mercredi 7 mai 2014

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille de Elise Tielrooy, chez Belfond

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Quand je reçois un premier roman il court-circuite systématiquement ceux qui patientent jusque là sans faire de bruit dans ma "pile de lecture". Je me sens une responsabilité vis à vis de cet objet en pensant aux espoirs que l'auteur a placé en lui.

Ma bienveillance s'arrête là. Je n'ai pas moins d'exigence et ma critique peut être sévère, sans que je prétende avoir raison.

Le bonheur ... n'a pas dérogé à la règle. Et me voilà bien en peine de rédiger une chronique sur ce livre. L'image qui me vient pour en parler serait celle d'un flipper. Je ne sais pas si vous avez déjà joué à ce jeu mécanique, puis électronique, qui a fait fureur dans les cafés jusqu'à ce qu'il soit détrôné par les jeux video dans les années 80.

Le but était de propulser la boule métallique le plus longtemps possible en évitant qu'elle ne sorte du plateau de jeu.

Les personnages d'Elise Tielrooy sont autant de billes qui se télescopent de multiples façons. J'en ai eu parfois le tournis. Je me suis perdue aussi entre les échanges à haute voix et les dialogues intérieurs.

J'ai lu jusqu'au bout parce qu'il y a de très beaux passages, des envolées lyriques très bien construites, des personnages attachants, des relations originales, des rebondissements incessants qui tiennent véritablement en haleine et de jolies formules.

Bref, ce livre est bouillonnant, comme le sont les bains où plongent les clients du centre de thalassothérapie où ils sont arrivés pour se ressourcer. Il y a, pêle-mêle, une caissière de supermarché (c'est incroyable comme ce métier est à la mode dans les romans ces jours-ci...) ayant gagné un concours, une retraitée richissime, un couple usé par la vie de famille, un chef d'entreprise, une opportuniste, un concierge compatissant, ... et surtout une masseuse de 22 ans, qui va voir son passé ressurgir et mettre un joyeux désordre dans le bel équilibre des soins, entamant au passage bien des défenses et fragilisant les curistes les plus résistants.

Ses mains sont quasi magiques. Normal me direz-vous pour une masseuse. Mais c'est  bien plus que cela et ce n'est pas sans faire penser d'une certaine manière à celle d'Anna des miracles, que j'ai lu juste avant.

Pour ce qui est de thérapie, chacun a un problème à régler et le poids, les vergetures ou les rhumatismes ne sont que secondaires. Comme le dit l'auteur, ils ne "sortiront ni minces ni détendus mais globalement meilleurs" et c'est ce qui fait le charme de son livre.

Les problèmes tourbillonnent et semblent aspirer chacun dans un vertige qui les tire par les pieds au plus profond d'eux-mêmes. Ils vont pourtant parvenir à remonter à la surface, avec plus ou moins de cocasserie, quitte à faire des dégâts.

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille est vraiment une tragi-comédie, cocasse et pétillante que je verrais bien se décliner en feuilleton. Comme quoi son point faible pourrait être une force.

Vous connaissez sans doute Elise Tielrooy comme comédienne. Au cinéma, elle fut notamment l'infirmière Cécile de La Chambre des officiers, réalisé par François Dupeyron en 2001, d'après le roman éponyme de Marc Dugain. Elle sort du tournage des épisodes de la quatrième saison de Mes amis, mes amours, mes emmerdes sur TF1 où elle incarne Marie Belot Kleber.

Sa carrière d'écrivain ne fait que commencer et ce serait dommage qu'elle s'arrête en si bon chemin.

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille de Elise Tielrooy, chez Belfond, en librairie le 7 mai 2014

mardi 6 mai 2014

Un cheesecake sans oeuf ni gélatine, c'est possible

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Un cheesecake sans oeuf ni gélatine, c'est possible. C'est même le gâteau que j'ai décidé de faire pour l'anniversaire de 750 grammes.

Un an déjà ! J'ai l'impression que c'était hier que nous inaugurions l'atelier parisien du 60 de la rue du faubourg Poissonnière.

Chef Damien s'occupait des boissons. Les bloggers étaient invités à apporter comme cadeau un plat réalisé en suivant une recette du magazine qui lui aussi a presque un an, à une quinzaine de jours près. Je m'étais arrêtée sur celle de Dorian, en page 76 du numéro 6

J'étais très intriguée par les proportions. Cela me semblait "petit" et si j'avais regardé la partie située à droite sur la photo pleine page de ce dessert j'aurais compris que c'était une recette pour 3 appétits, 4 à la rigueur. Je l'aurais remarqué à la taille du fouet posé à coté du plat ... euh de l'assiette.

Comme je suis mes intuitions j'ai un peu gonflé les proportions et le résultat était tout à fait satisfaisant pour 8 personnes comme en témoigne la photo prise juste avant la dégustation.

Vous remarquerez d'ailleurs un autre cheesecake à coté qui, lui, respectait les quantités préconisées. Nettement plus petit. Si je puis me permettre cette suggestion à la rédaction du magazine : mentionnez toujours le diamètre du moule.

Il ne faut jamais suivre une recette à la lettre
C'est Dorian qui me la dit ce soir. Lui-même corrige systématiquement toutes celles qu'il réalise, ajoutant quelque chose, retirant un truc, changeant les proportions ... alors je pouvais bien m'inspirer de la sienne sans l'exécuter à la lettre. J'avais sa bénédiction a posteriori. Ouf !

Pour un Cheesecake aux fruits rouges pour un moule de 21 cm
Préparation 30 minutes / Cuisson 10 minutes
Attente 4 heures (mieux 24)

Ingrédients :
250 grammes de fromage de type Philadelphia (j'ai pris 330 de Tartidou)
10 cl de crème liquide entière (j'ai pris 25 cl)
90 grammes de biscuits de type digestive (j'ai pris des spéculoos)
30 grammes de beurre, plus un peu pour le moule
20 grammes de sucre roux (j'ai pris du rapadura)
90 de sucre en poudre (là encore j'ai pris du rapadura)
120 grammes de framboises et 30 de groseilles
le zeste et le jus d'un demi citron jaune (j'ai ajouté aussi un zeste de citron vert)
5 cl de coulis de framboises

Le fond :
Préchauffer le four à 140° (th 4-5)
Ecraser les biscuits à la main au-dessus d'un saladier, réduire en poudre fine au pilon.
Incorporer le beurre mou et le sucre roux.
Amalgamer du bout des doigts pour obtenir un mélange sablé et homogène.
Verser au fond d'un moule à charnière beurré. Tasser à la main puis au dos de la cuillère à soupe.
Cuire au four 10 minutes puis laisser refroidir.
Mon truc en plus : tapisser le moule de papier sulfurisé pour faciliter le démoulage ultérieur. On peut doubler la quantité de biscuits mais personnellement j'aime autant que le fond ne soit pas très épais. C'est affaire de goût.

La crème au fromage frais :
Verser le fromage dans un saladier, ajouter zestes et jus de citron et le sucre en poudre
Mélanger pour bien détendre le fromage.
Monter la crème liquide en Chantilly bien ferme et ajouter délicatement au mélange en évitant de faire retomber la Chantilly et jusqu'à obtenir un mélange homogène.

Le montage :
Recouvrir le fond d'une belle couche de crème.
Poser  dessus délicatement des framboises.
Ajouter une couche de crème.
Poser cette fois dessus des groseilles (en réserver quelques-unes pour la déco).
Terminer la crème et lisser à la spatule ou avec le dos d'une cuillère à soupe.
Laisser prendre 4 heures au frais couvert d'un film alimentaire (pour éviter la communication d'autres odeurs dans le réfrigérateur)
Présentation :
Ouvrir la charnière du moule.
Disposer sur un plat et découper.
Décorer comme sur la photo et servir le coulis à part en saucière.
... Et pour les amateurs de scoop
J'en ai deux, quasi trois. D'abord Chef Damien rêve d'être un héros de roman-photos et l'a fait savoir à la rédaction du magazine Nous Deux. Qui sait si prochainement nous verrons cette nouvelle corde à l'arc de notre chef déjà très occupé ?

