travaux de rénovation, voire de reconstruction, se succédaient dans ce qui fut un chantier considérable.

Et il faut maintenant les faire revenir, et les laisser s'habituer à leur nouvel environnement, lequel n'est pas encore tout à fait achevé.

Nous étions près de 12 000 privilégiés à découvrir aujourd'hui le Parc une semaine avant sa réouverture officielle. L'entrée est très surprenante. L'aspect minéral étonne. Mais ce qui a failli désespérer les enfants ce fut ... curieusement ... l'absence des animaux.

On commence par le bassin des otaries. Vide. Cela donne l'occasion de faire de surprenantes photos.
Tout au long de la visite, une fois sur deux on découvrira un panneau annonçant que bientôt ... il y aura ici ...
En attendant des canards col vert on ne peut plus classiques ont élu domicile sur le bassin qui devient un squat inattendu.
On poursuit en direction de la savane où le rhinocéros n'est pas encore arrivé.
Et comme les allées sont longues, les zones vastes, on parcourt des dizaines de mètres sans apercevoir le moindre poil ou la plus petite plume à l'horizon. C'est très déroutant. Mais d'une part les animaux vont revenir. Et d'autre part le public va comprendre que ce Parc est d'une autre facture que les zoos qu'ils ont eu l'habitude de visiter jusque là.
Ici c'est le qualitatif qui prime et non la quantité. Par exemple, les zèbres ne sont que trois et ils disposent de plusieurs zones d'évolution.
Les clô tures électriques ont des allures de buissons.
On croit qu'il n'y a pas de lion et pourtant il scrute au loin l'horizon dans la position de celui de Denfert-Rochereau. Le bien-être des animaux est une priorité. Les girafes sont nourries plusieurs fois par jour. Des brumisateurs ont été installés pour rafraichir les manchots de Humbolt qui, à terme constitueront une communauté de 40 individus.
Les visiteurs ne sont pas en reste. Les panneaux explicatifs sont très didactiques.
Des kiosques d'exploration offrent des contenus complémentaires à la sortie de chaque biozone. D'immenses surfaces vitrées permettent d'observer les animaux comme s'ils étaient à portée de main. En plus cela doit atténuer un peu le son.
On assiste à des scènes surréalistes, comme avec les babouins de Guinée qui sont davantage observateurs des visiteurs que ne le sont les être humains. Le seul souci de ces vitres, pour le moment, c'est que les oiseaux qui ont été lâchés dans la serre tropicale ne les connaissent pas encore. De vilains scotchs ont été collés dessus pour qu'ils ne se blessent pas.
D'ici une semaine ils seront inutiles. Pour le moment cela fait un peu "désordre" mais c'est pour la bonne cause.
Cette serre tropicale remplacera sûrement le rocher dans la symbolique du lieu. Température et degré d'hygrométrie ont été calculés pour convenir aux animaux et aux plantes endémiques. Le choix des animaux a été là encore très réfléchi. Par exemple avec un caméléon, un paresseux ou un lamentin de 600 kilos.
La surprise est venue de deux espèces que je croyais connaitre, les loups et les girafes. En se trouvant à 14 h 45 devant la vitre principale de l'enclos de la meute on peut assister à leur repas. Ne vous imaginez pas que les soigneurs entrent dans l'enclos avec un seau plein de viande et qu'ils distribuent les morceaux à de gentilles bêtes qui leur lécheront les mains de reconnaissance. Cela ne se passe pas comme çà et on comprend vite pourquoi.

