Affichage des articles dont le libellé est marionnettes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est marionnettes. Afficher tous les articles

dimanche 5 janvier 2014

L'Avare, d'après Molière par la Cie Tàbola Rassa au Théâtre de Belleville

with 0 Comment
Il y a en ce moment deux spectacles "d'après ..." au Théâtre de Belleville. Sans rapport entre eux. C'est ce qu'on appelle un hasard de la programmation.

Le premier, d'après Feydeau, qui en fait est donné en seconde partie de soirée. Je vous ai dis ce que j'en pensais le 2 janvier. Et puis l'Avare, d'après Molière qui est joué en début de soirée, à 19 heures. Honnêtement j'étais venue pour Feydeau mais étant arrivée avec beaucoup d'avance (volontairement) j'ai pu voir cet Avare auquel je n'aurais pas pensé spontanément.

Vous non plus peut-être. Nous avons alors des torts partagés. Car cet Avare est tout bonnement formidable. Et on peut le voir à tout âge, enfin presque ... les auteurs recommandent un minimum de 8 ans mais il y avait ce soir des enfants de 6 ans qui ont passé un très bon moment.

On se régale davantage quand on connait la version classique mais quoiqu'il en soit il est si inventif et si merveilleusement mis en voix qu'il s'adresse à tous les publics, quel que soit l'âge et le niveau culturel, ... et même la langue puisque le spectacle existe aussi en version anglaise, catalane et espagnole. Un tel bijou devrait faire le bonheur des programmateurs.

Vous êtes assurés d'une soirée vraiment surprenante. Olivier Benoit (à gauche sur la photo) et Jean-Baptiste Fontanarosa (à droite) ne pensent pas que le secret doive être gardé sur la nature des objets qu'ils manipulent comme des marionnettes. Quand on ne sait rien la découverte est saisissante et on y regarde à deux fois avant de le croire. Quoiqu'il en soit puisque j'ai le droit de vous le dire je le fais : nous sommes dans l'univers de la plomberie.
Valère, Elise, Mariane, Cléante, valais, laquais, servante, et comme il se doit Harpagon, ont tous une bobine de robinet. L'idée n'est pas si farfelue qu'on pourrait le croire : étymologiquement le mot robinet viendrait des motifs de têtes de moutons qui ornaient les premiers robinets et fontaines. Quant au sujet de la pièce, il existe pléthore d'expressions qui appartiennent au lexique de l'eau : l'argent liquide, qui coule à flots, fermer les robinets (faire des économies) ou au contraire être à sec, voire même complètement essoré, ... nous avons tous employé de telles métaphores qui dépasse l'univers financier. On peut prendre l'eau, déborder d'affection, avoir la pulsion de désouder un ennemi, oser se déboulonner

Enfin l'eau est déjà une denrée précieuse qui malheureusement se raréfie au même titre que l'or ou le pétrole.

La première prouesse consiste à avoir trouvé la tête de l'emploi à chaque personnage en débusquant quel robinet serait le plus adéquat parmi les deux ou trois têtes, col de cygne, en cul de lampe, à trois-clés, avec ou sans mélangeur, en inox, plomb ou cuivre. C'est typiquement du théâtre d'objets.

La seconde fut d'adapter le texte en en respectant la trame. Très franchement cela coule de source ! Et le spectateur ne perd pas une goutte de ces échanges. je vais néanmoins vous donner un tuyau : évitez les deux premiers rangs si vous ne cherchez pas à vous faire rafraichir.
Olivier Benoit et Jean-Baptiste Fontanarosa sont des acteurs exceptionnels. Ils manipulent marionnettes et accessoires avec beaucoup de dextérité. On s'interroge au début de la pièce sur l'échelle des personnages, pensant un instant que les marionnettes sont de taille humaine lorsqu'ils se débattent sous un drap alors qu'on croit apercevoir uniquement le visage des comédiens.

On découvre ensuite leur véritable taille. Et c'est encore plus magique.