La seconde information exclusive est celle de l'ouverture d'un restaurant 750 grammes dans le 15ème arrondissement de Paris. Et j'aurai l'occasion de vous en parler en détail dès que le projet aura avancé. Pour cela il faudra tout de même attendre le mois de novembre. La période va être très chargée pour Damien puisqu'il n'est pas question de renoncer au Salon du blog culinaire de Soissons qui va, pour cette 7ème édition, inviter des cake designers. Et de trois !

L'affiche est déjà prête pour annoncer la nouvelle.
Pour lire les articles consacrer au SBC taper "Salon du blog culinaire a bride abattue" sur Google

lundi 5 mai 2014

Anna des Miracles de Virginie Langlois chez Buchet Chastel

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Anna est une caissière de supermarché qui, découragée par le monde de la consommation, décide de partir en pèlerinage du Puy en Velay jusqu'à Compostelle. Très rapidement, à sa grande surprise et bien malgré elle, ses mains se mettent à faire des miracles. Déjà certains pèlerins accélèrent le pas. D’autres rebroussent chemin pour la rencontrer. La rumeur se répand, s’enflamme. On parle de ses guérisons dans les journaux.
Anna possède-t-elle réellement un pouvoir ? Quel est le rôle de Jean, cet inconnu qui s’est joint à elle et qui, chaque soir, l’invite à fumer d’étranges cigares ? Le chemin apportera-t-il des réponses ?

J'ai commencé Anna des Miracles assaillie de doutes. Je n'étais pas motivée par le sujet. Ma pensée était brouillée par les souvenirs du drôlissime film tourné en 2005 par Coline Serreau, Saint Jacques la Mecque, avec Muriel Robin, Jean-Pierre Darroussin, Pascal Légitimus.

Sauf que le livre de Virginie Langlois est tellement vivant, autant profond que fluide, que je ne l'ai pas lâché.

Anna des Miracles est un livre qui bouscule les codes habituels
Il correspond sans nul doute à la philosophie qui anime l'auteur. Elle est à la fois hors du temps, avec des valeurs très fortes loin des modes et très ancrée dans le XXI°siècle dont elle intègre les usages, comme celui des réseaux sociaux.

Elle a d'ailleurs ouvert un blog où, depuis le 20 avril,  elle raconte avec l'appui de photos les étapes du voyage de son héroïne.

J'ai pensé au généticien Albert Kahn qui parcourt la France à pieds à la recherche du bonheur et de la liberté. Il  échange tous les soirs avec des lecteurs via les réseaux sociaux. Et il s'est trouvé lui aussi un moment sur le chemin de Saint-Jacques même s'il ne se considère pas comme un pèlerin.

Un récit d'initiation qui n'est pas donneur de leçons
C'est ce qui m'a fait poursuivre la lecture, un peu comme si je suivais le chemin des mots.

C'est parce qu'elle se découvre en manque du brut, du minéral, du végétal, de l'animal (p. 37) qu'elle quitte tout pour se mettre en route : l'artificiel de mon quotidien m'avait engluée sous des couches de vernis épais que les pierres du chemin avaient commencé à poncer.

Aller à Compostelle aujourd'hui n'est cependant plus la prouesse d'autrefois, en bure et sandales, sans baume à l'arnica soixante kilomètres par jour. Beaucoup mouraient en route. Rien à voir avec les progrès dont bénéficient les pèlerins d'aujourd'hui qui se limitent souvent à trente.

Il n'empêche qu'Anna va être confrontée à des bobos de toutes sortes.

La première entorse
Elle commence par soulager une allemande ... en posant ses mains fraiches sur l'articulation enflammée. Anna est une personne simple qui aime les gens, et qui prend soin des autres. Elle ne passe pas à coté de quelqu'un sans le voir, et sans percevoir sa souffrance. Elle a développé un tel sens de l'observation qu'elle en deviendrait presque psychologue.

Et puis elle se lie avec Jean, qui devient son mentor, malgré les craintes que lui inspire ce sexagénaire qui intercale une fine couche de silence entre les feuilles du tabac qu'il partage avec elle, le soir venu.

Anna du magasin, du chemin, des miracles
Rencontre après rencontre, la jeune femme se débarrasse de sa carapace. La caissière devient une célébrité sur le chemin où on la guette pour bénéficier de ses dons. Elle soulage sans espoir de retour et c'est avec surprise qu'elle découvre la manière dont les gens lui manifestent leur reconnaissance.

Elle interroge la manie qu'elle a depuis l'enfance de prendre son pouls, pour conjurer sa peur de mourir. Anna a su compter avant d'apprendre à lire. Son aptitude au calcul mental est source de situations cocasses que l'auteur met en scène avec humour sans cacher le penchant autistique de son personnage.

Elle suit le chemin avec humilité. Le parcours géographique deviendra spirituel puis métaphysique. Le chemin sait où il nous mène. Et pourtant, une réponse reste toujours une question de point de vue, de culture, de croyance, d'époque, de morale, de manque de connaissances, de lacunes de la science.(p. 163)

Lire ce livre maintenant c'est courir le risque de bifurquer votre destination de vacances ... qui sait si vous ne déciderez pas de prendre le chemin ...
Virginie Langlois est née dans le Var en 1966 et vit sur sa presqu’île natale, face à la rade de Toulon. Ingénieur, elle a travaillé quelques années dans l’industrie avant de mener une réflexion philosophique sur la nature quantique de la réalité. Ecrivain, scénariste, conférencière et animatrice d'ateliers d'écriture créative, elle se consacre à diffuser la richesse des idées que la science d’aujourd’hui, au carrefour des arts, de la philosophie et de la spiritualité, nous offre. Elle a publié Les Sabliers du temps et La Grande Eclaire chez Actes Sud.

Anna des miracles de Virginie Langlois, chez Buchet Chastel, sortie en librairie 5 mai 2014

vendredi 2 mai 2014

Ma rencontre avec Sylvie Bourgeois, pour J'aime ton mari

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Hier, je vous disais combien j'avais apprécié, le mot est faible, le dernier livre de Sylvie Bourgeois J'aime ton mari, aux éditions Adora. Je disposais des coordonnées de l'auteur. C'était trop tentant de lui proposer une rencontre au Flore, que je savais être son café préféré. Il faut dire que leur chocolat y est délicieusement velouté et qu'il favorise les confidences.

Je l'ai interrogée à propos de la citation d'une marque de vêtements dans son livre. Elle m'a confié son goût pour la psychologie, son amour pour la vie de son quartier et m'a raconté ses habitudes de travail.

Une fille du 6 ème
C'est peu dire que Sylvie Bourgeois aime son quartier. Il est propre, il sent bon, il est formidable. Elle y circule à bicyclette. Elle y fait ses courses, dans des boutiques tenues par de vrais commerçants.

Elle est au Flore comme chez elle, adore y boire un chocolat chaud le soir en compagnie de son mari. Elle connait chaque garçon et beaucoup de clients.
Sylvie a la psychologie dans le sang
C'est une mathématicienne née. Elle analyse le comportement des gens de façon quasi scientifique. Elle arrive très vite à prédire l'enchaînement des actions à partir d'une réaction, d'une petite phrase., en mobilisant ce qu'elle ressent. Puisque tout obéit selon elle à une logique prévisible ... enfin pour elle.

Ses copines font appel à son double talent (l'intuition et le sens de la formule) pour lui demander conseil au moment de rédiger "le" SMS qui touchera le coeur de leur future moitié. On pourrait dire d'elle que c'est une bonne âme.