Les loups sont attirés dans une sorte d'immense cage pour laisser le champ libre aux soigneurs qui déposent des quarts de poulet ici et là, sur une pierre, une autre, en accroche un en haut d'un arbre. Cela dure un moment et le public se demande à quoi ça rime de procéder ainsi.
Les soigneurs disparaissent. Quelques secondes plus tard c'est la ruée. On assiste en direct à la voracité des loups, babines retroussées, museau en l'air pour évaluer à quelle distance se trouve la viande et ne ratant pas un seul quartier. Tout va très vite. Le repas est expédié au galop.
Avec les girafes on bascule dans un monde de lenteur et de douceur. Celles-ci vivent ensemble depuis tant de temps qu'il n'aurait pas été raisonnable de les séparer. Aucun zoo au monde n'avait la capacité de toutes les accueillir et puis le transport de bêtes de près de 6 mètres de hauteur n'est pas une mince affaire. Zarafa, la première girafe à entrer sur le sol français a d'ailleurs du faire 880 kilomètres à pied car, en 1826, il n'y avait pas encore de véhicule approprié.
La girafe a deux cordes vocales mais elle ne s'en sert qu'en situation de stress intense, pour crier un peu comme le ferait un boeuf. En temps normal elle communique avec leurs congénères en frottant leur cou. Il faut savoir que ce mode de fonctionnement lui vaut d'être la métaphore de la communication non-violente.
Les girafes du Parc sont très choyées. On leur fait faire des exercices pour les habituer à accepter du matériel chirurgical, au cas où.
Et la structure hospitalière est elle aussi à découvert avec une baie de vision pour que le public ait conscience de tout ce qu'implique la vie dans un zoo. Bientôt elles cotoiront des autruches et des oryx algazelles.
L'une d'elles a commencé sous nos yeux à faire connaissance.
Comme elles ne sortent pas si la température extérieure est inférieure à 12° elles ont un espace à leur taille en intérieur. Les visiteurs peuvent les observer à travers la vitre en se trouvant à hauteur de leur tête. C'est une belle émotion que de pouvoir regarder une girafe dans les yeux. 
Je me souviens du doyen des éléphants cassant des baguettes de pain d'un coup de pied pour "amuser la galerie". Il est mort à l'âge de 42 ans et c'est en souvenir de lui que le restaurant du Parc porte son nom, Siam. Il ne devrait plus y avoir d'éléphants ici, pas plus que des ours, des chèvres et autres animaux que l'on connait bien.
Par contre on découvrira le plus petit des cervidés, Pudu des Andes, 40 centimètres au garrot.
Et le propithèque couronné, originaire de la forêt sèche de Madagascar qui est une espèce très menacée. Avec beaucoup d'espoir du coté du Parc où la première naissance en captivité a eu lieu en 1995.
Je sais que je retournerai avec plaisir dans quelques semaines dans un Parc plus complet. Il n'empêche que j'ai malgré tout passé plusieurs heures à le découvrir. L'espace est immense et il y a déjà beaucoup à voir.
Vu du boulevard c'est toujours le rocher qui domine, faisant oublier la vision si différente que nous avons à quelques mètres de là.

Parc Zoologique de Paris ... à partir du samedi 12 avril 2014
Entrée à l'angle de l'avenue Daumesnil et de la Route de Ceinture du lac Daumesnil - 75012 Paris
01 40 79 31 25
De mi-mars à mi-octobre de 10 h à 18 h en semaine, de 9 h 30 à 19 h 30 les week-ends, jours fériés et vacances scolaires (toutes zones)
De mi-octobre à mi-mars de 10 h à 17 h

jeudi 3 avril 2014

Histoire naturelle, premier roman de Nina Leger chez JC Lattès

with 2 comments
J'ai reçu Histoire naturelle par la Poste, alors que je ne l'avais pas demandé. Je l'ai aussitôt ouvert et j'ai tout de suite su que j'allais modifier mon emploi du temps de la soirée pour en poursuivre la lecture. C'est donc sans surprise que je viens d'apprendre que le service des manuscrits de Jean Claude Lattès avait répondu positivement à Nina Leger dans les quinze jours. C'est assez rare de rentrer comme ça dans le monde de l'édition. Et d'autant plus qu'une autre maison, prestigieuse, lui a donné elle aussi son accord ... mais un tout petit peu plus tard, alors qu'elle avait déjà signé.

Son roman est très bien construit. L'écriture reflète la maturité des âmes bien nées. J'ai du vérifier par deux fois les indications biographiques de l'auteure, ne parvenant pas à me souvenir qu'elle était si jeune. J'ai eu envie d'avoir un entretien avec elle pour prolonger cette découverte. Il se trouve que ce fut sa première interview. Vous ne risquez donc pas de trouver ailleurs ce que vous allez lire à son propos.

Une fois franchie la première étape, les choses ont suivi un cours plus lent. Nina a patienté presque exactement un an avant d'avoir le texte entre les mains sous sa forme définitive de livre. Il est en librairie depuis le 5 mars et elle laisse faire les choses, sans interroger son éditrice sur les ventes, n'ayant d'ailleurs aucune idée de ce que serait un "bon" chiffre.

Un huis clos dans une bibliothèque ...