Le travail des voix est prodigieux. Et ce n'est pas nécessairement le manipulateur qui parle. Si bien que tous les rôles sont tenus et qu'on oublie qu'ils ne sont que deux. Bruits de bouche, cris de coq, aboiements ponctuent des dialogues très inventifs qui ne font pas l'économie de jeux de mots et de plaisanteries "off". Par exemple alors qu'un comédien semble ronchonner sur l'étroitesse de la scène son compère rétorque qu'on n'est pas à la Colline (autre théâtre parisien plutôt proche géographiquement mais plus vaste). On devine que le texte est susceptible de légères retouches à la marge en fonction du public.

Il y a beaucoup de trouvailles. Comme celle de la baignoire miniature ou de l'étoupe pour constituer le vêtement d'Harpagon. On redécouvre le texte, dont on a compris bien sûr qu'il avait été adapté : il faut boire pour vivre et non vivre pour boire.

La musique joue un rôle indéniable. Le clavecin nous installe dans le XVII° siècle. Le Vol du Bourdon de Nikolaï Rimski-Korsakov nous emporte. Gloria in excelsis Deo et Singing in the rain apportent d'autres tonalités.

Un seul reproche peut-être : le niveau de lumières est très faible. On est presque dans le noir en permanence. Ce serait difficile de faire moins.
Le spectacle a été créé en 2003 à Barcelone et s'est joué dans une vingtaine de pays, plus de 650 fois et a reçu de multiples récompenses . On se demande pourquoi il arrive seulement maintenant à Paris mais on s'en réjouit. Cette même compagnie, Tàbola Rassa a créé depuis un second spectacle autour de l'oeuvre de La Fontaine (évidemment à force de parler d'eau ...)

L'Avare, d'après Molière
Idée originale : Jordi Bertran
Conception : Olivier Benoit, Miquel Gallardo, Jordi Bertran
Adaptation du texte (catalan et espagnol) : Eva Hibernia, Olivier Benoit, Miquel Gallardo
Texte version française : Olivier Benoit
Scénographie : Xavier Erra, Xavier Saló / Delphine Lancelle
Création lumière : Daniel Ibor
Régie : Sadock Mouelhi
Interprétation : Olivier Benoit, Jean-Baptiste Fontanarosa
Jusqu'au 2 février, du mercredi au samedi à 19 h, le dimanche à 14 h 30 au Théâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris
Tous renseignements sur le site du théâtre ou par téléphone 01 48 06 72 34

jeudi 26 décembre 2013

Andersen au Vietnam fin décembre au Quai Branly ... une pure merveille !

with 0 Comment
Le Quai Branly propose encore un spectacle hors du commun pour les fêtes de fin d'année. Je l'ai vu aujourd'hui et je le recommande aussi bien pour les petits que pour les adultes.

Y aller à la représentation de 17 heures permet de poursuivre sur une rencontre au bord de l'eau avec les artistes et de remonter à l'air libre pour découvrir les jardins éclairés dans une gamme de turquoises et de roses.

Pour ceux qui ne le connaissent pas c'est magique. Et le contraste est très fort entre les jardins en plein jour (plutôt dépouillés en cette saison) et la nuit. Ils sont alors féériques, surtout lorsqu'on les regarde depuis la rue de l'Université, derrière laquelle émerge la Tour Eiffel.

Ce type de spectacle a déjà été présenté au musée du Quai Branly,  en 2012 avec Le Maître des marionnettes, par le metteur en scène Dominique Pitoiset qui avait fait une relecture d’un spectacle de marionnettes sur l’eau du Vietnam, et qui fut un succès.

Andersen au Vietnam obéit en quelque sorte à une démarche strictement inverse. Ngô Quynh Giao, à la fois sculpteur et metteur en scène, adapte, pour les marionnettes du Théâtre de Hanoi, trois des célèbres contes d’Andersen qui font partie de l’imaginaire collectif européen. Dominique Pitoiset est associé mais cette fois pour les lumières tandis que la musique est composée par Henry Torgue. Il est présenté en exclusivité à Paris, en ouverture de la saison du Vietnam en France (2014).