Une radio l'a engagée comme chroniqueuse du courrier du coeur et pendant un mois elle a dispensé des conseils amoureux. Le plus déroutant : ne cherchez pas le grand amour ... pour le  trouver ! Vous devinerez qu'elle ne recommande pas la fréquentation des sites de rencontres, ce qui transparait clairement dans son dernier livre.

Elle glisse dans chacun de ses livres sa phrase fétiche (p. 95 de J'aime ton mari). C'est mon gimmick, concède-t-elle avec malice depuis mon premier roman Lettre à un monsieur (Editions Blanche, 2003). Aucun homme n'y résiste. Et je vous laisse le plaisir de la découverte.

Au Salon du livre de Saumur, les deux tiers des acheteurs du livre étaient des hommes, interpelés par la couverture sous l'oeil médusé de leurs épouses.
Elle ne recycle pas les confidences
Sylvie ne raconte jamais ce qu'on lui a confié. C'est une éponge qui mémorise tout ce qu'elle entend sans jamais prendre de notes. Sa mémoire est infaillible : j'ai tout dans la tête. Je ne stocke pas des cahiers noircis de petites phrases et de bons mots.

Elle aime la réalité, l'observer, la décrire.

Elle se sert de ce qu'elle connait. Comme la misère financière pointée à Saint-Tropez où la solitude est la pire des hontes.

Elle pourrait s'énerver pour un "non"
Les protocoles sont devenus aberrants. Sylvie en donne des exemples en racontant les mésaventures d'Emma dans l'aéroport. Quand elle veut récupérer le sac oublié dans l'avion elles se heurte à la violence institutionnelle lui réclamant une pièce d'identité. Comme si elle pouvait en produire une !

Sylvie confie que le "non" la fatigue beaucoup. Toutes les procédures que nous subissons seraient tolérables si elles servaient à améliorer le quotidien alors que c'est tout le contraire qui se produit.

Elle me confie aussi qu'elle n'aime pas la "chick lit", une romance qui selon elle aide à foutre sa vie en l'air. Les héroïnes de Sylvie ne sont pas superficielles. Elles font face à de vrais problèmes et ne se complaisent pas dans le rêve. Elles ne fantasment pas leurs désirs comme le personnage incarné par Sophie Marceau dans le film Une rencontre dont on parle beaucoup ces jours-ci.

Ses personnages féminins sont animées par des valeurs de bienveillance, de solidarité, de partage et d'équilibre. Elles sont capables de courage. Ce sont de vraies filles, pas des caricatures.
Un partenariat avec la fée Maraboutée
C'est important de visualiser au plus près un personnage. Ce n'est pas la même femme qui s'habille en Caroll, en Heimstone, ou en Maje. Toutes les filles n'ont pas les moyens de se payer des vêtements Agnès B ou Prada, même en soldes.

Quand Charlotte prête une de ses tenues à Emma elle choisit une robe pas chère, qui ne nécessite pas de passer par la case pressing avant et après. Et s sa copine tombe dans un buisson d'épines avec (la jeune femme mélange boisson à bulles et codéine, ce qui provoque quelques effets secondaires) et qu'elle l'abime personne n'en fera un drame.

Tant qu'à faire, on oublie la petite robe noire passe-partout et on opte pour un ton qui vous assurera la vedette. Sylvie fait donc porter à son héroïne une robe couleur framboise qu'elle attribue à la fée Maraboutée sans savoir que ce modèle existe bel et bien dans la collection printemps-été, et qu'il est fluide à souhait, selon la formule qu'elle estime magique pour la ligne. C'est plutôt original et vous n'êtes pas obligé de me croire mais ce n'était pas prémédité.

Plusieurs connexions existent entre la marque et la romancière. Jean-Pierre Braillard le directeur artistique de La fée Maraboutée et Sylvie sont tous deux originaires de Besançon. Fred, le coiffeur des stars, qui transforme Emma en véritable bombe, porte un tatouage de la fée... clochette. Et l’héroïne possède elle aussi des pouvoirs magiques : elle est barreuse de feu.

Le style vif, drôle, espiègle, positif et enjoué de Sylvie correspond parfaitement à l'état d'esprit de la marque qui lui a donc proposé un véritable partenariat coup de cœur. Un T-shirt à message J’aime ton mari a été réalisé à l’occasion de la sortie du roman le 5 mars, et un nombre limité de la fameuse robe framboise font en ce moment l’objet de jeux concours.

La fée Maraboutée n'a pas résisté. Elle a ouvert à Sylvie les pages de son blog quelques jours avant le nouveau Festival de Cannes.

Cette collaboration a changé un peu la vie de Sylvie qui porte désormais des couleurs. Elle a abandonné le noir qui "va avec tout". Sac rouge, blouson rouge, foulard fleuri ... qui lui donne bonne mine. 
Ecrire est plus que son métier
En optant pour la troisième personne Sylvie bourgeois prend de la distance avec ses personnages, comme si elle les photographiait en se reculant. Cette position lui offre davantage de légèreté que le "je" des précédents romans.

Sylvie écrit ... ou pas. Et si c'est oui alors c'est à 100%. Il n'y a plus place pour le téléphone ou les mails. Les horaires deviennent des horaires de bureau jusqu'à l'achèvement du roman, ou du scénario. de tout le gros oeuvre, sachant qu'il restera des finitions coté ponctuation et corrections.

Elle aime écrire pour la concentration que l'exercice la contraint à avoir, pour ne pas s'éparpiller et tendre vers un objectif : Quand j'écris je vais quelque part.

Elle a beau adorer l'atmosphère du Flore c'est chez elle qu'elle se concentre le mieux. Dans un très beau bureau, vaste, sur une table blanche, nette et dégagée, où rien ne traine, confortablement calée dans un immense fauteuil rouge, avec un frigo bien rempli, et en sachant son mari dans une proximité rassurante : il ne faut pas être en manque pour pouvoir (bien) travailler, dit-elle en faisant allusion à la satisfaction des besoins selon la pyramide de Maslow.

Actuellement elle finalise l'Architecte, qui va être son prochain livre.

Que feriez-vous si vous n'aviez pas peur ?
C'est la question que Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, pose à ses employés. Sylvie se dit lucide sur ses capacités et ne prétend pas être Super Woman. Elle interroge son héroïne (p. 38) pour lui faire prendre conscience de la censure qu'elle exerce à l'encontre d'elle-même.

J'ai pointé hier que le livre était très dialogué. Ils servent à couper court aux explications que les auteurs délaient souvent pour justifier les attitudes de leurs personnages. En se relisant elle joue tous les rôles qui doivent résonner musicalement. Il faut que le lecteur entende les bruits de la fête.

On pourrait passer des heures en compagnie de Sylvie sans voir le temps passer. Elle a travaillé quinze ans dans la communication et nous avons presque des expériences semblables. On sent qu'elle n'a pas tout dit dans la petite série des Sophie ... au Flore et à Cannes.

Elle va repartir sur son vélo faire quelques courses indispensables. Elle pourrait aller nager si nous étions au bord de la mer car elle adore cet élément. Elle laisse le souvenir d'une femme qui sait penser, analyse, et rire aussi.

J’aime ton mari de Sylvie Bourgeois, chez Adora, sortie le 5 mars 2014

jeudi 1 mai 2014

J'aime ton mari

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N'ayez pas peur ... il ne s'agit pas du vôtre ... enfin allez savoir ...
En tout cas je veux parler ici du dernier livre signé par Sylvie Bourgeois aux éditions Adora.

Quitte à écorner ma réputation (surfaite) d'intellectuelle je n'ai pas peur de dire que j'ai a-do-ré cette comédie romantique qui vaut largement les yeux jaunes d'un alligator, ceux qui comprendront apprécieront.