L'histoire se déroule dans une petite ville de province, qu'on désignera sous le nom de Saint-Mares, au sein d'une bibliothèque, mais cela aurait pu être dans n'importe quel autre "thèque", pourvu que ce soit un endroit spécialisé dans la conservation, avec des bureaux en sous-sol, où deux femmes se feraient face, dans un espace public qui est un lieu de silence.
Nina Leger connait bien l'univers des bibliothèques. En tant que chercheur. Elle termine une thèse en histoire de l'art sur l'utilisation de la perspective linéaire par des artistes conceptuels américains des années 70 comme Sol LeWitt dont j'ai vu des oeuvres à l'Espace culturel Vuitton et au Silo de Marines.
Les bibliothécaires risquent d'être heurtées par les premières pages, découvrant une image peu flatteuse  de la profession. Accueillir et conseiller un chercheur n'est pas la même chose qu'accueillir et conseiller la fille du postier qui vient pour la 3ème fois emprunter l'intégrale de Mimi Cracra. (p.14)

Alors, forcément, quand le maire lègue les enregistrements de mugissements d'animaux qu'il a faits dans les savanes africaines, et sachant qu'il existe au moins trente sept verbes pour caractériser les cris de ces bêtes (p. 16), sans parler du bruit de leur déglutition ou de leurs déplacements, le directeur se voit dans l'obligation de recruter une personne compétente puisque c'est à peine si son équipe connait la différence entre faune et flore.

Il activa la tuyauterie de son réseau, et après deux mois de siphonnage, la plomberie bureaucratique crachota une réponse. C'est là que les choses ont mal tourné. La réponse s'appelait Mlle Valleski.

La recrue "avance", abonde en bonne volonté, complimente astucieusement, mais sans parvenir à cacher un tempérament qu'on nous dit être celui d'une séductrice (p. 51, mais si elle n'était "que" séduisante ... ?) et qui perturbera gravement la vie de la narratrice qui se vit comme l'oryctérone de ces lieux en paisible hibernation depuis trois ans (p. 31) exaltant une jalousie paroxystique.

... qui devient un huis-clos entre la narratrice et le lecteur

Carole Valleski est-elle ce qu'on appelle une séductrice ou la narratrice l'en accuse-t-elle parce qu'elle est imbibée de jalousie par suite d'un déficit d'estime de soi (à moins que ce ne soit un trop plein de bouffée narcissique) ? La jalousie mise en scène par Nina Leger n'est pas celle du dictionnaire. C'est une sorte de synthèse de l'opposition entre désir et haine.

La structure paranoïaque pathologique de la narratrice est favorable et l'arrivée de cette collègue sera l'élément déclencheur. Le lecteur, et c'est intentionnel de la part de l'auteur, éprouvera longtemps de la compassion pour elle. Jusqu'à la page 111 où elle refusera le plaisir qu'un texte qu'elle a écrit a été préféré à celui de celle qu'elle nous montre comme sa rivale : je me sens trahie. J'avais prévu ma défaite.

Quelques pages auparavant le lecteur commençait à douter : et si toute cette histoire n'était que pur fantasme ? Cette Carole Valleski n'existe peut-être pas. Ou, si elle existe, peut-être n'est-elle pas celle qu'on nous montre. Un retournement est envisageable. Cette manière d'écrire est proche de celle qu'on adopte quand on est spécialisé dans les nouvelles (ce qui était le cas pour Nina Leger jusque là).

L'auteur prépare le lecteur au détachement : je n'ai personne avec qui m'étendre sur le confortable matelas de mon malheur (...) enragée perpétuelle; j'échafaude des vengeances pour des affronts que je n'ai pas reçus (...) trouvant là une jouissance d'orycterope (...) de bête aveugle. (p. 71)

Valmont au féminin

On pense à la construction du rapport amoureux tel qu'il est architecturé dans les Liaisons dangereuses. Et c'est sans surprise que la citation de ce livre apparait page 109. La narratrice s'avérera être une redoutable manipulatrice, sorte de Valmont au féminin provoquant la perte d'une Carole Vallesky-Cécile de Volanges. Nous ne sommes plus dupes de sa plainte, en tant que Mme de Clèves se retirant au couvent et s'y portant comme un charme (p. 50).

Et quand elle a causé sa chute (à ce moment là au second degré p. 143) elle veut nous faire croire que plutôt que d'emprunter la deux fois quatre voies de la réjouissance, ses sentiments se déroutent vers des sentiers saugrenus (...) elle s'apitoie, compatit.