Dans l’eau d'un bassin installé sur la scène, neuf marionnettistes actionnent et donnent vie, suivant les techniques traditionnelles, à des marionnettes de bois créées pour le spectacle et inspirées des personnages d’Hans Christian Andersen. Ngô Quynh Giao a revu à la mode vietnamienne le Petit soldat de plomb, le Vilain petit Canard et la Petite Sirène.

L'idée est excellente. Parce que le public se trouve d'abord en terrain de connaissance, surtout pour le second conte, ultra connu, même par les très jeunes enfants. Cela permet d'adhérer à cet art de la marionnette et d'en apprécier des caractéristiques insolites. Les personnages multiplient les cabrioles et les éclaboussures. Ils peuvent surgir et créer l'effet de surprise. Enfin l'histoire est légèrement revue et corrigée de manière à instaurer une forme de suspense, très loin des clichés véhiculés par les dessins animés.

Au commencement une réplique d'une pagode rappelle l'origine vraisemblablement religieuse de ce théâtre d'objets.

Quelques chants d'oiseaux. Une manipulatrice traverse le rideau de perles (là encore c'est un parti pris de mise en scène fort intéressant car il suggère le travail des marionnettistes sans tout dévoiler alors qu'au Vietnam le rideau de bambou est parfaitement opaque) avec une tortue. Leur dialogue, en vietnamien, installe la représentation. La traduction défile sur un écran au-dessus de la scène, et c'est peut-être la seule limite pour les jeunes enfants qui ne sont pas encore capables de lire.

On se doit d'être conciliant pour les parents qui font la lecture simultanée ....
Il sont vingt-cinq soldats de plomb dans le conte. L'adaptation est proportionnée au nombre de marionnettistes, neuf, et six figurines déboulent en fanfare. Le dernier, unijambiste par défaut de fabrication, tombera sous le charme d'une danseuse de carton qui comme lui, se déplace sur une seule pointe.

Cet après-midi les enfants s'exprimaient sans réserve et certains ont cru reconnaitre une "sirène" ... Les  couleurs d'Andersen sont respectées mais les visages ont les yeux en amande. Quelques fantaisies ont été voulues par l'équipe artistique avec la présence des diablotins, des serpents et des flammes.

La manipulation autorise beaucoup de galipettes et le bruit de l'eau ajoute une note d'exotisme. L'idée du bateau de papier est magnifique. On partage la mélancolie de la danseuse qui se languit de son amoureux. Belle alternance des musiques, douces ou rythmées, des lumières bleutées ou rougeoyantes qui se reflètent sur le bassin.
La tortue revient pour annoncer le deuxième tableau. Cela sent un peu le brûlé. L'univers aquatique convient parfaitement au canard qui nage en se dandinant tout en chantant. L'éclosion des oeufs révèle un oison "pas pareil, pas comme nous".

Une neige se déverse sur un arbre dénudé avec beaucoup de poésie. dans quelques minutes il se couvrira de feuilles comme par magie et ce sera déjà le printemps.

Tchaikovsky résonne avec naturel. La musique du Lac des cygnes est si nostalgique ... et si célèbre aussi. Elle se fond à merveille dans la trentaine de morceaux conçus par Henry Torgue.
Le troisième tableau est le plus étonnant. On découvre la Petite Sirène sous un autre angle, victime d'une très méchante sorcière et de son crapaud. Ses ricanements se passent de traduction. Et c'est cette rencontre qui a été retenue pour l'affiche du spectacle.

C'est à la vraie fin que nous assistons, avec la transformation de l'héroïne en écume de mer, comme l'a voulu Andersen.
A la fin les artistes soulèvent le voile et viennent saluer dans la pénombre. Leur jeunesse est flagrante.

La rencontre avec le concepteur du projet Jean Luc Garnier (à gauche sur la photo), le musicien Henry Torgue (extrême droite) et le chef de troupe Nguyen Tien Dung apporte des éléments de compréhension complémentaires.