C'est l'histoire d'Emma, godiche, écolo et militante. Elle mise sur la bienveillance et abhorre les rapports de force. Elle est veuve et maman d'un Benjamin de 5 ans (qui n'apparait pas à l'écran parce que l'histoire se déroule sur un week-end où il est gardé par je ne sais plus quelle copine).

Le mot écran n'arrive pas tout à fait par erreur ici parce que j'ai eu le sentiment de lire un scénario, ce qui n'est pas si éloigné que ça de la réalité. La trame est en train d'être adaptée pour le cinéma.
Quand elle était lycéenne, Emma fut amoureuse d'un de ses profs, qui préféra épouser sa soeur ainée Fabienne. Et maintenant c'est son futur beau-frère qui fait battre son coeur le jour même du mariage de sa très jeune soeur Myrtille. Il y aurait bien aussi un autre bel homme auquel elle s'est heurtée dans l'avion qui l'emmenait vers la destination de rêve qui sert d'écrin à la cérémonie. L'un d'entre eux serait-il l'homme de sa vie ?
Emma est tout sauf une séductrice et il n'y a que sa copine Charlotte pour croire qu'elle puisse de nouveau s'aventurer un jour sur le terrain amoureux. Ce ne sont pourtant pas ses bons conseils qui manquent et vous pourrez, mesdames, les mettre à profit si le coeur, ou le corps, vous en dit.

Fred sera l'alter ego de Charlotte sur place pour booster la libido de l'héroïne et surtout lui redonner confiance en elle.

Ce sont toutes les péripéties de ces vingt-quatre heures que Sylvie Bourgeois nous narre avec une énergie et un franc-parler réjouissants. Elle appelle une bite une bite, sans être le moins vulgaire et cela fait du bien de lire un livre qui ressemble par sa liberté de style à ce qu'on peut trouver dans les blogs. Rien d'étonnant, vous me direz puisqu'elle en connait un rayon dans ce type d'écriture.

Un roman qui est une leçon de vie
Le ton est léger mais il ne faut pas se fier aux apparences. Et le conseil de Charlotte (p.12) devrait être donné par toutes les mères à leur fille au lieu de leur raconter l'histoire du Petit chaperon rouge : Refuse d'accorder à quiconque le droit d'avoir un pouvoir de nuisance sur toi, et quand tu ne sais plus comment réagir, choisis de résister par l'humour. rire est souvent la seule réponse pour sortir la tête haute d'une situation humiliante, cela t'évitera de céder à la colère.

L'auteur fustige les comportements stéréotypés par l'absurdité administrative des règlements appliqués à la lettre. On se dit en la lisant qu'elle a dû vivre de mauvais moments dans les aéroports.

On devine qu'elle a beaucoup écouté ses copines et recueilli de nombreuses confidences. Et comme elle a le sens de la répartie le livre fourmille de bonnes idées et de réflexions d'une sagesse désopilante.

Par exemple, p. 156 : Tout le monde ment à tout le monde et plus personne n'accepte d'aimer quelqu'un de son âge de peur de voir dans le regard de l'autre sa propre image vieillissante.

Un roman très dialogué
On pourra le lui reprocher. Que voulez-vous, Sylvie est scénariste. C'est à elle qu'on doit par exemple le script du film les Randonneurs  à Saint-Tropez qu'elle a co-écrit avec Eric Assous et Philippe Harel.

Alors, forcément, avec elle les répliques fusent. Il n'empêche que c'est facile à lire tout en étant sérieux. Et je n'ai pas été étonnée de trouver (p. 199) une analyse de Jung sur le rapport amoureux : la rencontre de deux personnalités est comme le contact de deux substances chimiques; s'il se produit une réaction, les deux en sont transformés.

Sylvie Bourgeois, avait déjà publié plusieurs livres dont les fameux Sophie à Cannes et Sophie au Flore chez Flammarion. Le roman dégage tellement d'énergie positive que j'ai eu envie de rencontrer l'auteur. Nous avons pris ensemble un chocolat dans son café préféré, le Flore bien évidemment. Je vous raconte demain notre entretien.

J’aime ton mari de Sylvie Bourgeois, chez Adora, sortie le 5 mars 2014

mercredi 30 avril 2014

Son carnet rouge, de Tatiana de Rosnay, aux éditions Héloïse d'Ormesson

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Je vous annonçais il y a quelques jours le prochain lancement d'une nouvelle collection chez Héloïse d'Ormesson autour du suspense féminin. Je ne sais pas encore s'il faut y mettre des guillemets, ni ce qui , à la longue, caractérisera le féminin du masculin que l'on connait déjà.

En tout cas le premier livre, signé Dominique Dyens, sera en librairie le 7 mai et j'ai beaucoup apprécié la Femme éclaboussée que je ne peux pas m'empêcher de lier cet ouvrage parce qu'elle est adultérine.

Cet éditeur ne chôme pas. Le mois de mai y sera très actif. Aujourd'hui c'est l'auteur fétiche de la maison, Tatiana de Rosnay, qui sort un recueil de nouvelles écrites avec une plume facétieuse, justifiant d'y voir onze nuances d'adultère.

Je me souviens de sa voix au Salon du livre 2013. Elle avait suscité une forte envie de la lire. Pourtant, mes journées n'étant pas extensibles à l'infini je n'avais pas encore ouvert un de ses ouvrages. Aussi étonnant que cela puisse être je ne fais pas partie des deux millions de lecteurs de Elle s'appelait Sarah, un livre qui remporta un succès phénoménal.

Difficile de croire que ce livre avait été refusé par d’autres maisons d’édition. Il correspondait tout à fait au type de littérature "romanesque de qualité" qu'Héloïse d'Ormesson voulait développer. Tatiana lui est restée fidèle et Son carnet rouge ne déroge pas à la règle.

Elle revisite les amours illégitimes à travers onze histoires brûlantes et interdites en interrogeant nos fantasmes : Le fruit est-il plus savoureux lorsqu’il est défendu ? L’interdit est-il synonyme de plaisir ? Y a-t-il une échelle dans la tromperie ? Et inversement peut-on l'envisager avec humour ?

Elle construit des scénarios brefs (ce sont des nouvelles) tantôt tragiques, tantôt absurdes, avec des retournements de situation et un final toujours surprenant. Et c'est la première qui donne son titre au recueil.

Comme nous sommes en 2014 les nouvelles technologies ont un rôle capital. On comprend que les téléphones portables, réseaux sociaux, SMS, clés USB et autres joujoux ruinent les velléités  romantiques. La question essentielle reste finalement celle du pardon, parfois possible, parfois inenvisageable. Et ... parfois même celle de la vengeance...

Chaque histoire se déguste avec un petit frisson.

Tatiana de Rosnay a placé une citation en exergue pour pimenter chaque histoire courte. Celle de Louise de Vilmorin (qui fut experte en la matière) est assez savoureuse : je ne veux aimer personne car je n'ai en ma fidélité aucune confiance.

Son carnet rouge, de Tatiana de Rosnay, Editions Héloïse d'Ormesson, en librairie le 30 avril 2014

lundi 28 avril 2014

Soirée Sol à la Candelaria

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Ce soir je découvrais la Candelaria, un de ces bars secrets dont les adresses circulent à si grande vitesse que tout le monde les connait. Parait que celui-ci arrive au 8 ème rang mondial de je ne sais quel classement que je ne vais pas mettre en doute.

Plus sérieusement, le secret est de savoir qu'il y a une porte dérobée, qu'il faut pousser au bout du comptoir de cette minuscule taqueria.

J'ai donc frôlé les amateurs de street food mexicaine qui dégustaient des tacos et des tostadas avec abondance de guacamole. Quand je dis frôler, c'est le mot juste tant l'espace est étroit.