Une histoire naturelle est un roman qui parle de rivalité, instauré par un rapport de dévoration. La narratrice dévore les compétences de l'autre pour devenir la même personne. C'est une histoire de doubles en miroir. C'est aussi un livre qui traite de la paranoïa.

Un sens de la métaphore et des formules qui font mouche

Il est rare de trouver dans un même roman autant de pépites comme
- J'y pense et j'y arrière-pense (p. 57)
- Le directeur du MNHN ...LZBA ...UR310 (...) le gratin des acronymes (p. 63)
- Elle est le titre et moi l'équivalent humain d'une note en bas de page, illisible, cantonnée dans un quasi-hors-champ, en corps 7 (p. 78)
- Imaginez cela et voyez ceci (p. 167)

On peut ajouter des références culturelles précises et nombreuses. A l'Angélique d'Ingres, attachée par les poignets à un rocher, sans savoir parce qu'on se situe encore au début du roman, si ce choix marque une tendance sadique ou masochiste. Le titre de l'oeuvre à lui seul mériterait qu'on s'attarde.
A la double photographie d'Helmut newton, Sie Kommen (Naked and Dressed), Paris, 1981 (p. 193) qui justifie la fin du roman.

L'un ou l'autre aurait pu être conçu comme marque-pages.

Le vernis craque. Celui qui polit les ongles comme celui de la société bienpensante, et pourtant ô combien médisante, d'un vase-clos provincial.

Cinq ans, dix ans ont passé

Je me suis interrogée sur l'avenir de la jeune femme. Son changement de vie professionnelle lui aura-t-il permis de s'apaiser ? Le drame qui nous a été donné à voir n'est-il qu'un épisode ? Aura-t-elle au contraire  fait de nouvelles victimes ?

Nina Leger préfère ne pas imaginer ... n'étant pas favorable à la résolution de l'énigme.

Il me vient une idée ... Elle est appelée dans une médiathèque de province pour traiter un fonds assez particulier pour lequel sa compétence est sollicitée. A son arrivée on lui présente une jeune femme qui va être sa collègue. Les ongles crissent. Elle se sent importante. Les ongles brillent, rouges, bombés. (...) Assise de l'autre côté du bureau, sa nouvelle collègue s'éternise à l'engloutir des yeux.

Histoire naturelle, Nina Leger chez JC Lattès, en librairie depuis le 5 mars 2014

jeudi 13 mars 2014

En kit de Laure Naimski, chez Belfond

with 0 Comment
Le jour où j’écrirai un livre j’aimerais qu’il dégage cette même drôlerie acide un peu décalée, mi-figue mi raisin, que Laure Naimski a réussi à insuffler entre les pages de son premier roman.

Parviendrais-je aussi bien qu’elle à conjuguer la mélancolie avec l’ironie en respectant une certaine quotité de nostalgie ?

Je ne saurais dire si je me laisserais aller à priver mes lecteurs de la happy-end qu’ils sont en droit d’espérer ? Je préfère ne pas trop creuser.

La ruse consistant à travestir les noms de chaque personnage, sous prétexte de leur éviter d’éventuels ennuis avec la police, ou des représailles familiales et ne révéler que les identités de ceux qui sont morts, ne prend pas avec moi. Il est clair que la jeune femme a tendance (aussi) à la mythomanie. Ainsi on ne saura jamais quelle profession elle exerçait avant le naufrage d’un chalutier qui entraina le sien (p. 118). C’était couru d’avance qu’elle finirait par se prendre les abattis dans le filet et qu’en fait de pêche miraculeuse ce serait un lot de calamités qui lui dégoulinerait dessus, les pieds ancrés sur le parquet de son salon.

Les modèles positifs ne lui manquent pourtant pas, entre Elisabeth, sa conseillère Pôle Emploi, sa mère, dont la patience serait capable d’exaspérer le plus équilibré des lamas tibétains (p. 81) et même sa cousine Aldegonde, qui boit son thé à la paille pour que ses dents ne jaunissent pas et fume des cigarettes électroniques pour éviter d’attraper un cancer du poumon. Hélène Kerrenec a beau fanfaronner, je ne suis pas sûre qu’elle en prenne de la graine (p.132).

Habituellement prolixe en détails, elle n’explique pas la parabole du chausson aux pommes et du sablé au citron, (p. 120) préférant nous laisser sur notre faim, ce qui m’autorise à supputer que cette masochiste a jusque là sacrément bien masqué son jeu de sadique.