Il nous a été expliqué que si Ngô Quynh Giao et Nguyen Tien Dung sont partis d'Andersen il se sont raconté leur propre version.
Le corps des marionnettes est en bois donc fragile. Il est léger (parfois combiné avec un flotteur) mais pas imputrescible. Leur taille est de 10 à 75 centimètres, selon les figurines. Il faut savoir qu'elles ne résistent pas à plus d'une centaine de représentations. Les manipulations s'effectuent au moyen d'une perche de bambou et l'exercice est assez physique même si la poussée d'Archimède est une petite aide.

A une époque où l'électronique domine le monde du spectacle il est heureux de pouvoir encore voir des représentations d'une telle simplicité. Ainsi les feuilles qui tombent sont tenues par des pinces, les mêmes que celles que les peintres emploient pour fixer le Canson.

Monsieur Dung révèle en souriant quelques unes des astuces modernes, comme une bouteille à l'intérieur du crapaud que le marionnettiste actionne à l'aide d'un piston pour le faire cracher.

Il y a d'ailleurs dans la troupe un préparateur qui aménage sans relâche les marionnettes pour qu'elles fonctionnent toujours mieux. Il en faut plus d'une centaine pour monter un tel spectacle.

Cet art est très ancien (il remonte au 11e siècle) et il s'est transmis dans le secret avec pendant longtemps une interdiction faite aux femmes ... Il est particulier à la région d'Hanoï, dans un rayon restreint d'une cinquantaine de kilomètres. Son origine est incertaine et a pris racine en Chine ou en Inde, avec une vocation première vraisemblablement religieuse. les villages de sculpteurs travaillaient aussi bien pour faire des statues religieuses que des marionnettes.

Il a fallu beaucoup d'effort aux acteurs culturels vietnamiens et à des opérateurs étrangers pour le faire renaitre d'autant que quatre années d'exercice sont indispensables avant de parvenir à les manipuler correctement. Cinq ou six troupes l'exercent aujourd'hui, avec une orientation principalement touristique, ce que l'on peut regretter. Le Théâtre National des Marionnettes sur l’eau du Vietnam a pour objectif de tirer cet art vers le haut en l'inscrivant dans le dialogue des cultures plutôt que dans l'axe touristique.

Le prochain projet consiste à adapter Pinocchio, ou les Fables de la Fontaine, toujours en s'appropriant le concept. Ce serait un beau cadeau de Noël pour les prochaines années ...

Andersen au Vietnam
Conception du projet : Ngô Quynh Giao et Jean-Luc Larguier
Mise en scène : Ngô Quynh Giao et Nguyen Tien Dung
Création et sculpture des marionnettes : Ngô Quynh Giao 
Création musicale : Henry Torgue
Création lumière : Christophe Pitoiset
Artistes du Théâtre national des marionnettes sur eau du Vietnam – Hanoi :
Nguyen Tien Dung (chef de troupe), Nguyen Thuy Trang, Nguyen The Long, Pham Thu Hang, Hoang Thi Kim Thoa, Tran Quy Quoc, Tran Minh Toan, Vu Thanh Tung, Nguyen Lan Huong, Doan Ngoc Nen.

Les 26, 27, 28, 29 et 30 décembre, à 14h et 17h
au Théâtre Levi Strauss du Musée du Quai Branly, 75007 Paris
Le spectacle sera traduit en langue des signes française (LSF) le vendredi 27 et samedi 28 décembre à 14h, ainsi que le dimanche 29 et lundi 30 décembre à 17h.
Réservations au 01 56 61 71 72, du lundi au vendredi de 10h à 16h30.
Rencontre avec les artistes en bord de scène, à l'issue de chaque représentation de 17h
Plus de renseignements sur la page dédiée du musée
Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de © François Carlet Soulages - Agence NOI Hanoi pour Interarts
Hebergeur d'imageHebergeur d'imageHebergeur d'imageHebergeur d'image

Abonnés