Il suffisait ensuite d'oser traverser la cloison pour déboucher dans un espace plus vaste où "tout se passe". Une pièce aux murs de pierres apparentes, éclairés à la bougie, dans un décor où je n'ai pas été surprise de voir s'agiter quelques squelettes. La décoration est soignée sans être ostentatoire ni anecdotique. une chose est sûre : on ne sent immédiatement ailleurs.

Qui dit bar mexicain dit bière mexicaine, en l'occurrence Sol. Je peux bien vous le dire, la soirée était dédié à ce breuvage. Mais les amateurs savent que cette marque est présente tous les jours dans ce bar qui a pour spécialité le "carbonero", un shot de tequila et de sangria maison avec une bouteille de Sol. Les sirops des cocktails sont fait maison et des DJ extérieurs sont régulièrement invités pour "ambiancer" les lieux,. Ajoutez que les prix ne sont pas trop relevés et vous aurez compris pourquoi l'endroit connait un tel succès.
Pour simplifier le service, la carte affichait aujourd'hui trois propositions de cocktail, tous conçus par Carina Soto-Velasquez, une colombienne d'origine, bartender du spot. Et les barmen officiaient de manière spectaculaire en shakant à deux mains.
On pouvait hésiter entre une version pimentée, avec le Michelada, une version douce avec El Curado ou mieux, de mon point de vue, un Cielo Colorado rafraichissant puisque l'emploi est plutôt caliente. L'avantage de réaliser un cocktail avec une bière c'est de proposer une boisson avec un degré d'alcool inférieur à celui des recettes classiques tout en assurant une pétillance sans avoir besoin de noyer la préparation avec un soda.
J'ai suivi la manoeuvre et tout noté, ce qui est une petite prouesse parce que j'ai cru avoir en face de moi un maître dans l'art du bonneteau, sauf que personne n'allait se plaindre. On gagnait à tous les coups.

Donc, pour El Cielo, que vous avez découvert en photo en haut de cet article, vous doserez 3 cl de jus de citron vert avec autant de sirop de gingembre et vous secouerez avec des glaçons et 5 feuilles de basilic. Vous verserez dans le verre de service et complèterez avec de la bière Sol. Vous poserez une jolie feuille de basilic sur le dessus avant de servir. Et si vous avez un turban de zeste d'orange cela ne nuira pas à l'esthétique.

Je vous rappelle que la bière ne se met jamais dans le shaker et que dans l'idéal on la verse en deux fois. Vous saurez tout sur la manière de la servir dans ce billet consacré à un concours de biérologie.

On pouvait aussi déguster la Sol nature et je ne résiste pas à vous donner la note du gentleman biérologue, Hervé Marziou, même s'il n'était pas ce soir en service commandé. J'adore sa façon de décrire une bière, comme on le fait classiquement d'un vin.

Il m'a d'abord fait remarquer sa transparence typique des bières mexicaines, sa très jolie couleur, comparable à une aurore, blond doré qui justifie pleinement son nom. Au nez, elle dégage une subtilité évoquant le malt, l'odeur très légère des céréales qui se courbent sous la brise chaude précédent les moissons. L'amertume y est à peine perceptible. Le houblon se devine au travers d'un bouquet floral de feuilles vertes qui n'est pas comparable avec le parfum herbacé que l'on connait.

On retrouve une finesse comparable dans sa texture, harmonique, sans acidité. Elle n'est pas très longue en bouche. On reste dans la désaltération. Et sa mousse est d'une belle couleur blanc cassé.

En cocktail, l'association avec un alcool fort lui donnera du corps et plus de parfum.

Pour les amateurs éclairés on ajoutera que la Sol est une bière de type "pils", blonde et limpide, de fermentation basse apparenté au type lager. Elle titre environ 4,5 à 5 degrés d'alcool. Elle se boit plus fraîche qu'une bière de fermentation haute, mais non glacée, généralement entre 10 et 12 degrés, afin d'en faire ressortir les arômes.

J'ajouterai pour les amateurs de story telling qu'on raconte qu'un matin de 1899, dans une petite brasserie des faubourgs de Mexico, un maître brasseur, héritier des migrants allemands arrivés dans les années 1830, a terminé l'élaboration d'une nouvelle bière.

Il maîtrisait tout le process : maltage, saccharification, houblonnage, fermentation et embouteillage. Ne restait qu'à trouver un nom au breuvage. C'est là qu'intervient la légende selon laquelle un rayon de soleil aurait filtré du toit et illuminé la bière tout juste brassée, lui donnant une couleur dorée. Ce qui justifie le nom de El Sol qui signifie le soleil en espagnol.

Cette bière légère fut rapidement adoptée par les ouvriers pour qui elle fut synonyme de détente, en comparaison à des bières européennes plus fortes. Aujourd'hui encore elle répond aux attentes des consommateurs à la recherche d’une bière de qualité, légère et rafraîchissante.

Depuis 1924, Sol a été principalement commercialisée sur le marché mexicain et son expansion internationale a commencé à partir de 1993. Elle a été racheté par Heineken en 2011 et fut relancée sur le marché français l'année dernière avec pour objectif de réaliser très vite la moitié des ventes de bières mexicaines en France. Vous remarquerez que la bouteille porte toujours une mention gravée dans le verre, Cerveceria Moctezuma, en référence à la brasserie d'origine ainsi que la date de création de 1899.
Il va sans dire que nous avons dégusté avec modération. Et que nous avons aussi grignoté. Des assiettes chargées d'excellentes petites tostadas circulaient elles aussi avec célérité.

Ce sont des sortes de tortillas, ces galettes de farine de maïs emblématiques du Mexique. Dans cette recette, elles sont garnies d'une préparation chaudement épicée à base de haricots, de poivrons rouges, de poulet, de tomates et de piment, surmontée de crudités très fraîches.

Le guacamole était également proposé entouré de totopos. C'est comme cela qu'on appelle la tortilla quand elle est frite et triangulaire. C'est toujours à base de maïs. On pouvait croquer des épis entiers de maïs doux, arrosés de beurre et accompagnés de fromage de brebis, de poudre de piment sec, de sel et de citron. Vous pouvez voir une assiette d'Elotes, ce qui signifie littéralement épis de maïs, sur la première photo.

Quant à la recette de guacamole, Carina préconise d'éplucher et de couper en petits morceaux des avocats, des tomates, un oignon rouge avant d'ajouter coriandre, sel et citron vert.
Cette recette et quelques autres ont été rassemblées dans un carnet d'idées, créé autour du concept d'Aperitivo Libre, en hommage à l'esprit d'indépendance des brasseurs mexicains. Sol a décidé de demander à la toute jeune marque de maroquinerie De Rigueur de concevoir une besace pour contenir les ingrédients d'un apéritif libre et improvisé.
J'ai rencontré Adrien Deslous Paoli qui m'a expliqué comment il avait procédé pour réussir le challenge de livrer 150 besaces en l'espace de 5 semaines, en satisfaisant trois préoccupations : transporter ses affaires de façon pratique et élégante, sans rien oublier, tout en étant libre de ses mouvements, et en puisant dans la légitimité et l'authenticité de nos artisans nationaux.

C'est l'Atelier 25 (situé 25, rue Thiers, 59230 Saint-Amand-les-Eaux) qui a assuré la réalisation.

L'objet est fait à la main, sans aucune poche, brute. Son cuir de buffle, de pleine fleur, dit "de collet", très résistant, au grain naturel, est graissé pour un look vintage. Ses dimensions, 35 x 30 x 8 cm permettent de contenir tout pour un apéritif improvisé et chaleureux : une couverture ethnique, pour s'installer, une boite en métal pour y glisser des tapas, un guide complet fait avec Carina. Elle y révèle ses meilleurs spots parisiens, ses recettes de cocktail et de street food mexicaine (je vous en ai donné quelques-unes) et ses secrets pour recréer une ambiance authentique.