Retenez-vous de la plaindre dès la deuxième page. C’est une petite nature fragile comme un roseau qui, c’est bien connu, plie mais ne se brise pas. Elle ne manque pas de ressources quitte à piocher dans celles de sa voisine. Je ne suis pas aussi maligne qu’elle pour dérouter les pigeons des rebords de mes fenêtres. Merci du conseil : un pistolet à eau, c’est simple et écologique mais il fallait y penser.

Elle m’a surprise aussi par ses réflexions sociétales rudement pertinentes comme celle-ci, piochée au hasard : Au fond je me demande si chercher l’amour ce n’est pas comme chercher du boulot. Mieux vaut déjà en avoir un et vouloir simplement en changer. Ça vous rend plus crédible. (p. 137)

En matière d’amour elle analyse, non pas ce que cet état lui apporte, mais ce qu’il soustrait, en l’occurrence les tensions et les angoisses. En partant, le dénommé Samuel a laissé la porte ouverte à la peur et ce n’est pas en multipliant les TS qu’Hélène gagnera ad vitam aeternam la compassion des pompiers qui pourraient avoir des urgences plus pressantes, sauf si par malchance elle venait à louper sa nième tentative qui, du coup, risquerait de devenir un suicide réussi.

En fin de compte les victimes se multiplient plutôt dans son entourage immédiat, sans que j’aille jusqu’à affirmer qu’elle porte la poisse.

On peut légitimement se demander ce qu’il y a de commun entre l’auteur et cette Hélène, énergique et imaginative, vautrée dans l’indécision, établissant des liens de cause à effet, et souvent l’inverse, entre des faits qui n’ont rien à voir entre eux, même si elle sait pertinemment qu’on ne peut pas tout expliquer.

Le Salon du Livre de Paris ouvrira au public le vendredi 21 mars. J’ai la chance d’y être invitée jeudi, le soir de l’inauguration, et je compte bien éclaircir toute cette affaire en soumettant Laure Naimski à un interrogatoire en bonne et due forme. En espérant qu’elle ne se dérobe pas à ses obligations, parce que lorsqu’on signe un premier roman de cette carrure on se doit de faire face.

Tant qu’à faire j’aimerais lui dire en face à face combien ce livre m’a littéralement fait pleurer de rire et la rassurer sur le sérieux de ma lecture malgré des apparences trompeuses, j’en conviens et je lui en demande pardon. Rien que pour ses phrases assassines (et méritées) à l’encontre de la faculté de Tolbiac, véritable métaphore du blocage de l’ascenseur social.

En kit de Laure Naimski, chez Belfond, sorti en librairie le 13 février 2014

*

*           *
Je dispose de quelques invitations pour ce Salon du Livre où j’imagine que vous seriez heureux de vous rendre puisque la lecture de cet article témoigne de votre intérêt pour les auteurs vivants.

Je choisirai 3 personnes parmi les commentaires qui seront déposés sous cette annonce et qui m'auront le plus touchée. Ecrivez moi ce qui vous plait dans les critiques que je fais et ce qui vous déplait, si mes avis vous influencent vraiment et comment. Vous avez entière liberté. Dites moi aussi ce que vous aimeriez trouver sur le blog dans le domaine des livres et qui vous manque. Soyez imaginatif.

Je choisirai 2 autres personnes parmi ceux qui m'ont envoyé ces derniers mois des messages directement sur abrideabattue@orange.fr

Ne laissez pas vos coordonnées personnelles. Par contre copiez votre commentaire et envoyez le à l'adresse abrideabattue@orange.fr avec vos nom, prénom et adresse pour que je puisse vous faire parvenir l'invitation si vous avez gagné.

Ne tardez pas : le Salon ouvre au public le 21 mars.

Une dernière chose : évidemment j'apprécierais que vous fassiez monter le nombre de mentions J'aime de la page Facebook de A bride abattue

mardi 11 mars 2014

Parler seul d' Andrès Neuman chez Buchet Chastel

with 0 Comment
Une fois n'est pas coutume, le titre français, Parler seul, est totalement fidèle à l'oeuvre originale d'Andrès Neuman.

L'auteur est considéré comme l'un des 22 meilleurs jeunes auteurs de langue espagnole. Il a remporté plusieurs prix littéraires et son blog, Microrréplicas, s'est distingué comme l'un des meilleurs blogs littéraires en espagnol.

Malheureusement, je ne maitrise absolument pas cette langue et je devrai me satisfaire de la traduction d'Alexandra Carrascos pour découvrir Parler seul.

Cette lecture m'a bouleversée. Parce que le sujet est traité avec beaucoup de finesse. Et surtout parce que le mode opératoire équivaut à nous offrir trois récits vraiment différents.

Andrés Neuman nous place alternativement dans le cerveau de  trois personnes. Mario, dont les jours sont définitivement comptés et qui s'efforce de vivre le moins mal possible l'espace temps qui le sépare de sa mort. Lito, son petit poulpe d'une dizaine d'années, qui ne se doute pas vraiment de ce qui se trame. Elena, l'épouse sentinelle qui prend sur elle pour assumer la réalité mais dont la recherche de réconfort fera feu de tout bois.
Parler seul nous plonge avec délicatesse dans la tête de ces personnages et nous dévoile trois intimités en proie à la perte, au désir, et à l’incroyable force de vie qui chacun nous anime.Trois voix, trois voyages : le premier de Lito, le dernier de son père. Et celui, intérieur, torturé et violemment érotique d’Elena. Alors que l’enfant pense, que la mère écrit et que le père dit, tous parlent seuls.
En interrogeant l'espace de la vérité et la place du mensonge, Andrés Neuman pèse le bien et le mal de multiples formes d'amour.

Il rend aussi hommage à la littérature et à l'aide que les livres peuvent apporter à leurs lecteurs. J'avais abordé cet aspect dans la chronique que j'avais faite de J'ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates. Elena exprime parfaitement cela : la lecture me calme les nerfs. Faux. Elle ne me les calme pas. Elle les oriente différemment (p. 21). Les livres me parlent davantage qu'on ne se parle, lui et moi (p. 89). Quand un livre me dit ce que je voulais dire, je me sens le droit de m'approprier ses mots, comme si un jour ils m'avaient appartenu et que je venais de les récupérer (p.122).

Mario constate : On pensait qu'on avait largement le temps et brusquement (...) on n'en a plus, de temps. (p. 34) Mario analyse : Je ne sais pas pourquoi on apprend à nos enfants à faire comme nous alors qu'on sait qu'on n'est pas heureux, je te jure parfois, ça me.

Une des forces de l'écriture de l'auteur est d'avoir un style très écrit qui englobe une forme parlée de la pensée. Quand d'autres auraient ponctué le "ça me" d'un point d'exclamation ou de points de suspension il taille dans le vif en posant un point final.

Lorsqu'il nous livre les messages du jeune garçon il nous les restitue bruts de décoffrage, sans virgules, dans leur orthographe approximative.

Chacun a de bonnes raisons de parler seul. Quand on croit comme Lito qu'il suffit de penser très fort quelque chose pour l'obtenir, comme une montre Lewis Valentini, il n'est pas utile de formuler sa demande à voix haute. Quand on ne peut pas raconter ce qui se passe comme Mario, et qu'il est devenu urgent de fabriquer des (beaux) souvenirs à son enfant. Quand on a le sentiment que personne ne vous écoute comme Elena : la prudence des médecins m'exaspère. Parler avec eux c'est comme quand on téléphone avec un portable et que tout à coup il n'y a plus de réseau (p. 20).

Alors on pense seul, on parle seul, on écrit seule : Je file t'écrire. Tu n'auras pas à te plaindre. Même t'oublier me rappelle à toi (...) Je te pense en me parlant (p. 165).

Car une des forces du livre est de démontrer que si chacun ressent les choses à sa manière, sans échanger des paroles sonnantes et trébuchantes, il n'en est pas moins certain que les sentiments, eux, circulent et nourrissent les relations.

Il faudrait pouvoir entendre beaucoup de ces paroles. Comme celle, rapportée, du médecin Ezequiel qui a tout de même une manière très particulière de concevoir l'accompagnement de ses patients mais qui a une philosophie de vie très juste : si aujourd'hui vous n'êtes pas dans le présent, vous ne saurez pas être dans le futur demain (p. 88).

La venue d'Andrés Neuman est annoncée sur toute la durée du Salon du Livre de Paris du 20 au 22 mars 2014.

Parler seul d'Andrès Neuman chez Buchet Chastel, traduit de l'espagnol (argentin) par Alexandra Carrascos, sortie en librairie le 6 mars 2014
Hebergeur d'imageHebergeur d'imageHebergeur d'imageHebergeur d'image

Abonnés