Le principe est de placer ses bouteilles Sol dans la besace au dernier moment en espérant que le soleil soit de la partie. Cet objet a été réalisé comme vous vous en doutez en édition limitée. Seulement 150 exemplaires, qui ne sont commercialisés qu'à la Candelaria au prix de 185 €.

De Rigueur a d'autres projets. Adrien et son associé, tous deux étudiants de l'EDHEC, ont bien analysé les comportements masculins. Les hommes ne savent pas où mettre leurs "petites affaires". Entre leurs poches prêtes à craquer ou le sac à main de leurs femmes, s'ils ne sont pas seuls... En retrouvant dans le grenier familial le baisenville de son grand-père le jeune homme a eu l'idée de remettre au jour du jour cet article tombé en désuétude.
Le design a été épuré. Le choix du cuir est soigné. Les nouvelles technologies seront intégrées, permettant par exemple de recharger son téléphone portale. Il m'a montré le prototype qui sera lancé en fabrication dès que la jeune entreprise aura réuni les fonds nécessaires.
Candelaria
52 rue de Saintonge, Paris 3e
Tél : 01 42 74 41 28
La taqueria est ouverte non-stop tous les jours, et sans réservation, du dimanche au mercredi de 12h30-23h et du jeudi au samedi de 12h30-00h.
Brunch tous les samedis et dimanches entre 12h30-16h00
Le bar est ouvert tous les jours de 18h00-2h00 et il est possible de réserver une table pour 5 personnes maximum à partir de 18 heures et jusqu'à 22 heures. Mon conseil est soit d'arriver tôt en soirée parce que les places sont prises d'assaut soit de réserver.

dimanche 27 avril 2014

Julia et Une promesse, un livre et un film magnifiques

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J'ai eu envie de mettre en parallèle un roman et un film pas seulement en raison du cadre historique, une guerre mondiale, mais surtout parce que ce sont deux "love stories" qui semblent impossibles et qui pourtant sont de belles histoires, surtout la seconde.

Il ne faut pas penser qu'un contexte défavorable explique un échec. La structure psychologique des personnages est déterminante. Comme dans le film Sur la route de Madison où le "devoir" est un alibi à ne pas changer de vie.

La grande différence entre Julia et Une rencontre c'est la manière dont les personnages subissent ou luttent contre le poids de l'interdit.

Commençons par le livre. J'ai surtout aimé la façon que l'auteur, Otto de Kat (pseudonyme de Jan Geurt Gaarlandt, éditeur chez Uitgeverij Balans à Amsterdam) a eu d'écrire un roman en le transformant en intrigue policière.

Je ne peux pas vous révéler son procédé mais il m'a semblé que son activité de critique littéraire a du l'influencer. Il est connu dans son pays et ses romans ont tous été favorablement accueillis et nominés pour plusieurs prix littéraires.

Il a écrit Julia en 2008. La traduction française est sortie en mars 2014.
Un dimanche après-midi, Christiaan Dudok, soixante-douze ans, est retrouvé mort par son homme à tout faire. Qu’est-ce qui a pu pousser cet homme à la vie apparemment sereine et rangée à en finir ?
En 1938, le jeune Dudok arrive de sa Hollande natale à Lübeck, en Allemagne du Nord. Il a obtenu de son père une année de répit avant de prendre la succession de l’usine familiale. Il fait la rencontre de Julia Bender, esprit libre et femme intrépide, dont il tombe éperdument amoureux. Mais les nazis sèment la terreur et Julia est pourchassée : elle disparaît après avoir conjuré Christiaan de ne pas chercher à la retrouver. Trop docile, celui-ci rentre aux Pays-Bas où, toute sa vie, il sera hanté par le souvenir persistant des occasions manquées et d’une liberté à peine entrevue.
Un roman d’amour bousculé par la guerre, où les personnages sont déchirés entre anticonformisme et soumission, entre héroïsme et lâcheté ordinaire.
C'est par toutes petites touches que l'auteur nous amène à percevoir les sentiments qui unissent les deux jeunes gens : Allait-il oser, maintenant, lui prendre la main ? (...) Il ne l'avait pas touchée, mais peut-être tout de même atteinte. (p. 27)

Le récit des événements ne suit pas l'ordre chronologique. Le procédé participe à faire monter la tension. A tenter de situer le moment où les destins ont pris une trajectoire opposée. A se prendre au jeu de la recherche du grain de sable qui, peut-être sera chassé in extremis. On connait la fin dès les premières lignes. Pourtant on a très envie de comprendre ce qui s'est réellement passé.

Ce sont les ressorts psychologiques qui retiennent le plus mon attention. Mais Otto de Kat a une manière tellement suggestive de faire vibrer les paysages en sollicitant notre odorat et notre oreille que les descriptions procurent aussi un vrai plaisir de lecture.

Julia est une femme libre mais sa volonté ne suffit pas. Elle somme Christian de quitter l'Allemagne pour rentrer en Hollande : Tu dois me promettre de prendre tout de suite le train, aujourd'hui même. Ne cherche pas à me retrouver, pars tout de suite, sinon tu vas me mettre en danger. (p. 54)

C'est le premier domino qui tombe ... La suite, je vous la laisse découvrir.

La promesse est toute autre dans le film de Patrice Leconte. Une jeune femme réalise qu'elle est éperdument amoureuse du collaborateur de son mari quand il est envoyé en mission au Mexique. Elle lui assure alors qu'à son retour elle sera à lui.

Le séjour est prévu pour deux ans. Il durera bien davantage. et comme pour Julia la question essentielle sera de savoir si le désir amoureux peut résister au temps.

Une promesse n'est pas un film de plus sur le triangle amoureux où un jeune homme abandonnerait sa gentille amoureuse pour ravir le coeur d'une femme mariée, où la femme se noierait dans un romantisme stérile et où le mari aurait le mauvais rôle.

Patrice Leconte a eu un coup de coeur pour une nouvelle écrite par Stefan Zweig en 1929. Le voyage dans le passé est une histoire d'amour contrariée sur fond de Première guerre mondiale. Elle se termine mal, en théorie. Le réalisateur a préféré aménager la fin et je lui donne raison d'avoir osé une adaptation personnelle.

Monsieur Hire, le Mari de la coiffeuse, la Veuve de Saint-Pierre, Tandem, Ridicule, les Bronzés ... le moins qu'on puisse dire est qu'il est impossible d'associer Patrice Leconte à un genre en particulier.

Il nous avait surpris en 2012 avec l'adaptation du Magasin des Suicides en film d'animation. Certains avaient adoré. J'avoue que j'avais largement préféré le livre de Jean Teulé.

Une promesse est à mon avis le film le plus abouti. Parce que les silences y sont aussi importants que les dialogues. Rien n'est dit. Tout est vécu. C'est frappant comme il a l'art de capter une émotion à travers un infime mouvement du corps ou du visage. Le non dit s'exprime par un geste, un regard, un sourire avec une douceur qui n'est jamais ennuyeuse.

Ne parlant pas un mot d'allemand, Patrice Leconte a tourné (pour la première fois) en anglais puisqu'il travaillait avec des acteurs britanniques : Alain Rickamn (Herr Hoffmeister le mari, Reagan dans le Majordome, le professeur Severus Roguedans la série des Harry Potter), Rebecca Hall (Lotte), Richard Madden (Friederich Zeitz, le secrétaire particulier, Game of Thrones), Maggie Steed (Frau Hermann, la secrétaire).

Certes les comédiens sont exceptionnels. Mais en assurant aussi le cadre (et ce n'est pas commun chez tous les réalisateurs) il place le spectateur au plus intime de la relation amoureuse au sein du trio. La lenteur devient lourde de sens et c'est très agréable d'être en symbiose avec chacun des protagonistes comme si on partageait alternativement leurs pensées.

Même quand il y a conversation c'est avec une économie parfaite et pourtant lourde de sens. Cela peut être faire la confidence du nom de son parfum, Heure bleue de Guerlain. Cette litote : Te dire quoi que tu ne savais déjà ?  Ou encore la promesse dite à l'enfant, avec l'intention que la mère l'entende : Je promets que je reviendrai.

Et des années plus tard :
- je t'ai pas fait trop attendre ? 
- je te préviens, ta chambre est restée la même, rien n'a changé.
- toi non plus (...) c'est comme avant (...) sauf nous.

Je ne vous dirai pas les deux dernières répliques qui à elles seules valent que vous alliez voir le film.

Julia de Otto de Kat, Libella-Maren Sell, littérature étrangère, mars 2014
Une promesse de Patrice Leconte, avec Alan Rickman, Richard Madden, Rebecca Hall

samedi 26 avril 2014

Adam et Thomas, premier roman pour la jeunesse d'Aharon Appelfeld

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Aharon Appelfeld a l'âme d'un enfant, l'expérience d'un homme et la sagesse d'un philosophe. Alors, forcément, quand il se décide (enfin !) à écrire pour la jeunesse il nous tend un livre qui a la valeur universelle des contes et la limpidité d'un récit initiatique, au-delà de la folie guerrière et de l'antisémitisme.

Il est probable que la traduction de Valérie Zénatti qui le connait très bien (et qui est elle aussi auteur aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes) n'est pas fortuite dans la facilité de lecture. Quant aux illustrations de Philippe Dumas, elles sont d'une justesse bouleversante.

Adam et Thomas est bien davantage qu'un livre de littérature jeunesse. C'est un passeport pour un large public à partir de 8 ans, peut-être même un peu en deçà, pourvu qu'un adulte soit médiateur. Et bien entendu largement au-delà des 12 ans préconisés par l'éditeur.

Une rencontre est organisée par l'Ecole des loisirs le lundi 26 mai 2014 à 19 h30 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme qui affiche déjà complet. L'annonce d'une conversation entre l’auteur et la traductrice avec des lectures par Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française, a immédiatement suscité l'enthousiasme. J'ignore si c'est pour l'auteur ou pour le comédien (qui lui aussi est romancier) et je me demande si les inscrits auront lu le livre mais ce succès est mérité.

Aharon Appelfeld s'est inspiré de sa propre histoire. Lorsqu'il s'est enfui à l'âge de 8 ans d'un camp de concentration, il a survécu plusieurs mois en se cachant dans les bois. Mais c'est surtout pour la portée universelle de la narration que le livre m'a touchée.
Quand la mère d’Adam le conduit dans la forêt, elle promet de venir le chercher le soir même. " Aie confiance, tu connais la forêt et tout ce qu’elle contient ", lui dit-elle. Mais comment avoir confiance alors que la guerre se déchaîne, que les rafles se succèdent dans le ghetto et que les enfants juifs sont pourchassés ?

La journée passe. Adam retrouve Thomas, un garçon de sa classe que sa mère est également venue cacher là. Les deux gamins sont différents et complémentaires : Adam sait grimper aux arbres et se repère dans la forêt comme s’il y était né. Thomas est réfléchi et craintif. À la nuit tombée, les mères ne sont pas revenues. Les enfants s’organisent et construisent un nid dans un arbre. Ils ignorent encore qu’ils passeront de longs mois ainsi, affrontant la faim, la pluie, la neige et le vent, sans oublier les questions essentielles : qu’est-ce que le courage ? Comment parlent les animaux ?

D’où vient la haine ? À quoi sert l’amour ?
La vérité historique n'est pas l'objectif principal. On apprend que les faits se déroulent juste après la victoire de Stalingrad. L'armée allemande bat en retraite (p. 101). Cela permet d'espérer la fin de la guerre bien que la barbarie continue de régner.  Le lecteur reste cependant tenu en haleine, surtout nous, adultes, qui avons gardé en mémoire le Journal d'Anne Frank : on sait bien que beaucoup décédèrent encore juste avant la Libération.

J'ai pensé aussi au tout petit (en nombre de pages) livre d'Elzbieta sur la bêtise des hommes dressant une haie d'épines entre deux enfants qui s'aiment dans l'album Flonflon et Musette. Quand on sait que ce livre a été vilipendé à sa sortie pour son pessimisme parce que Elzbieta y écrit en substance que la guerre ne meurt jamais tout à fait, et qu'il faut rester vigilant pour que la violence ne reprenne pas le dessus ! L'album a reçu plusieurs prix et a fort heureusement été intégré dans la sélection au programme de l'Education nationale.

Pour revenir à Adam et Thomas, je regrette qu'Aharon Appelfeld n'ait pas intitulé Adam, Thomas et Mina car la petite fille y joue un rôle déterminant. A travers ce personnage, l'auteur démontre que les actes sont plus importants que les paroles. La petite fille ne parle pas mais elle agit. Sans son courage les deux garçons seraient morts de faim. Inversement elle leur devra la vie et c'est seulement lorsqu'elle est sauvée qu'elle ouvre la bouche.

Tout en étant un cadre réel, la forêt apparait très vite comme le substitut du ventre maternel. La manière dont les deux enfants s'y prennent pour rester en vie n'est pas le plus important. C'est leur simplicité à formuler des interrogations philosophiques auxquelles les adultes ont (trop souvent) renoncé qui donne toute sa force au récit et une dimension mythologique.

Par exemple, à travers des questions formulées par Thomas comme celle-ci : un homme croyant est-il différent d'un homme ordinaire ? (p. 37) Adam lui répond qu'il ne le croit pas. Son grand-père lui a dit que tous les hommes ont été créés à l'image de Dieu. (...) Et s'il est interdit de voir Dieu, il faut faire ce qui est bon à ses yeux.

Thomas est un petit garçon qui souffre que les sentiments pèsent parfois. Il a toujours une formule pour expliquer la complexité. Ainsi il définit l'égoïsme comme étant l'amour de soi-même. Un amour trop grand (p. 38)
Adam a une relation très forte avec sa mère. Il reste persuadé que les mamans font tout ce qu'elles peuvent. Il est toujours confiant, estimant que dans la forêt il y a tout ce qu'il faut (...) Hier nous avons fait le premier pas, le plus important, nous nous sommes construit un nid.

Les enfants ne souffriront pas de la soif. Ils découvrent vite de l'eau (et comment se procurer du lait). Par contre la faim leur donne le vertige, leur faisant perdre la raison. Les nuits deviennent trop froides mais allumer un feu leur ferait courir un danger encore plus grand.

Malgré tout chaque découverte est source de bonheur. Les heureuses surprises se succèdent, même toutes simples comme avec des grenouilles. Ils observent que les écureuils ont des gestes qui ressemblent à ceux des humains. (p. 57)

Les enfants vivent dans la clandestinité et sont presque sans protection mais ils n'oublient jamais les valeurs qu'ils tiennent de leurs familles et sont toujours prêts à aider un homme en détresse. Les difficultés ne sont pas occultées. Cependant Aharon Appelfeld a tenu à terminer sur une fin heureuse.
Rares sont les pages présentant uniquement du texte. Illustrations et mots se répondent avec délicatesse. Les images de Philippe Dumas apportent un souffle de légèreté et de tendresse. On retrouve sa manière très personnelle de dessiner des fruits rouges. Il avait illustré la chanson du Temps des cerises il y a presque 25 ans.
Le nid où se réfugie les enfants apparait à coté d'une très jolie mésange charbonnière (p. 33). Et la cuisine du début du livre est très évocatrice du bonheur familial. Il n'hésite pas à faire aussi des dessins angoissants pour exprimer des sentiments très forts, surtout en ce qui concerne Mina.

Voilà donc un livre que je recommande, à tous les âges, à l'instar, pour les adolescents et les adultes, d'un autre livre, écrit par Valérie Zenatti, Une bouteille dans la mer de Gaza.

Adam et Thomas d’Aharon Appelfeld, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, illustré par Philippe Dumas, l'Ecole des loisirs, mars 2014

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, 71, rue du Temple – 75003 Paris

jeudi 24 avril 2014

Tierra de Amor à Bobino

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Tierra de Amor est annoncé comme un cocktail de danses latines, sensuelles et rythmées, ce qui est l'exacte vérité.

Je suis allée ce soir voir ce spectacle à Bobino, la célèbre salle de music-hall de Montparnasse, au 20, rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement de Paris. Il y eut là une guinguette, un café-concert, avant que la salle devienne un music-hall au lendemain de la Première Guerre mondiale et soit détruite en 1985, puis reconstruite.

Joséphine Baker, Léo Férré et Barbara y connurent d'énormes succès. C'était la salle de prédilection de Georges Brassens. Il y venait en voisin, alors qu'il logeait chez Jeanne, au 9 impasse Florimont. Sa statue, conçue par Olivier Delobel, y fait halte et nous accueille en bas des marches. 

Isis Figaro y présente jusqu'au 8 juin un spectacle qui a conçu est l'aboutissement de quatre années de travail et la première avait été présentée à Saint Mandé en décembre 2012. Il a fallu ce temps pour mûrir le projet. Tout s'est accéléré dans les dernières semaines et le casting définitif intègre de nouveaux venus dans la troupe pour pallier les indisponibilités de quelques-uns.

C'est un enchainement de séquences autour de presque toutes les danses latines et tropicales pour raconter une histoire qui n'est qu'un prétexte dramatique. Ce qui est important c'est de partager la passion de cette chorégraphe qui me confiait après le spectacle et avec sincérité : la danse c'est toute ma vie !

Cela commence par un ballet dans une dominante de rose où Isis est ondoyante et ondulante. Le sourire qui éclaire les visages de tous les danseurs est absolument éclatant.

Le spectacle se poursuit avec trois musiciens et leur tambour, un ka qui est l'instrument de musique traditionnelle guadeloupéenne. Il est fait d'un tonneau en bois recouvert d'une peau de chèvre sur un coté et il est utilisé pour jouer le GWo Ka. C'est une danse (on prononce groka) née dans les Caraïbes durant la période de l'esclavage dans les plantations pour exprimer la résistance, l'évasion et bien entendu la vie.

Le public, conquis d'emblée par les musiciens, frappe dans ses mains. On dirait du Xenakis me souffle-t-on ... j'hésite entre Psappha et le premier mouvement de Persephassa. Je pense plutôt aux tambours du Bronx que Jean-Paul Goude avait faits venir pour accompagner la locomotive de la Bête humaine du défilé du Bicentenaire de la révolution française. Chacun ses références.

En tout cas les percussions des trois musiciens sont parfaitement synchrone, alternant des frappés puissants avec des frappés doux qui transportent le public. Les danseurs habillés de madras ont les pieds nus. Le groka est une danse très physique, tonique, sensuelle et joyeuse.

Le piano succède à la musique traditionnelle pour nous dire qu'être un exilé c'est faire un pacte avec le monde. Danseurs et danseuses sont ensuite simplement assis dans le noir et seules leurs jambes bougent, comme des doigts qui survoleraient un clavier ou pinceraient les cordes d'une guitare. Les visages resteront invisibles même au salut.

Le sourire disparait du visage avec le tango suivant et l'on regrette que l'homme danse solitaire.

La troupe revient dans des costumes aux couleurs de bonbons acidulés qui évoquent les teenagers dansant la lambada dans les années 90 en souplesse au pas cadencé. C'est très technique, ultra disco mais finalement moins sensuel. Il n'y a aucune critique à faire au travail effectué sur les costumes par Antoine Saffray et le Studio Acapulco Paradiso. Pour chaque tableau les couleurs éclatent en harmonie avec les musiques. Plus tard, la robe blanche d'Isis qui se métamorphosera en nymphe est un vrai bijou.
Leurs succèdent Isis en robe turquoise et Julio en veste blanche dans une évocation digne d'une compétition internationale de patinage artistique avec des croisements de jambes audacieux. La scène s'achève une rose entre les dents.
L'amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser ... Le duo suivant rappelle sans conteste Carmen de Bizet et les plumes de boa rose ont voleté. Julio Garrido est le premier assistant chorégraphe. Il dansera plusieurs tangos en duo avec Isis. Stéphane Michaut est son second partenaire, et non moins méritant.

Un faux combat entre deux danseurs d'origine asiatique mimera ensuite une sorte de kung-fu très sautillant. Et on enchaine avec les costumes parme, dorés et noirs, ou rouge. C'est encore très rapide, joyeux, rythmé. Le tango fait penser à  Carlos Gardel, référence inoubliable. Jusqu'au retour d'Isis en lamé nude dans une chorégraphie qui révèle une tigresse avec une montée dramatique progressive qui enthousiasme le public.

Le duo ne craint pas l'acrobatie avant le retour de la troupe qui chante en créole sur un air de Gwo Ka. On appréciera aussi deux danseurs faisant se heurter leurs boules tac-tac comme des claquettes.

Jolie émotion d'Isis chantant en créole je l'aime à mourir dans une robe blanche puis en dentelles sur Europa qui fut le plus grand succès de Santana avant d'enchainer sur un air de Niagara en rose et turquoise.
La salsa portoricaine annonce le final. Les meilleurs spectacles ont une fin. La seule frustration que l'on ressent dans la salle c'est d'être rivé à son fauteuil. Plus on avance dans la soirée et plus il est difficile de rester sage. Ce soir, pour la première fois, Isis a eu l'idée de faire signe au public de rejoindre la troupe au rappel. Une simple invite de la main qui fut immédiatement comprise. Quelques minutes plus tard il y avait presque autant de monde sur scène qu'au parterre.
L'ambiance était à la fête. Les danseurs étaient les premiers surpris de la capacité des spectateurs à s'exprimer à leur coté et ils l'ont ressenti comme un cadeau. Isis m'expliqua plus tard que c'est parce qu'elle a été surprise de voir le public applaudir debout qu'elle a eu cette envie soudaine de l'inciter à danser puis à la rejoindre. Ce fut spontané. On a même vu quelqu'un se déhancher joliment sans lâcher un sac en papier qui devait rassembler les courses de la journée. Le plaisir fut tel qu'il y a fort à parier que cela va se reproduire. Je vous aurai prévenus. Tenez vous prêts !

Si vous souhaitez vous préparer, entrainez-vous à la salsa portoricaine ou au merengue.

Le public est reparti joyeux, libéré des tensions. Beaucoup disaient n'avoir pas vu une telle énergie depuis longtemps.

Isis Figaro est une française d'origine guadeloupéenne. Elle s'est formée au USA et elle a créé en 1998 une école qui a remporté très vite un succès phénoménal au 40 rue de Cîteaux, 75012 Paris. Elle travaille à ce spectacle depuis des années et le résultat se tient de bout en bout. Comme un bouquet, respectant l'éclectisme parmi l'ensemble des rythmes latinos, africains et contemporains : salsa, samba, tango, boléro, cha-cha-cha, merengue, gwoka, reggaeton…

Tierra de amor, les vendredis et samedis à 21 heures, les dimanches à 16 h 30
A Bobino, 20, rue de la Gaîté, 75014 Paris
Jusqu'au 8 juin.

Des photos du spectacle seront ajoutées lorsque je les aurai reçues.
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